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    14-18 : "On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour des industriels"

    from Investig'Action on Vimeo.

    Grand merci à Béatrice B. pour cette communication.

     

     


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    Lettre du libre penseur Anatole France à Cachin

     

    Cher citoyen Cachin,

     Je vous prie de signaler à vos lecteurs le récent livre de Michel Corday, les Hauts Fourneaux, qu'il importe de connaître. On y trouvera sur les origines et la conduite de la guerre des idées que vous partagerez et qu’on connaît encore trop mal en France ; on y verra, notamment, que la guerre mondiale fut essentiellement l'œuvre des hommes d'argent; que ce sont les hauts industriels des différents États de l'Europe qui, tout d'abord la voulurent, la rendirent nécessaire, la firent, la prolongèrent. Ils en firent leur état, mirent en elle leur fortune, en tirèrent d'immenses bénéfices et s'y livrèrent avec tant d'ardeur, qu'ils ruinèrent l'Europe, se ruinèrent eux-mêmes et disloquèrent le monde, là, ils ressemblent à leurs haut fourneau (page163)

    Ainsi, ceux qui moururent dans cette guerre ne surent pas pourquoi ils mouraient. Il en est de même dans toutes les guerres. Mais non pas au même degré. Ceux qui tombèrent à Jemappes* ne se trompaient pas à ce point sur la cause à laquelle ils se dévouaient. Cette fois, l'ignorance des victimes est tragique.On croit mourir pour la patrie; on meurt pour des industriels. Ces maîtres de l'heure possédaient les trois choses nécessaires aux grandes entreprises modernes: des usines, des banques, des journaux

    Michel Corday nous montre comment ils usèrent de ces trois machines à broyer le monde. Il me donne, notamment, l’explication d’un phénomène qui m’avait surpris non par lui-même , mais par son excessive intensité, et dont l’histoire ne m’avait pas fourni un semblable exemple : c’est comment la haine d’un peuple, de tout un peuple, s’étendit en France avec une violence inouïe et hors de toute proportion avec les haines soulevées dans ce même pays par les guerres de l’ancien régime qui ne faisaient pas haïr aux Français les peuples ennemis. Ce fut cette fois, chez nous, une haine qui ne s’éteignit pas avec la paix, nous fit oublier nos propres intérêts et perdre tout sens des réalités, sans même que nous sentions cette passion qui nous possédait, sinon parfois pour la trouver trop faible. Michel Corday montre très bien que cette haine a été forgée par les grands journaux, qui restent coupables, encore à cette heure, d’un état d’esprit qui conduit la France, avec l’Europe entière, à sa ruine totale.

    « L’esprit de vengeance et de haine, dit Michel Corday, est entretenu par les journaux. Et cette orthodoxie farouche ne tolère pas la dissidence ni même la tiédeur. Hors d’elle, tout est défaillance ou félonie. Ne pas la servir, c’est la trahir. »

    Vers la fin de la guerre, je m’étonnais devant quelques personnes de cette haine d’un peuple entier comme d’une nouveauté qu’on trouvait naturelle et à laquelle je ne m’habituais pas. Une dame de beaucoup d’intelligence et dont les mœurs étaient douces, assura que si c’était une nouveauté, cette nouveauté était fort heureuse.« C’est, dit-elle, un signe de progrès, et la preuve que notre morale s’est perfectionnée avec les siècles. La haine est une vertu ; c’est peut-être la plus noble des vertus.» Je lui demandai timidement comment il est possible de haïr tout un peuple :-Pensez, madame, un peuple entier, c’est grand…Quoi ? Un peuple composé de tant de millions d’individus, différents les uns des autres, dont un nombre infiniment petit a seul voulu la guerre, dont un nombre moindre encore en est responsable, et dont la masse innocente en a souffert mort et passion. Haïr un peuple, mais c’est haïr les contraires, le bien et le mal, la beauté et la laideur. » Quelle étrange manie ! Je ne sais pas trop si nous commençons à en guérir. Je l’espère. Il le faut. Le livre de Michel Corday vient à temps pour nous inspirer des idées salutaires. Puisse-t-il être entendu ! L’Europe n’est faite d’États isolés, indépendants les uns des autres. Elle forme un tout harmonieux. En détruire une partie, c’est offenser les autres. Notre salut, c’est d’être bons Européens. Hors de là, tout est ruine et misère.

    Salut et fraternité,

     Anatole France.

     *Victoire de Dumouriez le 6 novembre 1792, six semaines après Walmy.

     


     Parue dans l'Humanité du 18 juillet 1922

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  • Frères de tranchées

    Frères de tranchées

    Frères de tranchées

    Frères de tranchées

    Dans cet ouvrage fort intéressant sont publiés quatre textes de Marc Ferro, Malcom Brown, Rémy Cazals et Olaf Mueller. Deux sont français, un est allemand et l’autre anglais. Ils portent pourtant le même regard sur le phénomène de fraternisation durant la Première Guerre Mondiale.

    Ils apportent des précisions utiles. Selon les troupes en présence, les choses ne furent point identiques. Il n’y eu pas de fraternisations dans les troupes de choc, dressées pour tuer. Les Prussiens étaient plus belliqueux que les Bavarois et les Saxons qui ne voulaient pas mourir pour Guillaume.

    Il y eu des fraternisations aux Noëls 1914 et 1915, mais non par la suite. Celles qui viendront après n’utiliseront pas le calendrier « religieux » pour se manifester, mais seront directement en prise avec la situation militaire et politique. On notera le grand intérêt qu’y porteront des révolutionnaires comme Lénine et Trotsky. Ils tenteront d’ailleurs de susciter ces fraternisations pour désagréger l’armée allemande sur le Front de l’Est en 1917-1918.

    Sir Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes qui était loin d’être un révolutionnaire internationaliste, notera dans son premier volume des Histoires de la guerre : « La trêve de Noël 1914 fut un spectacle sidérant, méritant d’être salué comme un exemple d’humanité parmi les horreurs qui avaient entaché le souvenir de la Guerre. » Et Jerome K.Jerome, écrivain, de rajouter : « Il est dommage qu’on n’ait pas laissé les simples soldats conclure la paix. Il n’aurait pas été alors nécessaire alors de créer une société des nations. »

    Beaucoup d’écrivains se sont penchés sur les fraternisations. Malcom Brown note : « La trêve de Noël de 1914 n’a pas mis un terme à la guerre, mais elle a du moins réaffirmé cette vérité trop souvent négligée selon laquelle l’humanité ne peut survivre, au bout du compte, que dans la réconciliation et non dans le conflit. »

    Et Rémy Cazals de rajouter : « Le cœur se fend en songeant aux imaginations de tant de pauvres hommes qui, cette nuit-là, désertent en pensée. » Les auteurs soulignent aussi l’évolution des choses dans les tranchées. La trêve (Noël ou Paques) est la survivance d’une pratique chevaleresque du Moyen-Age. Elle consiste à faire une pause entre « gentilhommes ». C’est pourquoi, certains officiers fermeront les yeux dessus.

    Mais avec l’évolution du conflit, une autre donnée apparaît : la grève de la guerre. Les soldats refusent de monter à l’assaut, trouvant mille-et-un prétextes. On a même vu les artilleurs ( qui ne sont pourtant pas en première ligne, donc au contact) tirer volontairement au-dessus des tranchées pour ne tuer personne. Une révolte sourde est en train de monter. Un refus de la tuerie grandit.

    Les anciens combattants des deux camps estimaient après la guerre qu’ils avaient eu plus de points communs avec les soldats des tranchées adverses qu’avec « leurs » civils de l’arrière. De là naitront inévitablement les mutineries. Cela va d’ailleurs poser de graves problèmes à la justice militaire.

    Les Codes de justice militaire des différents belligérants datent du XIXe siècle. Ils sont le produit des guerres de l’époque. Les anciens Codes militaires parlaient de « fuites devant l’ennemi ». En l’occurrence, dans les tranchées, cela ne voulait plus rien dire. Les refus de monter à l’assaut, les fraternisations, les mutineries n’étaient pas des « fuites devant l’ennemi ». C’étaient des refus purs et simples de combattre. C’était véritablement la grève de la guerre.

    On voit bien dans la filmographie sur les Fusillés pour l’exemple que les Conseils de guerre vont « jouer » avec les articles du Code militaire pour trouver le bon article pour permettre les fusillades. Mais cela ne tenait pas la route. D’où l’urgence à statuer et à fusiller pour éviter tout recours qui auraient cassé la machine judiciaire. L’affaire du « Pantalon » le montre : où est véritablement le refus d’un ordre devant l’ennemi quand le soldat Bersot refuse le pantalon souillé  d’un  mort?

    Ces dramatiques évènements feront même découvrir la notion d’état de choc post-traumatique (Shell Shock) pour expliquer le comportement de soldats hébétés, terrorisés, incapables d’exécuter le moindre ordre. Cette découverte médicale sera d’ailleurs en quelque sorte la victoire posthume des Fusillés pour l’exemple. Ce n’était pas la lâcheté qui expliquait leur comportement, mais c’était simplement l’horreur et la violence barbare de la guerre.

    Mais les culottes de peau et vieilles badernes galonnées et les politiques aux ordres refuseront et refusent toujours  d’en tirer la seule conclusion logique : la réhabilitation collective des 650 Fusillés pour l’exemple de 1914-1918. Ce refus est éclairant sur l’asservissement politique des gouvernements vis-à-vis de la hiérarchie militaire. Ils devraient en être morts de honte et pétrifiés de remords.

    Bien au contraire, les palinodies de François Hollande et de son sous-secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants Kader Arif à l’occasion du 70ème anniversaire des débarquements de Normandie et de Provence sont sidérantes de médiocrité et de stupidité. Faire des parades aériennes, terrestres et navales pour faire « comme si » afin de cirer les brodequins des généraux et des amiraux, c’est le comble de la honte et du ridicule.

    Il est en de même des médias publics ou privés qui ont fait preuve d’une flagornerie rarement atteinte. Mais fort heureusement, le ridicule ne tue pas. Mais la guerre si. Mais cela n’empêchera rien. L’histoire des fraternisations dans les tranchées a montré, qu’inéluctablement, on passe du « Tuer ou se faire tuer » au «  Vivre et laissez vivre ».

    C’est pourquoi la Libre Pensée, avec toutes les associations et militants qui partagent notre combat de justice, réhabilitera les 650 Fusillés pour l’exemple de la Première Guerre mondiale. C’est ce que l’Humanité leur doit.

    Christian Eyschen

     

    Frères de tranchées par Marc Ferro, Malcom Brown, Rémy Cazals, Olaf Mueller – Editions Perrin – 330 pages – 8,50€

    Fusillés pour l’exemple de la Guerre de 1914-1918

    Ils auront beau dire, ils auront beau faire, tous ceux qui refusent que justice soit rendue aux 650 Fusillés pour l’exemple ne pourront faire disparaître la question essentielle pour les partisans de la paix, les internationalistes et les combattants pour le respect de la dignité humaine et du droit à la désobéissance : la réhabilitation collective des Fusillés pour l’exemple !

    La Fédération nationale de la Libre Pensée informe d’une série de courtes émissions de Radio France Internationale sur la question des Fusillés pour l’exemple.

     

    Voici le lien : http://webdoc.rfi.fr/fusilles-premiere-guerre-mondiale-14-18/#Accueil 

    Autour du 11 novembre 2014, la Libre Pensée avec l’Association Républicaine des Anciens Combattants, l’Union Pacifiste de France, le Mouvement de la Paix, de nombreuses sections de la Ligue des Droits de l’Homme et de nombreuses organisations syndicales de la CGT et de la CGT-Force Ouvrière exigeront avec force la réhabilitation des Fusillés pour l’exemple de la Première Guerre mondiale.

    A cette occasion sera lancée la grande campagne de souscription pour l’érection d’un monument, sur la ligne de front, en hommage aux 650 Fusillés pour l’exemple, victimes de la guerre.

    Maudite soit la guerre !

    La Fédération nationale de la Libre Pensée

    Téléchargez le texte en pdf

    Télécharger « 20140821 Frères de tranchées.pdf »


    Lire également (récits)

    FRATERNISATIONS dès 1914

    Frères de tranchées

     

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  • Le monument pacifiste "Victorin Maurel" à Château-Arnoux

    Publié le 1 juillet 2014 par LIBRE PENSEE 04

    CONFERENCE NOCTURNE DE PIERRE ROY AOÛT 2012 CHÂTEAU-ARNOUX
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    Danielle Roy est présidente de l’Association laïque des Amis du Monument Pacifiste de Saint-Martin-d’Estreaux et trésorière de la Fédération Nationale Laïque des Associations des Amis des Monuments pacifistes, républicains et anti-cléricaux,

    Pierre Roy est président de la Fédération départementale de la Libre Pensée de la Loire, président de la Fédération Nationale Laïque des Associations des Amis des Monuments pacifistes, républicains et anti-cléricaux

    Publié dansGUERRE A LA GUERRE

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