• lettre ouverte à Monsieur Christophe Castaner, député des Alpes de Haute Provence, réponse et mise au point

     

    lettre ouverte à Monsieur Christophe Castaner,  député des Alpes de Haute Provence

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    LIBRE PENSEE

    Fédération des Alpes de Haute Provence
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     lettre ouverte à Monsieur Christophe Castaner,

    député des Alpes de Haute Provence

     

              Monsieur le Député,

       Les évènements tragiques de janvier dernier donnent lieu ces jours-ci, sous couvert d’éducation à la citoyenneté, à des initiatives pour le moins ambigües et même dangereuses, dénaturant gravement l’enseignement de la laïcité institutionnelle et susceptibles de compromettre la paix et la sérénité de l’acte d’enseignement dans l’école de la république.

       Nous voulons parler d’une proposition de loi élaborée dans le cadre de la participation d’une classe de CM2 de Manosque au « Parlement des enfants », au titre de l’éducation civique. Relation faite dans La Provence (04. 04. 2015) et La Marseillaise (03. 04. 2015).

       En effet, dans l’exposé des motifs, nous lisons :

    « Une façon de mieux connaître sa propre religion, même si nous sommes dans une école laïque. Cela devrait permettre aux enfants d'avoir les connaissances nécessaires et les mots appropriés pour pouvoir parler des religions pour qu’il y ait moins de conflits et de violences à ce sujet dans les établissements scolaires »… « Une réponse à certaines écoles qui n'avaient pas respecté la minute de silence. »[La Provence 03 04 2015]

       Les élèves de cette classe ont, selon la Presse, retenu l’adoption « d’un calendrier sur lequel apparaîtraient les dates des fêtes des principales religions ».

    Et, Monsieur le Député, à ces élèves, vous répondez :


    « Votre texte est vraiment chouette. Les attentats nous ont tous touchés et vous avez réagi de la bonne manière, dans le respect de la laïcité. La France doit permettre de conserver la liberté de croire et de penser. La liberté d'apprendre alors que dans certains pays, on interdit les filles d'aller à l'école. Vous êtes dans l'état d'esprit d'une propre loi portée par un député. Je suis jaloux de ne pas avoir eu cette idée ». « Votre démarche est étonnante mais je pense qu'elle peut faire peur au jury car c'est politiquement sensible ». [ La Provence 03 04 2015] [souligné par nos soins]

    L’enseignant reçoit des élèves

    et non les adeptes de différents cultes dans sa classe !

           Monsieur le Député,
     Vous n’ignorez pas que l’enseignant - appelé instituteur (qui institue la république) avant la loi Jospin de juillet 1989 - n’accueille pas des enfants dans sa classe. Il y reçoit des élèves, c’est à dire de jeunes intelligences qui par le savoir transmis par le maître s’élèvent, s’affranchissent de celui-ci et conquièrent leur indépendance de raison et de jugement, et non des adeptes de différents cultes.

    Oui, Monsieur le Député, «c'est politiquement sensible » !


        Monsieur le député,
    Mettre en avant l’option religieuse de chacun dans l’école, c‘est tout simplement y introduire le communautarisme, mode de fonctionnement qui rend le « vivre ensemble » impossible aux peuples des nations qui l’ont adopté, par l’exacerbation des différences qui portent la guerre civile en permanence.

        « C’est politiquement sensible » d’ignorer les lois fondamentales de la République par une opération qui pourrait très vite dégénérer et rendre impossible un enseignement serein dans cette classe, quand bien même « la minute de silence» » imposée « pour Charlie-Hebdo » n’y ait reçu (apparemment) aucune objection.

        « C’est politiquement sensible » pour un élu d’évoquer ses ambitions de carrière politique personnelle devant des élèves.

        « Ceux qui voudraient la troubler n’ont pas leur place dans les écoles qui doivent rester l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas » Jean Zay (circulaire du 31.12.1936)

        La liberté de conscience et la paix civile ont depuis 1905 été préservées dans notre pays grâce à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat des Briand, Jaurès, de Pressensé…qui stipule :
     

                                                             Article 1
    La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes
     

    Article 2

    La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

        De plus, La laïcité institutionnelle protège la liberté de conscience des élèves depuis les lois scolaires Ferry-Buisson-Goblet de 1881-1886, rappelées en 1936-1937 par les circulaires du Ministre de l’instruction publique Jean Zay qui déclarent notamment:
     

    « Tout a été fait dans ces dernières années pour mettre à la portée de ceux qui s’en montrent dignes les moyens de s’élever intellectuellement. Il convient qu’une expérience d’un si puissant intérêt social se développe dans la sérénité. Ceux qui voudraient la troubler n’ont pas leur place dans les écoles qui doivent rester l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ».(…)
    « L’enseignement public est laïque. Aucune forme de prosélytisme ne saurait être admise dans les établissements(…)».

         Monsieur le Député,
    Au regard des principes républicains, il n’est pas acceptable qu’un élu de la République utilise l’école et ses élèves à des fins contraires à sa mission sacrée, comme c’est devenu une fâcheuse habitude.

         C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, la Libre Pensée appelle tous les laïques de ce pays à manifester à Paris (départ République), le samedi 5 décembre 2015, à l’occasion du 110ème anniversaire de la loi de 1905, pour sa défense et sa promotion ainsi que pour l’abrogation de la loi Debré de 1959 contradictoire à son article 2.

          Monsieur le Député, nous rendons publique cette lettre que nous vous adressons.
    Disposés à vous rencontrer si vous le souhaitiez, veuillez agréer, Monsieur le Député, nos salutations laïques et républicaines.

    la  LP04

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    Réponse de M. le député

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    lettre ouverte à Monsieur Christophe Castaner,  député des Alpes de Haute Provence, réponse et mise au point

     

     

    lettre ouverte à Monsieur Christophe Castaner,  député des Alpes de Haute Provence, réponse et mise au pointlettre ouverte à Monsieur Christophe Castaner,  député des Alpes de Haute Provence, réponse et mise au point         __________________________________________________________

    Mise au point LP04

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    lettre ouverte à Monsieur Christophe Castaner,  député des Alpes de Haute Provence, réponse et mise au point

     

     

    LIBRE PENSEE  Fédération des  Alpes de Haute Provence 

    Rue des chevriers 04230 Cruis  ( :04 92 71 09 53  librepensee04@orange.fr ______________________________________________________________________

     

    Monsieur le député,

     

          Nous vous remercions pour votre réponse.

     

          Elle appelle de notre part quelques mises aux points.

     

           Tout d’abord, si nous avons été informés par la presse de votre intervention dans cette école, c’est que vous avez bien voulu faire toute la publicité sur l’événement. Ce que vous ne sauriez nous reprocher. 

      

            Sur la forme : La laïcité institutionnelle a été brouillée depuis trop longtemps et à dessein par ses contempteurs. Aussi, l’emploi du gras, du surligné, des majuscules ainsi que des guillemets, sont destinés à rendre lisible un propos qui, faisant appel à l’intelligence et à la raison, impose la plus grande clarté formelle.

            Mais, pouvons-nous en dire autant de votre réponse ? Votre citation intégrale des attendus du rapport de Régis Debray (« L’enseignement du fait religieux dans l’École laïque » Février 2002 http://www.education.gouv.fr/cid2025/l-enseignement-du-fait-religieux-dans-l-ecole-laique.html ), par l’omission des guillemets, se confond à votre propre prose. Sans compter la déstructuration maladroite ou volontaire du texte que vous citez. On ne demande pas à son député de faire de la littérature mais au moins d’être lisible et clair notamment dans ses citations. 

     

           La libre Pensée est la plus ancienne association laïque de ce pays (1848). Avec les députés socialistes libres penseurs Briand, Jaurès, de Pressensé, à la Chambre, la libre pensée a été à l'origine de la loi de 1905. Cette loi de liberté et de paix civile est en quelque sorte son enfant. D’où notre intervention dans le débat actuel par cette lettre ouverte.

     

             Sur le constat qu’un « consensus apparent » existerait sur le rapport Debray que vous exhumez, un article de Claire Chevalier dans l’Express du 26 juin 2003 (http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-enseignement-des-religions-a-l-ecole-laique_818891.html ) donnait un tout autre son de cloche : «  Selon un récent sondage effectué par l'Ifop pour Le Journal du dimanche, 62 % des Français estiment ‘’qu'il ne devrait pas y avoir d'enseignement du « fait religieux » à l'école publique, car cela serait une atteinte à la laïcité’’. Il y a trois ans, 57 % se disaient favorables à « un enseignement d'histoire des religions », d'après une enquête CSA. ».

    Certes, les sondages sont des objets à manier avec précaution, cependant, la clarté de la question posée conforterait plutôt la conviction de la Libre Pensée : la laïcité vit dans la conscience de millions et millions de citoyens de ce pays.

               Passons sur l’explosion de la Yougoslavie, le «  11 septembre 2001 », ajoutons « le 7-9 janvier 2015 » dont l’explication ne se trouve pas dans l’histoire des religions. 

            Une question de fond: Le rapport Debray de 2002 répond-il à une nécessité et à une demande telles que vous vouliez absolument le réactiver en 2015?

           Dans la préface,  Jack Lang, levait pourtant plus qu’un doute à ce sujet: « Ainsi, l’évocation des religions, en tant que faits de civilisation, a toujours été possible à l’Ecole de la République. Contrairement à un préjugé tenace, nos programmes en attestent, et depuis longtemps. Dans le respect de la laïcité, principe de concorde, les professeurs donnent à la connaissance des religions sa juste place dans l’enseignement de leur discipline. Histoire, philosophie, lettres, arts plastiques, musiques… » [ http://ens-religions.formiris.org/userfiles/files/er_786_3.pdf ]

        Régis Debray lui-même déclarait dans son rapport ( § II début)  : « De remarquables pas ont été faits, notamment depuis 1996, avec les nouvelles et excellentes orientations des programmes d’histoire et de français (6e, 5e, 2e et 1ère). On ne peut sérieusement dire aujourd’hui que l’islam, par exemple, est absent des apprentissages scolaires. C’est devenu une contrevérité. » 

           Alors pourquoi exhumer ce rapport en 2015 ?

    La réponse se trouve dans le rapport (§ I Attendus) :« C’est l’angoisse d’un démembrement communautaire des solidarités civiques, auquel ne contribue pas peu l’ignorance où nous sommes du passé et des croyances de l’autre, grosse de clichés et de préjugés(… ) L’effondrement ou l’érosion des anciens vecteurs de transmission que constituaient églises, familles, coutumes et civilités reporte sur le service public de l’enseignement les tâches élémentaires d’orientation dans l’espace-temps que la société civile n’est plus en mesure d’assurer(…) et (§II Quelles résistances, page12c : « La relégation du fait religieux hors des enceintes de la transmission rationnelle et publiquement contrôlée des connaissances favorise la pathologie du terrain au lieu de l’assainir. »

            En clair, les Eglises ne faisant plus leur travail d’encadrement de la société, ce serait désormais à l’Ecole publique de le faire pour « assainir la pathologie du terrain. »

    L’école devrait donc renoncer au caractère universaliste de l’instruction publique et laïque pour restaurer le passé et renouer les liens communautaristes en voie de disparition.

     

             Alors oui, le rapport Debray est bien, pour reprendre votre expression (celle de Régis Debray), le « cheval de Troyes du communautarisme ».

    Et la conclusion énigmatique de votre lettre où vous dites ne pas croire à cette « laïcité «  …qui ne puisse pas  s’interroger sur la réalité de l’identité qui se perd ou se construit ailleurs » nous apparaît comme un aveu de votre volonté d’enfourcher à votre tour ce cheval.

     

           Monsieur le député, dans un tweet du 22 avril 2015, vous vous prononciez pour « une version intelligente de la laïcité».

           Les cléricaux ( partisans de l’immixtion des Eglises dans les affaires publiques), accueillis au sein du Parti Socialiste lors du congrès d'Épinay de 1971, ont introduit la « laïcité ouverte » contre la laïcité institutionnelle, faisant beaucoup de dégâts dans les associations laïques traditionnelles. Nicolas Sarkozy, lui, promouvait la « laïcité positive » qui, à l'instar d'Adolphe Thiers, mettait le pasteur et le curé au-dessus de l'instituteur laïque ( « qui n’a pas la foi » A.Thiers). Monseigneur Loizeau, évêque de Digne, à l’occasion de son départ en retraite, déplorait, la relégation de la religion à « la sphère privée » comme le prévoit pourtant la loi de 1905. Il en appelait à l'avènement d'une « laïcité constructive » et à « des relations reconnues de l'État avec les églises » (HPI 27 juin 2014).

    Donc, pour résumer : tout le monde se dit « laïque », mais chacun avec sa version de la laïcité, au choix, à la carte…

    Ainsi, la laïcité relèverait de l’appréciation, de l’opinion de chacun.

    Si on voulait rendre la laïcité incompréhensible, on ne s’y prendrait pas autrement.

     

          Mais la laïcité institutionnelle là-dedans?

     

    Faut-il le rappeler : la laïcité n’est pas une opinion mais un mode de fonctionnement de la République permettant l’expression des opinions.

     

        Pour la Libre Pensée, il n’y a qu’une laïcité en France : la laïcité institutionnelle.

     

        Tout élu de la République est tenu de respecter la loi de 1905 ainsi que les lois scolaires de 1886 qui constituent l’esprit et la lettre de la laïcité institutionnelle dans ce pays.

     

         Monsieur le député, si pour vous  la laïcité institutionnelle que défend la Libre Pensée relève d’une «  laïcité de combat, voulant bouffer du curé matin, midi et soir », alors oui, nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de l’opinion que vous exprimez. Il n’en demeure pas moins qu’en tant qu’élu, vous devez respecter les principes de la République une et indivisible et de son corollaire : la  laïcité institutionnelle.

     

          Veuillez agréer, Monsieur le député, l’expression de mes salutations laïques et républicaines.

     

                             le 1er Mai 2015,

                       Libre Pensée 04 

     

    PS :  Régis Debray, dans le JDD du 12 avril 2015, donnait son opinion sur la réforme du collège (extrait) : 

    « La réforme du collège montre bien la myopie de nos dirigeants. L'élimination mal camouflée du latin-grec, noyé dans 'l'interdisciplinaire', oublie le fait que le secondaire, c'est d'abord la discipline. L'interdisciplinaire ne peut venir qu'après, dans le supérieur : mettre le toit avant les fondations, c'est détruire d'avance la maison. Cette fausse réforme applique au domaine scolaire la vision du monde de notre classe dirigeante. Elle est dépourvue de conscience historique, élevée dans la superstition de l'économie et des finances, vouée au culte exclusif du chiffre et du quantitatif. Les réducteurs de têtes viseront ensuite la littérature et le français, patois folklorique – le tout-économie va avec le tout-anglais –, et l'histoire sera réduite à la portion congrue. »           

     Est-il besoin de commenter ?

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