• CONGRES INTERNATIONAL PARIS SEPTEMBRE 1905CONGRES INTERNATIONAL PARIS SEPTEMBRE 1905

     

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  •                                                       VICTOR HUGO PAR ANDRÉ LORULOT

                                      VICTOR HUGO PAR ANDRÉ LORULOT

    Allocution prononcée à la Radio Nationale,

    à l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de Victor Hugo.

     

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  • Pourquoi la Libre-Pensée honore Robespierre + textes

    Publié par mp

    robespierre maximilien

    Pourquoi la Libre-Pensée honore Robespierre.

    • TEXTES

      La démocratie du mandat, le peuple en armes

      1793 : « Sur le gouvernement représentatif ))

      Discours de Robespierre à l'Assemblée nationale

      le 1 0 mai 1793 (extraits)

      Pour remplir votre mission, il faut faire précisément tout le contraire de ce qui a existé avant vous.

      Jusqu'ici l'art de gouverner n'a été que l'art de dépouiller et d'asservir le grand nombre au profit du petit nom­bre, et la législation, le moyen de réduire ces attentats en système. Les rois et les aristocrates ont très bien fait leur métier: c'est à vous maintenant de faire le vôtre, c'est-à-dire de rendre les hom­mes heureux et libres par les lois.

      Donner au gouvernement la force nécessaire pour que les citoyens respec­tent toujours les droits des citoyens, et faire en sorte que le gouvernement ne puisse jamais les violer lui-même: voilà, à mon avis, le double problème que le législateur doit chercher à résoudre. Le premier me paraît très facile. Quant au second, on serait tenté de le regarder comme insoluble, si on ne consultait que les événements passés et présents, sans remonter à leurs causes (...).

      J'ai beaucoup entendu parler d'anar­chie depuis la révolution du 14 juillet 1789 et surtout depuis la révolution du 10 août 1792 ; mais j'affirme que ce n'est point l'anarchie qui est la maladie des corps politiques, mais le despotisme et l'aristocratie. Je trouve, quoi qu'ils en aient dit, que ce n'est qu'à compter de cette époque tant calomniée que nous avons eu un commencement de lois et de gouvernement, malgré les troubles qui ne sont autre chose que les derniè­res convulsions de la royauté expirante et la lutte d'un gouvernement infidèle contre l'égalité.

       L'anarchie a régné en France depuis Clovis jusqu'au dernier des Capet.

      Qu'est-ce que l'anarchie, si ce n'est la tyrannie qui fait descendre du trône la nature et la loi, pour y placer des hommes?

      Jamais les maux de la société ne vien­nent du peuple, mais du gouvernement. Comment n'en serait-il pas ainsi? L'intérêt du peuple, c'est le bien public; l'intérêt de l'homme en place est un inté­rêt privé. Pour être bon, le peuple n'a besoin que de se préférer lui-même à ce qui n'est pas lui; pour être bon, il faut que le magistrat s'immole lui-même au peuple (...).

      Concluez donc que le premier objet de toute constitution doit être de défen­dre la liberté publique et individuelle contre le gouvernement lui-même.

      C'est précisément cet objet que les législateurs ont oublié: il se sont tous occupés de la puissance du gouverne­ment; aucun n'a songé aux moyens de le ramener à son institution. Ils ont pris des précautions infinies contre l'insur­rection du peuple, et ils ont encouragé de tout leur pouvoir la révolte de ses délégués. J'en ai déjà indiqué les rai­sons; l'ambition, la force et la perfidie ont été les législateurs du monde. Ils ont asservi jusqu'à la raison humaine, en la dépravant, et l'ont rendue complice de la misère de l'homme. Le despotisme a produit la corruption des mœurs, et la corruption des mœurs a soutenu le des­potisme. Dans cet état de choses, c'est à qui vendra son âme au plus fort pour légitimer l'injustice et diviniser la tyran­nie. Alors la raison n'est plus que folie; l'égalité, anarchie; la liberté, désordre; la nature, chimère; le souvenir des droits de l'humanité, révolte. Alors, on a des bastilles et des échafauds pour la

      vertu, des palais pour la débauche, des trônes et des chars de triomphe pour le crime. Alors, on a des rois, des prêtres, des nobles, des bourgeois; de la canaille; mais point de peuple et point d'hommes (...)

      Mais ne nous étonnons pas trop de tant d'injustices. Au sortir d'une si pro­fonde corruption, comment pouvaient ­ils respecter l'humanité, chérir l'égalité, croire à la vertu? Nous, malheureux! nous élevons le temple de la liberté avec des mains encore flétries des fers de la servitude! Qu'était notre ancienne édu­cation, sinon une leçon continuelle d'égoïsme et de sotte vanité? Qu'étaient nos usages et nos prétendues lois, sinon le code de l'impertinence et de la bas­sesse, où le mépris des hommes était soumis à une espèce de tarif et gradué suivant des règles aussi bizarres que mul­tipliées ? Mépriser et être méprisé; ram­per pour dominer; esclaves et tyrans tour à tour; tantôt à genoux devant un maître, tantôt foulant aux pieds le peu­ple (...).

      Posez d'abord cette maxime incontes­table: que le peuple est bon, et que ses délégués sont corruptibles; que c'est dans la vertu et dans la souveraineté du peuple qu'il faut chercher un préserva­tif contre les vices et le despotisme du gouvernement.

      De ce principe incontestable, tirons maintenant des conséquences pratiques, qui sont autant de bases de toute cons­titution libre.

      La corruption des gouvernements a sa source dans l'excès de leur pouvoir, et dans leur indépendance à l'égard du sou­verain. Remédiez à ce double abus.

      Commencez par modérer la puissance des magistrats (...)

      Quant à l'équilibre des pouvoirs, nous avons pu être les dupes de ce prestige, dans un temps où la mode semblait exiger de nous cet hommage à nos voisins, dans un temps où l'excès de notre pro­pre dégradation nous permettait d'admirer toutes les institutions étrangères qui nous offraient quelque faible image de la liberté. Mais, pour peu qu'on réflé­chisse, on s'aperçoit aisément que cet équilibre ne peut être qu'une chimère ou un fléau, qu'il supposerait la nullité absolue du gouvernement, s'il n'amenait nécessairement une ligue des pouvoirs rivaux contre le peuple; car on sent aisé­ment qu'ils aiment beaucoup mieux s'accorder que d'appeler le souverain pour juger sa propre cause. Témoin l'Angleterre, où l'or et le pouvoir du monarque font constamment pencher la balance du même côté; où le parti de l' opposition même ne paraît solliciter, de temps en temps, la réforme de la représentation nationale que pour l'éloi­gner, de concert avec la majorité qu'elle semble combattre ; espèce de gouverne­ment monstrueux, où les vertus publi­ques ne sont qu’une scandaleuse parade, où le fantôme de la liberté anéantit la liberté même, où la loi consacre le des­potisme, où les droits du peuple sont l'objet d’un trafic avoué, où la corrup­tion est dégagée du frein même de la pudeur.

      Eh ! que nous importent les combi­naisons qui balancent l'autorité des tyrans ? C’est la tyrannie qu'il faut extirper ; ce n’est pas dans les querelles de leurs maîtres que les peuples doivent chercher l’avantage de respirer quelques instants ; c’est dans leur propre force qu’il faut placer la garantie de leurs droits.(…)

      Fuyez la manie ancienne des gouver­nements de vouloir trop gouverner; laissez aux indiviidus, laissez aux familles le droit de faire ce qui ne nuit point à autrui; laissez aux communes le pou­voir de régler elles-mêmes leurs propres affaires, en tout ce qui ne tient point essentiellement à l’administration générale de la République. En un mot, rendez à la liberté ­individuelle tout ce qui n’appartient pas naturellement à l'auto­rité publique , et  vous aurez laissé d’autant moins de prise à l'ambition et à l’arbitraire.(…)

      La Constitution doit s’appliquer surtout à soumettre les fonctionnaires publics à une responsabilité imposante, en les mettant dans la dépendance réelle, non des individus, mais du souverain.

      Celui qui est indépendant des hommes se rend bientôt indépendant de ses devoirs: l'impunité est la mère comme la sauvegarde du crime, et le peuple est toujours asservi dès qu'il n'est plus craint.

      Il est deux espèces de responsabilités, l'une qu'on peut appeler morale et l'autre physique.

      La première consiste principalement dans la publicité; mais suffit-il que la Constitution assure la publicité des opé­rations et des délibérations du gouver­nement ? Non; il faut encore lui don­ner toute l'étendue dont elle est susceptible.

      La nation entière a le droit de connaî­tre la conduite de ses mandataires. Il faudrait, s'il était possible, que l'assem­blée des délégués du peuple délibérât en présence du peuple entier. Un édifice vaste et majestueux, ouvert à 12 000 spectateurs, devrait être le lieu des séan­ces du corps législatif. Sous les yeux d'un si grand nombre de témoins, ni la corruption, ni l'intrigue, ni la perfidie n'oseraient se montrer; la volonté géné­rale serait seule consultée, la voix de la raison et de l'intérêt public serait seule entendue (.. .).

      Quelque nécessaire qu'il soit de con­tenir les magistrats, il ne l'est pas moins de les bien choisir: c'est sur cette dou­ble base que la liberté doit être fondée. Ne perdez pas de vue que, dans le gou­vernement représentatif, il n'est pas de lois constitutives aussi importantes que celles qui garantissent la pureté des élec­tions

      Faites en sorte que le peuple puisse assister aux assemblées publiques, car lui seul est l'appui de la liberté et de la jus­tice : les aristocrates, les intrigants en sont les fléaux.

      Qu'importe que la loi rende un hom­mage hypocrite à l'égalité des droits, si la plus impérieuse de toutes les lois, la nécessité, force la partie la plus saine et la plus nombreuse du peuple à y renon­cer ! Que la patrie indemnise l'homme qui vit de son travail, lorsqu'il assiste aux assemblée publiques; qu'elle sala­rie, par la même raison, d'une manière proportionnée, tous les fonctionnaires publics; que les règles des élections, que les formes des délibérations soient aussi simples, aussi abrégées qu'il est possi­ble ; que les jours des assemblées soient fixés aux époques les plus commodes pour la partie laborieuse de la nation.

      Que l'on délibère à haute voix: la publicité est l'appui de la vertu, la sau­vegarde de la vérité, la terreur du crime, le fléau de l'intrigue. Laissez les ténèbres et le scrutin secret aux criminels et aux esclaves: les hommes libres veulent avoir le peuple pour témoin de leurs pen­sées. Cette méthode forme les citoyens et les vertus républicaines. Elle convient à un peuple qui vient de conquérir sa liberté et qui combat pour la défendre. Quand elle cesse de lui convenir, la République n'est déjà plus (…).

      On me demandera peut-être com­ment, avec des précautions si sévères contre les magistrats, je puis assurer l'obéissance aux lois et au gouverne­ment. Je réponds que je l'assure davan­tage précisément par ces précautions là mêmes. Je rends aux lois et au gouver­nement toute la force que j'ôte aux vices des hommes qui gouvernent et qui font des lois (...).

      Quand la loi a pour principe l'intérêt public, elle a le peuple lui-même pour appui, et sa force est la force de tous les citoyens, dont elle est l'ouvrage et la propriété. La volonté générale et la force publique ont une origine commune. La force publique est au corps politique ce qu'est au corps humain le bras qui exé­cute spontanément ce que la volonté commande, et repousse tous les objets qui peuvent menacer le cœur ou la tête.

      Quand la force publique ne fait que seconder la volonté générale, l'Etat est libre et paisible: lorsqu'elle la contra­rie, l'Etat est asservi et agité.

      La force publique est en contradiction avec la volonté générale dans deux cas: ou lorsque la loi n'est pas la volonté générale; ou lorsque le magistrat l'emploie pour violer la loi. Telle est l'horrible anarchie que les tyrans ont établie de tout temps, sous le nom de tranquillité, d'ordre public, de législa­tion et de gouvernement: tout leur art est d'isoler et de comprimer chaque

      citoyen par la force, pour les asservir tous à leur odieux caprices, qu'ils déco­rent du nom de lois.

      Législateurs, faites des lois justes; magistrats, faites-les religieusement exé­cuter : que ce soit là toute votre politi­que, et vous donnerez au monde un spectacle inconnu, celui d'un grand peu­ple libre et vertueux.

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    J.Jaurès: Histoire socialiste de la Révolution française

    ""C'est le régime municipal surtout qui fut décisif. D'abord, il mettait  en mouvement, et si je puis dire, en vibration, toutes les cellules, toutes les fibres de l'organisme social. Il y eut en effet 44 000 municipalités.Sieyès aurait voulu qu'il n'y eut qu'un petit nombre de communes et l'Assemblée constituante elle-même, vers la fin de son mandat, quand elle révisa la Constitution, songea à en réduire le nombre sous prétexte que cette extraordinaire multiplicité favorisait "l'anarchie" et rendait tout le mouvement d'ensemble impossible (...)."

    En favorisant ainsi le jeu des forces populaires, elle ne favorisa point, comme le dit Taine, "l'anarchie spontanée" mais au contraire le gouvernement spontané; c'est l'action incessante et toujours éveillée de ces municipalités innombrables qui suppléa à l'inévitable défaillance du pouvoir exécutif, maintint l'ordre, châtia ou prévint les complots (...) et multiplia les prises de la révolution sur le pays.


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    VICTOR HUGO
    Un chapitre de «93 » de Victor HUGO, en défense de la Révolution française :
    «
    fournaise, mais forge», «terreur» et «progrès».

    Certes, Hugo, prisait l'affrontement des contraires comme moteur et ressort de son oeuvre romanesque.

    Mais l'avènement de la première république n'est-il pas le produit positif des affrontements les plus violents entre les classes, entre le vieux monde et le nouveau? 

     

    « chapitre IX
    En même temps qu'elle dégageait de la révolution, cette assemblée produisait de la civilisation. Fournaise, mais forge. Dans cette cuve où bouillonnait la terreur, le progrès fermentait. De ce chaos d'ombre et de cette tumultueuse fuite de nuages, sortaient d'immenses rayons de lumière parallèles aux lois éternelles. Rayons restés sur l'horizon, visibles à jamais dans le ciel des peuples, et qui sont, l'un la justice, l'autre la tolérance, l'autre la bonté, l'autre la raison, l'autre la vérité, l'autre l'amour. La Convention promulguait ce grand axiome: La liberté du citoyen finit où la liberté d'un autre citoyen commence; ce qui résume en deux lignes toute la sociabilité humaine. Elle déclarait l'indigence sacrée; elle déclarait l'infirmité sacrée dans l'aveugle et dans le sourd-muet devenus pupilles de l'Etat, la maternité sacrée dans la fille-mère qu'elle consolait et relevait, l'enfance sacrée dans l'orphelin qu'elle faisait adopter par la patrie, l'innocence sacrée dans l'accusé acquitté qu'elle indemnisait. Elle flétrissait la traite des noirs; elle abolissait l'esclavage. Elle proclamait la solidarité civique. Elle décrétait l'instruction gratuite. Elle organisait l'éducation nationale par l'école normale à Paris, l'école centrale au chef-lieu, et l'école primaire dans la commune. Elle créait les conservatoires et les musées. Elle décrétait l'unité de code, l'unité de poids et de mesures, et l'unité de calcul par le système décimal. Elle fondait les finances de la France, et à la longue banqueroute monarchique elle faisait succéder le crédit public. Elle donnait à la circulation le télégraphe, à la vieillesse les hospices dotés, à la maladie les hôpitaux purifiés, à l'enseignement l'école polytechnique, à la science le bureau des longitudes, à l'esprit humain l'institut. En même temps que nationale, elle était cosmopolite. Des onze mille deux cent dix décrets qui sont sortis de la Convention, un tiers a un but politique, les deux tiers ont un but humain. Elle déclarait la morale universelle base de la société et la conscience universelle base de la loi. Et tout cela, servitude abolie, fraternité proclamée, humanité protégée, conscience humaine rectifiée, loi du travail transformée en droit et d'onéreuse devenue secourable, richesse nationale consolidée, enfance éclairée et assistée, lettres et sciences propagées, lumière allumée sur tous les sommets, aide à toutes les misères, promulgation de tous les principes, la Convention le faisait, ayant dans les entrailles cette hydre, la Vendée, et sur les épaules ce tas de tigres, les rois. »

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    ROBESPIERRE & LA LIBERTE DES CULTES

    16 frimaire an II (6 décembre 1793)

    « Vous avez chargé le Comité de salut public de vous présenter aujourd’hui un projet de loi sur les moyens d’assurer le libre exercice des cultes. Je ne vous ferai aucune observation préalable, je me contenterai de vous lire le projet de décret :

     

    la Convention nationale, considérant ce qu’exigent d’elle les principes qu’elle a proclamés au nom du peuple français, et le maintien de la tranquillité publique :

     

     

    1˙ Défend toutes violences ou menaces contraires à la liberté des cultes. 2˙ La surveillance des autorités constituées et l’action de la force publique se renfermeront à cet égard, chacun pour ce qui les concerne, dans les mesures de police et de sûreté publique. 3˙ La Convention, par les dispositions précédentes, n’entend déroger en aucune manière aux lois répressives ni aux précautions de salut public contre les prêtres réfractaires ou turbulents et contre tous ceux qui tenteraient d’abuser du prétexte de la religion pour compromettre la cause de la liberté. Elle n’entend pas non plus fournir à qui que ce soit, aucun prétexte d’inquiéter le patriotisme et de ralentir l’essor de l’esprit public. La Convention invite tous les bons citoyens, au nom de la patrie, à s’abstenir de toutes disputes théologiques ou étrangères aux grands intérêts du peuple français, pour concourir de tous leurs moyens au triomphe de la République et à la ruine de ses ennemis. L’adresse, en forme de réponse aux manifeste des rois ligués contre la République, décrétée par la Convention nationale le 15 frimaire, sera réimprimée par les ordres des administrations de district, pour être étendue et affichée dans l’étendue de chaque district. Elle

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    sera lue, ainsi que le présent décret, au prochain jour de décadi, dans les assemblées de communes ou de sections, par les officiers municipaux ou par les présidents des sections »       

     

     

     


     

     

    Contre la "DECHRISTIANISATION ":

    -Collot-d'Herbois, Robespierre, Carnot et Billaud-Varenne-

    Adresse au représentant en mission dans l'Oise et la Somme  

    « Il nous a paru que dans vos dernières opérations vous avez frappé trop violemment sur les objets du culte catholique. Une partie de la France, et surtout du Midi, est encore fanatisée. Il faut bien se garder de fournir aux contre-révolutionnaires hypocrites, qui cherchent à allumer la guerre civile, aucun prétexte qui semble justifier leurs calomnie. »


    Propriété et subsistance: Discours du 2 décembre 1792 à la Convention:

    « La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là ; la propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter ; c’est pour vivre d’abord que l’on a des propriétés. Il n’est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes. »

     


     ROBESPIERRE justifie son besoin personnel de croire en un Dieu

    « La superstition, il est vrai, est un des appuis du despotisme, mais ce n’est point induire les citoyens dans la superstition que de prononcer le nom de la divinité, j’abhorre autant que personne toutes ces sectes impies qui se sont répandues dans l’univers pour favoriser l’ambition, le fanatisme et toutes les passions, en se couvrant du pouvoir secret de l’éternel qui a créé la nature et l’humanité, mais je suis bien loin de la confondre avec ces imbéciles dont le despotisme s’est armé. Je soutiens, moi, ces éternels principes sur lesquels s’étaie la faiblesse humaine pour s’élancer à la vertu. Ce n’est point un vain langage dans ma bouche, pas plus que dans celle de tous les hommes illustres qui n’en avaient pas moins de morale pour croire à l’existence de dieu. Oui, invoquer le nom de la providence et émettre une idée de l’être éternel qui influe essentiellement sur les destins des nations, qui me paraît à moi veiller d’une manière toute particulière sur la révolution française, n’est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon cœur, un sentiment qui m’est nécessaire ; comment ne me serait-il pas nécessaire à moi qui, livré dans l’assemblée constituante à toutes les passions, à toutes les viles intrigues, et environné de tant d’ennemis nombreux, me suis soutenu. Seul avec mon âme, comment aurais-je pu soutenir des travaux qui sont au-dessus de la force humaine, si je n’avais point élevé mon âme. Sans trop approfondir cette idée encourageante, ce sentiment divin m’a bien dédommagé de tous les avantages offerts à ceux qui voulaient trahir le peuple. »

    ________________________________________________________________________________

    autres textes en voie de compilation à la fin ....

    DISCOURS CONTRE LA GUERRE 1791 

    Personne n'aime les missionnaires armés.

     

    "La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution.

    Personne n'aime les missionnaires armés; et le premier conseil que donne la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis.

    (...) quand le peuple (à Rome) réclamait ses droits contre les usurpations du sénat et des patriciens, le sénat déclarait la guerre, et le peuple, oubliant ses droits et ses outrages, ne s'occupait que de la guerre, laissait au sénat son empire, et préparait de nouveaux tiomphes aux patriciens."

    "La guerre est bonne pour les officiers militaires, pour les ambitieux, pour les agioteurs qui spéculent sur ces sortes d'évènements; elle est bonne pour les ministres dont elle couvre les opérations d'un voile plus épais et presque sacré; elle est bonne pour la cour, elle est bonne pour le pouvoir exécutif dont elle augmente l'autorité, la popularité, l'ascendant; elle est bonne pour la coalition des nobles, des intrigants, des modérés qui gouvernent la France."

    Robespierre -Ecrits- Claude MAZAURIC Messidor-Editions Sociales


    _________________________________________________________________

     

    • Pas de méprise, la Révolution de 1789 est une révolution bourgeoise.

    La classe bourgeoise qui s’identifie au Tiers-états veut instaurer la liberté économique et n’a besoin pour cela que d’une révolution politique, s’accommodant d’un roi constitutionnel.

     (Lors des commémorations de 1989 de la Révolution française, nombre d'organisateurs officiels et d'historiens courtisans, nostalgiques d'une monarchie constitutionnelle, avaient arrêté la Révolution à 1791...)

    Les droits politiques égaux, ce sont les droits de l’individu assimilé au bourgeois, au capitaliste de l’époque.

    •  La bourgeoisie a besoin d’une révolution politique pour détruire le système féodal et les rapports sociaux féodaux, se libérer de toutes les entraves à son essor, à son développement à la libre circulation:

    -suppression des impôts et taxes féodales, octrois, taxes douanières sur tout le territoire  etc.

    -instaurer un système d’unité de mesure unifié et unique sur tout le territoire.

    -Casser le monopole des corporations (ex-confréries religieuses) pour instaurer la libre concurrence. Tout en interdisant le droit de coalition des ouvriers. (Loi Le Chapelier de 1791)

    -libérer la main-d’œuvre (servage et corporations très réglementées)

    -unifier la langue nationale (abbé Grégoire)

    -un nouveau découpage territorial, les départements contre les provinces, baillages etc.

    -Unification de la nation indivisible. (l'abbé Grégoire)

    -S’attaquer à la monarchie absolue, de droit divin : c’est s’attaquer obligatoirement à l’Eglise catholique qui a modélisé  la monarchie absolue, son idéal (royaume de dieu sur la terre, Louis XIV : « Le monarque est le lieutenant de Dieu sur la Terre » : la monarchie de droit divin.

    • C’est sans compter avec le petit peuple : paysans, petits artisans, ouvriers, bas clergé (curés de village surtout) qui fait partie du Tiers-état et a rédigé ses cahiers de doléances.

        Le 4 août 1789, le Duc d'Aiguillon déclare à l'Assemblée: "Nous sommes prêts à envisager de renoncer à nos droits féodaux si on nous les rachète au DENIER TRENTE"

    Henri Guillemin (http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3448514-le-fonds-des-choses.htmltraduit ) traduit: DENIER TRENTE= "Si un paysan vient demain chez nous , avec trente annuités de droits féodaux, he bien, c'est fini, il ne payera plus jamais."

     Les "jacqueries", les mouvements paysans, mettent à mal le rachat des droits féodaux  :les paysans attaquent les châteaux, les abbayes et y brûlent les titres de propriété.

     

    Ce mouvement ne cessera pas, alimentera et poussera la Révolution  plus loin que ne le souhaitait la bourgeoisie:

    Jaurès in "Histoire socialiste de la Révolution"

    "Les paysans ne comprirent et ne retinrent que la première phrase du décret: L'Assemblée abolit entièrement le régime féodal. Elle leur apparut comme la consécration légale de leur soulèvement révolutionnaire et, à partir de ce jour, ils estimèrent décidément qu'ils ne devaient plus rien aux seigneurs..." Jaurès Histoire socialiste de la Révolution Française Tome 1 p 408 Editions Sociales 

    En 1793, Robespierre abolit définitivement le rachat des droits féodaux. 

    • L’importance de Robespierre, pour les libres penseurs :

    la question de la démocratie sociale. être) la haine des classes dirigeantes pour Robespierre comme la haine des philosophes (Voltaire...inégalité) en son temps.

    Robespierre commence en politique avec les plus pauvres, choisi par les savetiers-mineurs d’Arras, qu’il aide à rédiger leur cahier de doléance en avril 1789. Il est choisi comme représentant aux états généraux d’Artois puis aux états généraux nationaux.

    Il sera en phase avec les « sans-culottes » tout au long de la Révolution sauf peut-être à la fin.

    Exemple : la question du 10 août 1792. Robespierre fait voter le suffrage universel abolissant le suffrage censitaire. 

    • Sur la question sociale : Embryon des assurances sociales et des services publics. C'est Robespierre qui fait ajouter la "fraternité" à la devise républicaine "liberté-égalité-fraternité". C'est à dire la solidarité (future Sécurité sociale etc.)

    Décrets sur les secours!(lecture)

    Art.21 déclar. Des Dr. De l’H. de 1793

    • Sur la Démocratie : Il est d’une extrême actualité : Discours sur la représentation. La démocratie de mandat au coeur de la révolution. (lecture), le suffrage universel.   
    • Sur la propriété : Avec Robespierre, la propriété est limitée par la loi et non plus «  inviolable et sacrée »    

    (Cf l’art VI de son projet de déclaration : « La propriété est le droit qu’a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi. »

    Appliquer à la propriété le principe de liberté qui s’arrête là où commence celle des autres

    (Amendements à la constitution de 1793).

    "On a des propriétés que pour vivre" 

    Il combat l’abus de propriété, les accapareurs, les agioteurs, les esclavagistes. Aujourd’hui, on dirait « les spéculateurs » et les « patrons voyous ».

    Il leur oppose « la vertu » et « l’incorruptibilité », les valeurs morales.

    (Cette « moralisation » des rapports sociaux du capitalisme avant la révolution industrielle, n’a pas grand chose à voir avec la prétention affichée de nombre d'hommes politiques et d'ONG (de vouloir « moraliser le capitalisme » aujourd’hui.).

    Art 1 : « Le but de la société est le bonheur commun », l’idéal petit-bourgeois du point de vue de classes.

    Il sera titillé par les hébertistes (sur sa gauche) et les girondins sur sa droite (luttes des classes)

    Forces sociales en action avant tout et non question de personnes, même si cela passe par des hommes.

    Sur la République :

    Dès le 10 août 1792, il rédige des pétitions  exigeant la déchéance du roi et l’élection d’une nouvelle représentation nationale (la Convention).

     

    Sur la question des rapports entre les peuples :

    -opposition à la guerre:" Les peuples n'aiment pas les missionnaires armés!"

     -internationalisme formulé:« droit des peuples à disposer de leur destin » (const 1793) 

    -Généraux contrôlés:"L'insubordination des généraux est la pire dans une république.  Dans un Etat libre, c'est le pouvoir militaire qui doit être le plus astreint."Circulaire St Just-Robespierre (citée par Henri Guillemin)

    Sur la question religieuse : La position de Robespierre interpellera les Libres penseurs en 1904 et 1905 pour la Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, certains y voient encore un « calotin » invétéré.

    •  La grande bourgeoisie a besoin de l’Eglise pour maintenir le respect de la propriété, « inviolable et sacrée » par le peuple. La crainte du châtiment de Dieu pour ceux qui ne respecteraient pas la propriété privée. Voltaire  résumait son point de vue de propriétaire terrien de la façon la plus triviale: « Si dieu n’existait pas il faudrait l’inventer », sinon mes serviteurs me déposséderaient de mes couverts en argent, de ma vaisselle de luxe etc.

     

    • Il ne faut donc pas rompre avec l’Eglise catholique, elle est « nationalisée » avec indemnité et rachat. Les curés jureurs (52%) sont salariés de l’Etat (sorte de concordat napoléonien mais sans l’accord du pape)

    Mais le pape pie VI n’est pas de cet avis (Quod Aliquantur du 10 mars 1791)

     

    • Robespierre va s’opposer à la déchristianisation opérée par les représentants en mission, Fouché, Chaumette, car ils dressent une grande partie de la population contre la révolution, il ne faut pas créer de nouvelles « Vendées », jeter dans les bras des contre-révolutionnaires des peuples superstitieux. Chaumette formulera ce qu'on appelle pas encore "laïcité", suite aux remontrances de Robespierre :

    CHAUMETTE Pierre Gaspard Fervent déchristianisateur, il fait volte-face dans son discours prononcé à la Commune, le 28 novembre 1793 et formule clairement, dans les pas de Robespierre,ce qui se nommera la laïcité de l'Etat. "... J'estime que le conseil doit rejeter loin de lui toutes discussions relatives aux différents cultes. Peu nous importe que tel soit théiste ou athée, catholique ou grec, ou calviniste, ou protestant, qu'il croie à l'alcoran, aux miracles, aux loups-garous, aux contes des fées, aux damnés, cela ne nous regarde pas ; qu'il rêve tant qu'il voudra, pourvu que ces rêves ne soient ni trop bruyants, ni trop furieux, peu nous importe. Ne nous informons pas s'il va la messe, à la synagogue ou aux prêchés : informons-nous seulement, s'il est républicain ; ne nous mêlons pas de ses lubies, mêlons-nous d'administrer, de lui assurer le libre exercice de ses droits, même de celui de rêver.''

    LIRE LE TEXTE COMPLET SUR LE SITE: http://www.royet.org/nea1789-1794/archives/discours/chaumette_liberte_culte_28_11_93.htm

    -La liberté de conscience est introduite par Robespierre dans la Constitution:

    Article 7. - Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s'assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits. - La nécessité d'énoncer ces droits suppose ou la présence ou le souvenir récent du despotisme.

    Cependant, l’instauration du culte d’Etat, le culte de « l’Etre suprême » ou chacun peut y reconnaître son propre dieu (catholique, protestant , juif, etc.), , ne peut être approuvé par les Libres-penseurs qui combattent toute forme d’Eglise constituée, tout en acceptant en son sein, les agnostiques, les déistes  et les athées.

     

    • Robespierre un « calotin » ?

    Sa véritable "auberge espagnole cultuelle"  Il faut la remettre dans le contexte historique du XVIIIe siècle où l’athéisme était impensable.

     Certain ont vu dans l’invention du culte de l’Etre suprême, la consolation à l’impuissance de réaliser les revendications des sans-culottes (droit au travail, aux caisses de secours de l’Etat,

     On ne peut qu’honorer Robespierre dont l’œuvre s’identifie aux acquis de la république, socle de la démocratie politique et sociale 

     Prémices et naissance de la reconnaissance des droits sociaux : la Sécurité sociale, des retraites et allocations familiales, des services publics, droit au travail.

    Démocratie : 

    -démocratie représentative, de mandat (tout le contraire de la  démocratie participative prônée actuellement, modèle des forums sociaux, Porto Allegre au Brésil etc.).

    -Droit de vote élargi (pas encore aux femmes cependant :« Sur le marc d’argent »(avril 1791)

    Les communes, les départements de la république une indivisible, véritable décentralisation, multipliant la représentation des citoyens : plus il y a  d’élus (de proximité), plus les citoyens sont représentés et plus il peuvent les contrôler.

      -Contre la peine de mort: Robespierre vote la mort de Louis Capet, la seule exception à la conviction qu'il défend et dont il n'est jamais fait mention..

    -Gracchus Babeuf après s’être opposé à Robespierre, reconnaîtra le point d’appui, l’acquis même embryonnaire  que constituait « le robespierrisme » vers l’égalité conséquente. Il bâtit son mouvement avec notamment d'anciens robespierristes. 

    • Le Mouvement ouvrier reprendra le flambeau :

    -Marx ne dit-il pas que les jacobins du 19e siècle ce sont les communistes?

    -La république est le socle démocratique sur lequel la classe ouvrière s’arc-boute pour conquérir son émancipation. C'est la classe ouvrière qui défend la République sur les barrricades de 1830, 1848, 1851 (petit peuple du midi notamment) , 1871, 1945.

    Voire à la Chambre, l'adresse de Jaurès à Ferry  : « Vous avez éteint la vieille chanson…. »( http://textuaire.over-blog.com/article-jaures-vous-avez-interrompu-la-vieille-chanson-90270972.html )

    Le peuple après ses droits politiques exige ses droits sociaux.

     marc pouyet, non historien, seul responsable du contenu de cet exposé 

     

     


     

     

    TEXTES A L'APPUI:

     

    ROBESPIERRE

    Le marc d’argent

     

    Discours à l’Assemblée constituante : 25 janvier 1790

    Messieurs, j'ai douté un moment si je devais vous proposer mes idées sur des dispositions que vous paraissez avoir adoptées. Mais j'ai vu qu'il s'agissait de défendre la cause de la Nation et de la liberté, ou de la trahir par mon silence, et je n'ai plus balancé.

    J'ai même entrepris cette tâche avec une confiance d'autant plus ferme que la passion impérieuse de la justice et du bien public, qui l'imposerait, m'était commune avec vous, et que ce sont vos propres principes et votre propre autorité que j'invoque en leur faveur.

    Pourquoi sommes-nous rassemblés dans ce temple des rois ? Sans doute pour rendre à la Nation française l'exercice des droits imprescriptibles qui appartiennent à tous les hommes. Tel est l'objet de toute Constitution politique. Elle est juste, elle est libre, si elle le remplit ; elle n'est qu'un attentat contre l'humanité, si elle le contrarie. Vous avez vous-mêmes reconnu cette vérité d'une manière frappante, lorsqu'avant de commencer votre grand ouvrage, vous avez décidé qu'il fallait déclarer solennellement ces droits sacrés, qui sont comme les bases éternelles sur lesquelles il doit reposer ;

    « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.

    La souveraineté réside essentiellement dans la Nation.

    La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont le droit de concourir à sa formation, soit par eux-mêmes, soit par leurs représentants, librement élus.

    Tous les citoyens sont admissibles à tous les emplois publics, sans aucune autre distinction que celle de leur vertu et de leurs talents. »

    Voilà les principes que vous avez consacrés ; il sera facile maintenant d'apprécier les dispositions que je me propose de combattre, il suffira de les rapprocher de ces règles invariables de la société humaine.

    1° La loi est-elle l'expression de la volonté générale, lorsque le plus grand nombre de ceux pour qui elle est faite ne peut concourir à sa formation ? Non. Cependant interdire à tous ceux qui ne paient pas une contribution égale à trois journées d'ouvriers le droit même de choisir les électeurs destinés à nommer les membres de l'Assemblée législative, qu'est-ce autre chose que rendre la majeure partie des Français absolument étrangère à la formation de la loi ? Cette disposition est donc essentiellement anti-constitutionnelle et anti-sociale.

    2° Les hommes sont-ils égaux en droits, lorsque les uns jouissant exclusivement de la faculté de pouvoir être élus membres du corps législatif, ou des autres établissements publics, les autres de celle de les nommer seulement, les autres restent privés en même temps de tous ces droits ? Non ; telles sont cependant les monstrueuses différences qu'établissent entre eux les décrets qui rendent un citoyen actif ou passif, moitié actif, ou moitié passif, suivant les divers degrés de fortune qui lui permettent de payer trois journées, dix journées d'imposition directe ou un marc d'argent ? Toutes ces dispositions sont donc essentiellement anticonstitutionneIles, antisociales.

    3° Les hommes sont-ils admissibles à tous les emplois publics sans autre distinction que celle des vertus et des talents, lorsque l'impuissance d'acquitter la contribution exigée les écarte de tous les emplois publics, quels que soient leurs vertus et leurs talents ? Non ; toutes ces dispositions sont donc essentiellement anti-constitutionnelles et anti-sociales.

    4° Enfin la Nation est-elle souveraine, quand le plus grand nombre des individus qui la composent est dépouillé des droits politiques qui constituent la souveraineté ? Non, et cependant vous venez de voir que ces mêmes décrets les ravissent à la plus grande partie des Français. Que serait donc votre Déclaration des droits si ces décrets pouvaient subsister ? Une vaine formule. Que serait la Nation ? Esclave : car la liberté consiste à obéir aux lois qu'on s'est données, et la servitude à être contraint de se soumettre à une volonté étrangère. Que serait votre Constitution ? Une véritable aristocratie. Car l'aristocratie est l'état où une partie des citoyens est souveraine et le reste est sujet, et quelle aristocratie ! La plus insupportable de toutes, celle des riches.

    Tous les hommes nés et domiciliés en France sont membres de la société politique, qu'on appelle la Nation française, c'est-à-dire citoyens français. Ils le sont par la nature des choses et par les premiers principes du droit des gens. Les droits attachés à ce titre ne dépendent ni de la fortune que chacun d'eux possède, ni de la quotité de l'impôt à laquelle il est soumis, parce que ce n'est point l'impôt qui nous fait citoyens ; la qualité de citoyen oblige seulement à contribuer à la dépense commune de l'Etat, suivant ses facultés. Or vous pouvez donner des lois aux citoyens, mais vous ne pouvez pas les anéantir. Les partisans du système que j'attaque ont eux-mêmes senti cette vérité, puisque, n'osant contester la qualité de citoyens à ceux qu'ils condamnaient à l'exhérédation politique, ils se sont bornés à éluder le principe de l'égalité qu'elle suppose nécessairement, par la distinction de citoyens actifs et de citoyens passifs. Comptant sur la facilité avec laquelle on gouverne les hommes par des mots, ils ont essayé de nous donner le change en publiant, par cette expression nouvelle, la violation la plus manifeste des droits de l'homme.

    Mais qui peut être assez stupide pour ne pas apercevoir que ce mot ne peut ni changer les principes ni résoudre la difficulté, puisque déclarer que tels citoyens ne sont point actifs ou dire qu'ils n'exerceront plus les droits politiques attachés au titre de citoyen, c'est exactement la même chose dans l'idiome de ces subtils politiques ? Or je leur demanderai toujours de quel droit ils peuvent ainsi frapper d'inactivité et de paralysie leurs concitoyens et leurs commettants : je ne cesserai de réclamer contre cette locution insidieuse et barbare qui souillera à la fois et notre Code et notre langue, si nous ne nous hâtons de l'effacer de l'un et de l'autre, afin que le mot de liberté ne soit pas lui-même insignifiant et même dérisoire.

    Qu'ajouterai-je à des vérités si évidentes ? Rien, pour les représentants de la Nation, dont l'opinion et le vœu ont déjà prévenu ma demande ; il ne me reste qu'à répondre aux déplorables sophismes sur lesquels les ambitions et les préjugés d'une certaine classe d'hommes s'efforcent d'étayer la doctrine désastreuse que je combats ; c'est à ceux-là seulement que je vais parler. Le peuple ! des gens qui n'ont rien ! les dangers de la corruption ! l'exemple de l'Angleterre, celui des peuples que l'on suppose libres, voilà les arguments que l'on oppose à la justice et à la raison. Je ne devrais répondre que ce seul mot : le peuple, cette multitude d'hommes dont je défends la cause, a des droits qui ont la même origine que les vôtres. Qui vous a donné le pouvoir de le leur ôter ?

    L'utilité générale, dites-vous ! Mais est-il rien d'utile que ce qui est juste et honnête ? Et cette maxime éternelle ne s'applique-t-elle pas surtout à l'organisation sociale ? Et si le but de la société est le bonheur de tous, la conservation des droits de l'homme, que faut-il penser de ceux qui veulent l'établir sur la puissance de quelques individus et sur l'avilissement et la nullité du reste du genre humain ! Quels sont donc ces sublimes politiques, qui applaudissent eux-mêmes à leur propre génie, lorsqu'à force de laborieuses subtilités, ils sont enfin parvenus à substituer leurs vaines fantaisies aux principes immuables que l'éternel législateur a lui-même gravés dans le cœur de tous les hommes ! [...]

    Mais dites-vous : le peuple ! Des gens qui n'ont rien à perdre, pourront donc comme nous exercer tous les droits des citoyens ? Des gens qui n'ont rien à perdre ! Que ce langage de l'orgueil en délire est injuste et faux aux yeux de la vérité ! Ces gens dont vous parlez sont apparemment des hommes qui vivent, qui subsistent au sein de la société, sans aucun moyen de vivre et de subsister. Car s'ils sont pourvus de ces moyens-là, ils ont quelque chose, ce me semble, à perdre ou à conserver. Oui, les grossiers habits qui me couvrent, l'humble réduit où j'achète le droit de me retirer et de vivre en paix, le modique salaire avec lequel je nourris ma femme, mes enfants, tout cela, je l'avoue, ne sont point des terres, des châteaux, des équipages, tout cela s'appelle rien peut-être, pour le luxe et pour l'opulence ; mais c'est quelque chose pour l'humanité ; c'est une propriété sacrée aussi sacrée, sans doute, que les brillants domaines de la richesse. Que dis-je ! ma liberté, ma vie, le droit d'obtenir sûreté ou vengeance pour moi et pour ceux qui me sont chers, le droit de repousser l'oppression, celui d'exercer librement toutes les facultés de mon esprit et de mon cœur ; tous ces biens si doux, les premiers de ceux que la nature a départis à l'homme, ne sont-ils pas confiés comme les vôtres à la garde des lois ?

    Et vous dites que je n'ai point d'intérêt à ces lois ; et vous voulez me dépouiller de la part que je dois avoir comme vous dans l'administration de la chose publique ! et cela par la seule raison que vous êtes plus riches que moi ! Ah si la balance cessait d'être égale, n'est-ce pas en faveur des citoyens les moins aisés qu'elle devrait pencher ? Les lois, l'autorité publique, n'est-elle pas établie pour protéger la faiblesse contre l'injustice et l'oppression ? C'est donc blesser tous les principes sociaux que de la placer tout entière entre les mains des riches.

    Mais les riches, les hommes puissants ont raisonné autrement. Par un étrange abus des mots, ils ont restreint à certains objets l'idée générale de propriété ; ils se sont appelés seuls propriétaires, ils ont prétendu que les propriétaires seuls étaient dignes du nom de citoyens, ils ont nommé leur intérêt particulier l'intérêt général, et pour assurer le succès de cette prétention, ils se sont emparés de toute la puissance sociale. Et nous ! ô faiblesse des hommes ! nous qui prétendons les ramener aux principes de l'égalité et de la justice, c'est encore sur ces absurdes et cruels préjugés que nous cherchons, sans nous en apercevoir, à élever notre Constitution ? [...].

    Mais voyez, je vous prie, à quelles bizarres conséquences entraîne une grande erreur en ce genre. Forcés par les premières notions de l'équité, à chercher les moyens de la pallier, vous avez accordé aux militaires, après un certain temps de service, les droits de citoyens actifs comme une récompense. Vous les avez accordés comme une distinction aux ministres du culte, lorsqu'ils ne peuvent remplir les conditions pécuniaires exigées par vos décrets ; vous les accorderez encore, dans des cas analogues, par de semblables motifs. Or, toutes ces dispositions si équitables par leur objet sont autant d'inconséquences et d'infractions des premiers principes constitutionnels. Comment, en effet, vous qui avez supprimé tous les privilèges, comment avez-vous pu ériger en privilèges pour certaines personnes, et pour certaines professions, l'exercice des droits du citoyen ? Comment avez-vous pu changer en récompense un bien qui appartient essentiellement à tous ? D'ailleurs, si les ecclésiastiques et les militaires ne sont pas les seuls qui méritent bien de la patrie, la même raison ne doit-elle pas vous forcer à étendre la même faveur aux autres professions ? Et si vous la réservez au mérite, comment en avez-vous pu faire l'apanage de la fortune ; ce n'est pas tout ; vous avez fait, de la privation des droits du citoyen actif, la peine du crime, et du plus grand de tous les crimes, celui de lèse-Nation. Cette peine vous a paru si grande que vous en avez limité la durée, que vous avez laissé les coupables maîtres de la terminer eux-mêmes, par le premier acte de citoyen qu'il leur plairait de faire... Et cette même privation, vous l'avez infligée à tous les citoyens qui ne sont pas assez riches pour suffire à telle quotité, à telle nature de contribution ; de manière que, par la combinaison de ces décrets, ceux qui ont conspiré contre le salut et contre la liberté de la Nation, et les meilleurs citoyens, les défenseurs de la liberté, que la fortune n'aura point favorisés, ou qui auront repoussé la fortune pour servir la patrie, sont confondus dans la même classe. Je me trompe, c'est en faveur des premiers que votre prédilection se déclare ; car dès le moment où ils voudront bien consentir à faire la paix avec la Nation, et à accepter le bienfait de la liberté, ils peuvent rentrer dans la plénitude des droits du citoyen ; au lieu que les autres en sont privés indéfiniment, et ne peuvent les recouvrir que sous une condition qui n'est point en leur pouvoir. Juste ciel ! le génie et la vertu mis plus bas que la fortune et le crime par le législateur !

    Que ne vit-il encore, avons-nous dit quelquefois, en rapprochant l'idée de cette grande révolution de celle d'un grand homme qui a contribué à la préparer ! Que ne vit-il encore ce philosophe sensible et éloquent, dont les écrits ont développé parmi nous ces principes de morale publique qui nous ont rendus dignes de concevoir le dessein de régénérer notre patrie ! Eh bien ! s'il vivait encore, que verrait-il ? les droits sacrés de l'homme qu'il a défendus violés par la Constitution naissante et son nom effacé de la liste des citoyens ! Que diraient aussi tous ces grands hommes qui gouvernèrent les peuples les plus libres et les plus vertueux de la terre, mais qui ne laissèrent pas de quoi fournir aux frais de leurs funérailles et dont les familles étaient nourries aux dépens de l'État ; que diraient-ils, si revivant parmi nous, Ils pouvaient voir s'élever cette Constitution naissante ? Aristide ! la Grèce t'a surnommé le juste, t'a fait l'arbitre de sa destinée : la France régénérée ne verrait en toi qu'un homme de rien, qui ne paie point un marc d'argent ! En vain la confiance du peuple t'appellerait à défendre ses droits, il n'est point de municipalité qui ne te repoussât de son sein. Tu aurais vingt fois sauvé la patrie que tu ne serais point encore citoyen actif ni éligible... à moins que ta grande âme ne consentît à vaincre les rigueurs de la fortune aux dépens de la liberté ou de quelqu'une de tes vertus.

    Le despotisme lui-même n'avait pas osé imposer d'autres conditions aux citoyens qu'il convoquait : comment donc pourriez-vous dépouiller une partie de ces hommes-là, à plus forte raison la plus grande partie d'entre eux, de ces mêmes droits politiques qu'ils ont exercés en vous envoyant à cette Assemblée, et dont ils vous ont confié la garde ? Vous ne le pouvez pas sans détruire vous-mêmes votre pouvoir, puisque votre pouvoir n'est que celui de vos commettants. En portant de pareils décrets, vous n'agiriez pas comme représentants de la Nation : vous agiriez directement contre ce titre ; vous ne feriez point des lois, vous frapperiez l'autorité législative dans son principe. Les peuples mêmes ne pourraient jamais ni les autoriser, ni les adopter, parce qu'ils ne peuvent jamais renoncer, ni à l'égalité, ni à la liberté, ni à leur existence comme peuples, ni aux droits inaliénables de l'homme. Aussi, Messieurs, quand vous avez formé la résolution déjà bien connue de les révoquer, c'est moins parce que vous en avez reconnu la nécessité, que pour donner à tous les dépositaires de l'autorité publique un grand exemple du respect qu'ils doive ni aux peuples, pour couronner tant de lois salutaires, tant de sacrifices généreux, par le magnanime désaveu d'une surprise passagère, qui ne changea jamais rien ni à vos principes, ni à votre volonté constante et courageuse pour le bonheur des hommes. Que signifie donc l'éternelle objection de ceux qui vous disent qu'il ne vous est permis, dans aucun cas, de changer vos propres décrets ? Comment a-t-on pu faire céder à cette prétendue maxime cette règle inviolable, que le salut du peuple et le bonheur des hommes sont toujours la loi suprême, et imposer aux fondateurs de la Constitution française, celle de détruire leur propre ouvrage, et d'arrêter les glorieuses destinées de la Nation et de l'humanité entière, plutôt que de réparer une erreur dont ils connaissent tous les dangers ? Il n'appartient qu'à l’être essentiellement infaillible d'être immuable : changer est non seulement un droit, mais un devoir pour toute volonté humaine qui a failli. Les hommes qui décident du sort des autres hommes sont moins que personne exempts de cette obligation commune Mais tel est le malheur d'un peuple qui passe rapidement de la servitude à la liberté, qu'il transporte, sans s'en apercevoir, au nouvel ordre de chose, les préjugés de l'ancien dont il est certain que ce système de l'irrévocabilité absolue des décisions du Corps législatif n'est autre chose qu'une idée empruntée du despotisme. L'autorité ne peut reculer sans se compromettre, disait-il, quoiqu'en effet il ait été forcé quelquefois à reculer. Cette maxime était bonne en effet pour le despotisme, dont la puissance oppressive ne pouvait se soutenir que par l'illusion ou la terreur; mais l'autorité tutélaire des représentants de la Nation, fondée à la fois sur l'intérêt général et sur la force de la Nation même, peut réparer une erreur funeste, sans courir d'autre risque que de réveiller les sentiments de la confiance et de l'admiration qui l'environnent ; elle ne peut se compromettre que par une persévérance invincible dans des mesures contraires à la liberté, et réprouvées par l'opinion publique. Il est cependant quelques décrets que vous ne pouvez point abroger, ce sont ceux qui renferment la Déclaration des droits de l'homme, parce que ce n'est point vous qui avez fait ces lois, vous les avez promulguées. Ce sont des décrets immuables du législateur éternel déposés dans la raison et dans le cœur de tous les hommes avant que vous les eussiez inscrits dans votre code, que je réclame contre les dispositions qui les blessent et qui doivent disparaître devant eux. Vous avez ici à choisir entre les uns et les autres, et votre choix ne peut être incertain, d'après vos propres principes. Je propose donc à l'Assemblée nationale le projet de décret suivant :

    « L'Assemblée nationale, pénétrée d'un respect religieux pour les droits des hommes, dont le maintien doit être l'objet de toutes les institutions politiques ;

    Convaincue qu'une institution faite pour assurer la liberté du peuple français et pour influer sur celle du monde, doit être surtout établie sur ce principe ;

    Déclare que tous les Français, c'est-à-dire tous les hommes nés et domiciliés en France, ou naturalisés, doivent jouir de la plénitude et de l'égalité des droits du citoyen et sont admissibles à tous les emplois publics, sans autre distinction que celle des vertus et des talents. »

     

     

     


     

     

     

    ROBESPIERRE

    Le suffrage universel

     

    Discours à l’Assemblée constituante : 11 août 1791

    M. Robespierre : Le projet de vos comités tend à changer l’esprit de votre Constitution ; jamais question, du moins, ne mérita, de la part de l’Assemblée nationale, une attention plus sérieuse. Les comités vous proposent de supprimer le marc d’argent à une condition qui me paraît infiniment plus injuste et plus onéreuse à la Nation. Les motifs qui déterminent les comités à proposer de supprimer ce décret du marc d’argent relativement aux députés, s’appliqueront encore d’une manière bien plus forte aux électeurs. Un de ces principaux motifs est qu’il ne faut point gêner la confiance du peuple dans le choix de ses représentants. Or, le peuple est-il libre de choisir ses représentants lorsqu’il n’est pas même libre dans le choix des intermédiaires qu’il est obligé de commettre pour choisir ces mêmes représentants ; ou plutôt n’est-il pas évident que sa liberté est gênée d’une manière encore plus dangereuse, puisque, non seulement, il ne peut pas atteindre tout de suite le but, mais qu’il ne peut pas même arriver librement à l’intermédiaire qui doit ensuite le porter vers le but ?

    Un autre motif qui a déterminé les réclamations élevées de toutes parts contre le décret du marc d’argent, c’est qu’il ne faut point violer l’égalité ni concentrer les dignités dans la classe la plus riche de la Nation et il est évident que ce motif s’applique aux corps électoraux, et qu’il n’est pas moins important pour la Nation que les assemblées électorales soient ouvertes à tous les citoyens sans distinction de fortune aussi bien que le Corps législatif lui-même, puisque, encore un coup, ils ne peuvent envoyer leurs députés à la législature qu’en passant par l’intermédiaire des corps électoraux.

    Les comités, Messieurs, me paraissent être continuellement en contradiction avec eux-mêmes dans ce système. Vous avez, sur leur proposition, reconnu que la Constitution devait garantir, et vous avez dit, en effet, qu’elle garantissait que tout citoyen français était admissible à tous les emplois sans autre distinction que celle des vertus et des talents ; or, je prie les auteurs du système que je combats, de dire si la commission donnée à des citoyens de choisir pour  eux des représentants au Corps législatif n’est pas aussi un emploi ? Il en résulte donc que la garantie promise au nom de la Constitution est violée par le système des comités. (Applaudissements à l’extrême gauche et dans les tribunes).

    Messieurs, on conçoit les plus heureuses espérances lorsqu’on lit le début de notre Constitution et qu’on voit le scrupule avec lequel vous vous êtes appliqués à arracher les racines mêmes de toutes les distinctions de la noblesse et de tous les autres préjugés qui mettaient une classe de citoyens au-dessus de toutes les autres : mais que nous importe, Messieurs, qu’il ne nous reste plus de noblesse féodale si à ces préjugés absurdes, si à ces distinctions humiliantes pour les autres citoyens vous substituez une nouvelle distinction plus réelle, qui a beaucoup plus d’influence sur le sort et sur les droits des citoyens, puisqu’on y attache un droit politique, celui de décider du mérite des membres qui doivent représenter la Nation et, par conséquent, le bonheur du peuple.

    Que m’importe à moi citoyen, qu’il n’y ait plus de nobles, qu’il n’y ait plus de tous ces titres ridicules sur lesquels s’appuyait l’orgueil de quelques hommes, s’il faut que je voie succéder à ces privilégiés une autre classe à laquelle je serai obligé de donner exclusivement mon suffrage, afin qu’ils puissent discuter mes plus chers intérêts ! Qu’importe au citoyen, qu’il n’y ait plus d’armoiries, s’il voit partout la distinction de l’or. Il est évident qu’il est impossible d’imaginer une contradiction plus formelle et plus injuste que celle-là ; il est évident que si vous adoptiez le système des comités, cette garantie tant vantée, ne serait qu’un vain appât présenté à la Nation, et que vous tomberiez en contradiction avec vous-mêmes, contradiction qui lui permettrait de douter de votre bonne foi et de votre loyauté dans la défense de ses droits… (Murmures au centre. Applaudissements à l’extrême gauche.) N’est-il pas évident encore, que ce prétendu bienfait de la suppression du marc d’argent est illusoire, puisque l’usage sera établi et durera toujours, de choisir tous les députés dans les corps électoraux dès qu’une fois vous aurez reporté sur les électeurs la charge du décret du marc d’argent ? (Murmures.)

    Quels sont les motifs que le comité oppose à ces principes et à ces contradictions ? Le comité dit : « Il faut une garantie de l’indépendance et de la pureté des intentions de ceux qui devront choisir les représentants de la Nation… » D’abord, Messieurs, je conviens qu’il faut une garantie ; mais cette garantie est-ce la contribution, est-ce la fortune qui la donne ? Est-il vrai que la probité, que les talents se mesurent réellement sur la fortune ? Je dis que l’indépendance, la véritable indépendance est relative, non pas à la fortune, mais aux besoins, mais aux passions des hommes ; et je dis qu’un artisan, qu’un laboureur qui paye les 10 journées de travail exigées par vos précédents décrets est plus indépendant qu’un homme riche, parce que ses désirs et ses besoins sont encore plus bornés que sa fortune, parce qu’il n’est point accablé de toutes ces passions ruineuses, enfants de l’opulence. Ces idées sont morales, sans doute ; mais elles n’en sont pas moins dignes d’être présentées à l’Assemblée nationale.

    Un membre : C’est trop fort, Monsieur Robespierre !

    M. Robespierre : Ce ne sont pas là des surfaces sans profondeur et des lignes sans largeur (Rires) J’examine donc avant tout si vous avez le profit d’exiger que les électeurs payent une contribution plus forte que celle que vous avez décrétée, et je dis que non ; pourquoi ? Parce que vous ne pouvez pas porter atteinte vous-mêmes à la garantie de la liberté, de la justice, de la Constitution, parce que vous ne pouvez pas, de la manière la plus formelle et la plus évidente, effacer ces principes fondamentaux de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, que vous avez reconnue comme la base de votre Constitution.

    On nous parle de garantie, mais chez quel peuple libre a-t-on exigé cette garantie ? Je ne parle point de l’Angleterre ni même de l’Amérique…(Rires.) Avant de censurer cette idée et de l’improuver, il aurait fallu la prévoir, et donner le temps d’en faire le développement ; il serait trop facile de prouver que l’Amérique se trouve dans des circonstances infiniment différentes, et que ce que je regarde comme un vice est compensé par d’autres lois que nous n’avons pas chez nous.

    Je reviens à ce que je disais ; je dis que les peuples libres ont dédaigné, ont méprisé cette garantie ; que les plus grands législateurs de l’Antiquité l’ont regardée comme une injuste absurdité ; car les plus grands législateurs sont ceux qui ont fondé la législation sur la morale. Aristide subjugua seul par sa vertu les suffrages, non seulement de sa patrie, mais de la Grèce entière… (Murmures.) Quel eût été le résultat du système du comité ? C’est que le fils de ce grand homme, précisément parce que son père, après avoir administré les deniers publics, serait mort sans avoir laissé de quoi se faire enterrer, n’aurait seulement pas pu être électeur…

    Un membre : Il aurait été élu.

    M. Robespierre : Quelle serait la garantie de Rousseau ? Il ne lui eût pas été possible de trouver accès dans une assemblée électorale ! Cependant, il a éclairé l’humanité, et son génie puissant et vertueux a préparé vos travaux : d’après les principes des comités, nous devrions rougir d’avoir élevé une statue à un homme qui ne payait par un marc d’argent.

    Je dis que tout homme, que tout citoyen français a une garantie suffisante de son aptitude à recevoir toutes les marques possibles de la confiance de ses concitoyens dans la qualité d’homme et de citoyen ; je dis qu’il n’est pas vrai qu’il faille être riche pour tenir à sa patrie ; je dis qu’il est pour les hommes des intérêts sacrés et touchants qui attachent à ses semblables et à la société, des intérêts absolument indépendants de la fortune et de tel ou tel degré de richesse ou de contribution ; ces intérêts primitifs de l’homme : c’est la liberté individuelle, ce sont les jouissance de l’âme, c’est l’intérêt qu’on attache à la propriété la plus petite ; car l’intérêt à la conservation de sa chose est proportionné à la modicité de sa fortune, et l’artisan qui ne paye que 10 journées de travail tient à son salaire, tient à des petites épargnes, tient aux moyens qui le mettent en état de vivre avec sa famille autant que le riche tient à d’immenses domaines ; et ces propriétés sont d’autant plus sacrées qu’elles touchent de plus près aux besoins et à la subsistance nécessaire de l’homme ; elles n’en sont que plus sacrées aux yeux de la loi. Par conséquent, bien loin d’éloigner ceux qui ont ce degré de fortune des droits que leur donne la nature, il faut les leur continuer, afin qu’ils puissent influer le plus qu’il est possible sur la conservation de la chose publique et sur les lois qui doivent protéger tous les citoyens.

    Et n’est-ce pas une contradiction dans l’ordre social que, les lois étant faites pour protéger les plus faibles, les plus faibles étant ceux qui ont le plus besoin de la protection des lois, les hommes puissants, les hommes riches étant ceux qui peuvent les éluder plus facilement, et se passer, par leur crédit et leurs ressources personnelles, de la protection des lois ; n’est-il pas injuste que de tels hommes aient plus d’influence sur les lois que la partie qui en a le plus besoin !

    Ces idées me paraissent établir d’une manière irrésistible et invariable l’intérêt social et celui de la justice, qui ne peuvent jamais être séparés ; car pour décider une question, il suffit de se rappeler ce seul principe, que rien n’est utile que ce qui est honnête et juste ; or, pouvez-vous dire qu’il est juste, qu’il est honnête d’ôter à une si grande multitude de citoyens le droit de donner leurs suffrages à ceux qui leur en paraîtront dignes, sans distinction de fortune, et à tous les citoyens de recevoir les preuves de la confiance de leurs concitoyens ? Non, et pour vous convaincre tous que ce serait la plus grande des injustices, rappelez-vous à vous-mêmes quel est votre caractère et votre titre ; quels sont ceux qui vous ont envoyés dans cette Assemblée ? Sont-ce des électeurs calculés sur un demi-marc, sur un marc d’argent ? (Non ! non !)

    Messieurs, ce sont ceux qui ont été nommés par le peuple que j’atteste sur ce fait ; je les rappelle au titre de leur convocation, qui portait que : « Tout Français ou naturalisé Français, payant une imposition quelconque, serait admis à concourir à la nomination des députés » ; et je leur rappelle que nulle loi n’a éloigné des assemblées un seul homme pour raison de fortune et de contribution. Je demande maintenant si vous, qui êtes arrivés ici sans titre, et qui tenez vos pouvoirs de ces hommes-là, dont une grande partie n’atteignait pas la condition que vous leur imposez ; je vous demande si vous pouvez vous servir des pouvoirs qu’ils vous ont confiés, et si vous pouvez leur dire : le jour où vous nous avez investis du pouvoir de défendre et de garder vos droits, ce jour-là vous les avez perdus ; vous ne rentrerez plus dans ces assemblées où vous nous avez donné votre confiance ; nous n’avons point de garantie de votre indépendance et de votre probité… : nous-mêmes, nous ne sommes donc pas purs, puisqu’enfin nous avons été choisis et nommés par des électeurs qui ne payaient plus (Applaudissements).

    Je conclus de tout ce que je viens de dire, que d’après les principes de la morale, par conséquent de la politique des législateurs de la France, l’intérêt du peuple exige que vous révoquiez, non seulement le décret du marc d’argent, mais aussi les conditions d’éligibilité prescrites pour les électeurs.

     

     


    ROBESPIERRE ET LA TELEVISION PUBLIQUE / à propos de l'accusation de "génocide"

      http://www.fnlp.fr/spip.php?article727

     

    SUR CETTE QUESTION, LIRE:

    révolution française actes 2009 

    Pourquoi la Libre-Pensée honore Robespierre + textes
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