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 LIBRE PENSEE-Fédération des Alpes de Haute Provence (04)

Publications/La Raison n°619 (mars 2017) L'éditorial de Jean-Sébastien Pierre

26 Février 2017 , Rédigé par librepensee04

25 février 2017
Publications
La Raison n°619 (mars 2017)

 

L'éditorial de Jean-Sébastien Pierre

 

Fluctuat nec mergitur

(devise latine de la ville de Paris)

Ce numéro de la Raison est riche en pages internationales. C’est que la Libre Pensée française s’est engagée à fond dans la préparation du 7ème congrès mondial de l’Association Internationale de la Libre Pensée (AILP-IAFT) qui aura lieu à Paris les 22, 23 et 24 septembre 2017.

Une rencontre qui se prépare sur les cinq continents. Une rencontre qui rassemblera les ennemis des dogmes et les partisans de la Séparation des Eglises et des Etats. Une rencontre qui verra les libres penseurs, athées, humanistes et les sécularistes comme les nomme la langue anglaise, à la recherche de déclarations et d’actions communes. Toutes les associations et organisations qui viendront ou se feront représenter ne seront pas membres de l’AILP. Le congrès accueillera aussi les membres de la Fédération Humaniste Européenne (FHE), de l’International Humanist and Ethical Union (IHEU), de l’Atheist Alliance International (AAI) avec lesquelles l’AILP entretient des rapports de confiance et de coopération. Le CLIPSAS (association maçonnique internationale sera aussi invitée).

Le congrès de Paris sera un grand moment, ne le ratez pas !

Dans le cours de sa préparation se sont tenus ou vont se tenir une série de congrès internationaux qui ont déjà marqué ou vont marquer la réflexion et le rassemblement des libres penseurs  : aux Amériques, les 22 et 24 septembre 2016 à Quito s’est tenu le 6ème congrès ; en Europe de l’Ouest, le 9 décembre 2016 la rencontre de Madrid, organisée par les deux associations laïques et de libres penseurs espagnoles et la Libre Pensée Française. A l’Est, ce sera Varsovie, et au cœur du monde méditerranéen, Chypre. La réussite de ces réunions et leur convergence vers le 7ème congrès à Paris témoignent du besoin de rencontre, de confrontation des expériences, et de cohésion internationale de l’ensemble de ces organisations. A Madrid, nous avons entendu les représentants d’un mouvement de maires et d’Elus locaux qui proclament la laïcité dans leurs communes et territoires, notamment dans les Asturies. Cette nouvelle s’ajoute à la campagne qu’a menée Europa Laïca contre l’implantation des croix sur les sommets de la sierra de Guadarrama près de Madrid. Nombre de participants espagnols  furent plus que surpris d’entendre la relation de notre combat juridique contre la présence des crèches dans les lieux publics, tant ils étaient convaincus que la laïcité en France ne pouvait souffrir de telles atteintes.

Vous trouverez dans nos colonnes une contribution à la discussion de notre ami Keith Porteous Wood de la NSS d’Angleterre (National Secular Society) à propos de l’amorce d’une Séparation de l’Église luthérienne et de l’État en Norvège. Il en profite pour esquisser un parallèle avec la situation anglaise. En même temps, notre rubrique « Ainsi va le Monde » rapporte les inquiétantes dérives communautaristes entrainées par la politique dite d’intégration du Royaume-Uni, ce qui fait l’objet d’un rapport de la chevalière de l’Empire Britannique Louise Casey. Cela sera discuté à Paris.

En page 10, vous trouverez l’affiche invitant au congrès de Chypre, sur le thème «États et religion en Méditerranée orientale» à l’Université de Limassol. En plus des organisateurs grecs et chypriotes, sont attendus des participants de France, Liban, Territoires palestiniens, Tunisie, Turquie, Serbie et peut-être d’autres nationalités encore, tant le sujet traité est préoccupant dans toute la région concernée. Souhaitons plein succès à cette initiative. Elle nourrira les travaux de Paris.

Libres penseurs, chers lecteurs de notre revue, vous ne pouvez manquer cet événement considérable. Paris a été adopté avec enthousiasme comme prochain lieu de rencontre par les congressistes de Quito, je me permets de vous inciter à vous inscrire et à soutenir ce rendez-vous historique.

Pour terminer par quelques mots plus nationaux, vous verrez aussi que l’arrêt du Conseil d’Etat sur les crèches dans les bâtiments de la République induit ses premières conséquences : Laurent Wauquiez, seul Président de région à avoir osé installer un de ces dioramas catholiques, de dimension considérable (9m 2 ) dans son hôtel de région, vient d’être désavoué par le Préfet de la dite région  : Auvergne-Rhône-Alpes, nous permettant d’attaquer le fait lorsque le délai de rigueur de deux mois sera écoulé. Nous n’y manquerons pas, comme partout où une droite cléricale rêvant de reconquête et de croisade poursuivra cette œuvre provocatrice. Nous défendrons la loi de 1905 !

Jean-Sébastien Pierre,
Président de la Fédération Nationale
de la Libre Pensée
 
La Couverture   le sommaire   
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ACTES DES COLLOQUES DE FRANCHESSE ET DE SAINT-NAZAIRE

22 Février 2017 , Rédigé par librepensee04

Publications
ACTES DES COLLOQUES DE FRANCHESSE ET DE SAINT-NAZAIRE

 

COMMANDE ACTES DES COLLOQUES DE FRANCHESSE ET DE SAINT-NAZAIRE.


Le Monde libertaire publie un numéro de février 2017 sur « 2017 : toujours antimilitaristes ! ». Plus de 50 pages sur le sujet où notamment les actes des colloques de Franchesse et de Saint-Nazaire réalisés à l’initiative de la Libre Pensée sont brillamment chroniqués. Nous vous livrons cette chronique, et vous avez toujours la possibilité de commander les actes des deux colloques en un exemplaire de plus de 500 pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

L'histoire officielle, celle qu'on enseigne à l'école, est toujours celle des vainqueurs. Et elle se veut parole d'évangile.

Ainsi, la guerre de 14-18 aurait vu nos braves poilus partir la fleur au fusil pour défendre la patrie en danger. celle de 39-45 minimise la collaboration pour mettre l'accent sur les résistance (souvent de la 25ème heure). Celle d'Algérie exalte les braves troufions qui se sont ralliés à l'appel de de Gaulle lors du putsch d'Alger. Celle de...

Bref, à chaque fois c'était l'enthousiasme populaire pour... Ben tiens!

L'Histoire, la vraie, n'a rien à voir avec l'Histoire officielle. Elle est plus complexe. Et, surtout, elle nous raconte ces quelques-une et quelques-unes, beaucoup plus nombreux et nombreuses que k'on croie, qui ont sauvé l'honneur du mouvement ouvrier, du socialisme et de l'anarchisme..., et du genre humain en osant dire NON! Non à la vérole capitalise qui vit la guerre. Non à la vérole nationaliste qui fait se massacrer les prolétaires entre eux. Non à l'insulte à l'intelligence qui pense résoudre un conflit (réel ou supposé) par le massacre de celui d'en face.

L'Histoire, la vraie, c'est celle de ces coeurs purs qui, spontanément ou par trouille, d'entrée de jeu ou au bout de l'insupportable, ont dit NON!

Ce livre (1) nous raconte cette histoire méconnue mais réelle. Celle des déserteurs, des insoumis, des objecteur de conscience, des mutins...

Daviez-vous qu'en 1914 il y eut 45 000 déserteurs ? Quen pendant la guerre d'Algérie, il y eut 12 000 rappelés qui refusèrent de partir ? Qu'en 14-18, il y eut 639 fusillés pour l'exemple dont certains (et pas que des Bretons), pour n'avoir pas obéi à des ordres qu'ils ne comprenaient pas car ils ne parlaient pas français? Qu'il y eut maints exemples de fraternisations? Qu'il y eut des tas de mutineries aussi bien du côté français que du côté allemand ? Que 20 000 Russes qui étaient sur le front français, en apprenant qu'il y avait la révolution dans leur pays, ont exigé de rentrer chez eux et ont constitué des soviets ? Qu'en Ariège, lors des guerres napoléoniennes, il y avait 98% d'insoumis et de déserteurs ? Qu'il y eut quelques rares leaders du mouvement ouvrier international et de nombreux militants qui sauvèrent l'honneur de 'internationalisme prolétarien bafoué par des "socialistes" à la mie de pain ? Qu'à Gentioux, un petit village de la Creuse, sur le monument aux morts, il y a gravé "Maudite soit la guerre" ? Qu'à Ambérieux, sur la tombe d'un fils mort au chemin des Dames, il y a marqué "Victime du capitalisme, du cléricalisme, du militarisme" ?... Saviez-vous que... ?

Désormais, vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas eu l'occasion de savoir !

Plus sérieusement, ce livre est un putain de bouquin. Un livre référence. 500 pages peuplées d'innombrables portraits, relatant une foultitude d'événements qu'on nous a toujours tus. C'est une claque dans la gueule de tous ceux qui savent mais, détenteurs du pouvoir, ne disent jamais rien, ou très peu, de ce qui dérange leur cupidité et leur veulerie.

Merci à la Libre Pensée de la publication de ce livre qui devrait être dans toutes les bibliothèques de toutes les écoles. On peut bien rêver!

Pas un homme, pas un sous, pas une heure de travail pour la guerre : Hier comme aujourd'hui et demain.
Par Jean-Marc Raynaud

groupe Nous autres de la Fédération anarchiste Charente-Maritime

(1) 500 pages 20€. Plein d'iconographies. En vente à la librairie Publico, 145 rue Amelot, 75011 Paris ou à la librairie de la Libre Pensée, 10/12 rue des Fossés-St-Jacques 75005 Paris

 

 

 

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La Libre Pensée sur France Culture le 12 février 2017a reçu Jean-Luc Romero, Président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD).Lire et réécouter...

20 Février 2017 , Rédigé par librepensee04

La Libre Pensée a reçu sur France Culture le Dimanche 12 février 2017, Jean-Luc Romero, Président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD)

Libre Pensée  (Jean-Marc Schiappa) : Bonjour Jean-Luc Romero. Vous êtes le Président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité et vous êtes aussi, tout le monde le sait, un Elu. Pourriez-vous– vous présenter plus complétement ?

 

 

Jean-Luc Romero : Vous avez dit l’essentiel. Je suis ici d’abord au titre de Président de l’ADMD et je remercie la Libre Pensée pour sa collaboration pour partager cette cause. Je suis comme vous le dites Elu, à la fois maire-adjoint du 12ème et conseiller régional Ile-de-France, et un militant aussi pour la lutte contre le SIDA depuis très longtemps. Globalement, je suis un activiste contre le SIDA, pour le droit de mourir dans la dignité et aussi contre les discriminations et contre l’homophobie.

 

LP : Quelle est la position, certainement connue, mais les choses connues doivent être encore plus rappelées qu’on ne le croit, sur ce que l’on appelle communément parlant l’euthanasie et surtout sur l’aide active à mourir ?

 

JLR : En fait, l’ADMD  réunit aujourd’hui un peu plus de 68 000 adhérents, c’est dire à quel point cette cause intéresse etLa Libre Pensée sur France Culture le 12 février 2017a reçu Jean-Luc Romero,  Président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD).Lire et réécouter... passionne les français. Il faut dire que tout le monde est concerné par la fin de vie. 100 % d’entre nous allons mourir. J’espère ne pas annoncer de mauvaises nouvelles à vos auditeurs. Notre association se bat pour qu’il y ait une loi de liberté, une loi qui place la volonté de celui qui est en fin de vie au centre des décisions. C’est cela tout notre combat. Quelle que soit d’ailleurs sa décision. Alors qu’aujourd’hui on sait très bien que ce sont ceux qui sont autour du lit, les héritiers, les médecins, qui souvent décident pour la personne en fin de vie. On veut une nouvelle loi qui change de logique. Jusqu’à présent on a eu les lois Leonetti, on en est à la troisième loi Leonetti, qui est une loi faite par les médecins pour les médecins. Nous on veut enfin une loi de liberté pour celui qui meurt. C’est-à-dire une loi qui permette d’un côté l’accès universel aux soins palliatifs, et là-dessus c’est un grand échec des pouvoirs publics sur cette question-là, puisque à peine 20% des gens qui en ont besoin en bénéficie. Cela veut dire que 80% d’entre nous ne pourrons pas accéder à des soins palliatifs, quand on en aura besoin. On sait aussi que les soins palliatifs, dans certaines circonstances, ce n’est pas suffisant. Il faut qu’il y ait donc à côté l’euthanasie, le suicide assisté et c’est une des grandes batailles de l’ADMD que d’avoir ce choix ultime comme des pays qui nous entourent l’ont : Pays-Bas, Belgique, le Luxembourg et la Suisse qui a le suicide assisté.

 

Voilà le combat de l’ADMD, c’est-à-dire avoir une loi qui respecte la volonté de celui qui est en fin de vie, si il veut mourir le plus tard possible ou si il n’en peut plus de ses souffrances qu’il puisse bénéficier d’une euthanasie ou d’un suicide assisté, parce qu’il n’existe pas dans une république laïque un principe supérieur qui vous oblige à mourir le plus tard possible et notamment dans la souffrance.

 

LP : C’est un combat essentiellement humaniste qui est au cœur même des préoccupations de la Libre Pensée qui sont des préoccupations humanistes, démocratiques, et plus particulièrement pour nous Libre Pensée, mais ce n’est que notre point de vue, nous pensons que le droit de choisir sa fin de vie est une liberté démocratique essentielle parce que rien ne peut être au-dessus d’un être humain. C’est notre point de vue et vous qu’en pensez-vous ?

 

JLR : L’ADMD et la Libre Pensée là-dessus sont tout à fait d’accord. On partage le même principe. C’est une question qui ne dépend que de la personne concernée. On peut avoir par exemple des convictions religieuses, mais ces convictions on se les applique à soi-même, mais elles ne doivent pas forcément s’appliquer aux autres. On a un peu l’impression, que sur cette question, cela a été à la fois l’avis d’un certain nombre de grands mandarins qui ne veulent pas que ce soit la personne en fin de vie qui décide et puis l’avis de religieux qui ont décidé que ce n’étaient pas aux hommes de décider. Ceux qui croient peuvent le faire, mais ils ne peuvent pas l’imposer aux autres. Et c’est tout à fait notre combat aujourd’hui de faire comprendre que cette loi s’inscrit dans la laïcité parce qu’elle respecte tous les points de vue, mais elle permet enfin à des libres penseurs, à des gens qui n’ont pas de convictions religieuses ou qui en ont, de décider car rien n’indique que l’on soit obligé de mourir dans la souffrance.

 

La Libre Pensée sur France Culture le 12 février 2017a reçu Jean-Luc Romero,  Président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD).Lire et réécouter...LP : Rien ne peut être imposé et je souscris totalement à vos propos et à votre démarche. Ce n’est pas secondaire que vous soyez l’auteur d’un nouveau J’accuse !. Là aussi J’accuse !, pour reprendre cette bonne vieille formulation terriblement évidente, terriblement essentielle, cela veut dire qu’on ne peut pas accepter des choses qui sont inacceptables. Pourriez-vous nous parler de ce nouveau J’accuse ! ?

 

 

JLR : L’ADMD a voulu lancer un J’accuse ! en interpelant tous les responsables politiques, du Président de la République aux parlementaires notamment, parce que dans notre pays on meurt mal, et la loi qui existe en France donne comme seule possibilité d’arrêter les traitements, d’arrêter de vous alimenter, d’arrêter de vous hydrater. C’est-à-dire qu’en 2017, on vous offre comme seule possibilité quand vous n’en pouvez plus de vos souffrances, de mourir de faim et de soif ! Cela ne plait pas à certains, mais c’est cette réalité.

 

On accuse aujourd’hui les pouvoirs publics et la plus part des partis politiques qui ne veulent pas entendre notre revendication, de laisser, dans le pays des droits de l’homme, les gens mourir de faim et de soif. J’espère que dans le cadre de cette présidentielle et de ces législatives certains vont nous entendre et qu’on va enfin avoir cette loi d’ultime liberté qui est, je le rappelle, une loi républicaine et une loi qui s’inscrit dans la laïcité.

 

LP : Vous avez eu parfaitement raison de le signaler, dans le cadre de ce débat faussement politique, de ce débat politicien qu’est celui des présidentielles et des législatives,  vous lancez un pavé dans la mare. L’ADMD a décidé d’organiser le 18 mars 2017 une grande journée de mobilisation pour faire avancer vos revendications et vous faire connaître. Pouvez-vous nous présenter cette journée et ses objectifs précis ?

 

JLR : Le 18 mars, nous avons décidé de faire à la fois une mobilisation place de la République à 13h et donc d’inviter celles et ceux qui défendent l’ultime liberté et je sais que la Libre Pensée sera à nos côtés comme elle l’est souvent … … Et d’autres associations laïques, d’autres français qui partagent cette préoccupation. A partir de 14h30 nous serons au Cirque d’Hiver pour interpeler les candidats aux élections présidentielles. Nous allons inviter tous les candidats à venir dire leur position sur la question de la fin de vie et les interpeler réellement sur cette question parce que c’est important.

 

C’est important que les français sachent quelles sont les positions des candidats, quelles sont les positions des partis politiques, car quand on doit voter on ne vote pas seulement pour la « binette » de quelqu’un on vote d’abord pour un programme, en tous les cas je l’espère, ce n’est peut-être pas toujours le cas …

 

LP : Vous êtes peut-être le dernier à l’espérer !

 

JLR : Oui, mais en tous cas pour nous le programme est important et sur cette question-là, nous allons les interpeler et les français connaitrons leur position. Nous allons d’ailleurs créer un site d’interpellation qui permettra aux français par un simple clic d’interpeler les candidats aux élections présidentielles et ensuite les candidats aux législatives pour connaitre leur position et pour voter en toute conscience.

 

Le 18 mars, j’appelle, et aussi avec la Libre Pensée qui a répondu à cet appel, tous ceux qui défendent la liberté, tous les humanistes à être à nos côtés pour manifester cette demande d’ultime liberté. On voit suffisamment de gens revenir en arrière sur plein de choses et notamment tous ces militants anti-avortement que l’on n’a jamais autant entendus qu’actuellement. Que ceux qui sont pour que les femmes puissent dire « mon corps m’appartient » soient là et ceux qui ont envie de dire « ma mort m’appartient » je leur donne rendez-vous le 18 mars, République à 13h et après au Cirque d’Hiver pour entendre les candidats aux présidentielles.

 

LP : C’est un beau lieu, c’est un lieu symbolique la place de la République et ce n’est pas uniquement  combat franco-français. Ce qui s’est passé en Pologne ou ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis nous montre que c’est une revendication humaine et humaniste essentielle, absolue et qu’il y a en face de nous des résistances très très fortes. De ce point de vue, une fois de plus, l’actualité éditoriale qui est la vôtre est importante. Vous venez de publier un ouvrage qui s’appelle « Survivant » et j’aimerai que vous puissiez préciser, les auditeurs de l’entendent pas, dans « SurVivant », à la fois le fond de cet ouvrage et puis cette présentation en termes de jeu sur les caractères n’est pas qu’une présentation allégorique ou secondaire ou marginale. Il y a quelque chose d’essentiel, de prenant si chose dire sur ce titre.

 

Quelques mots, et plus, sur le titre et le fond de l’ouvrage. Votre combat en tant qu’individu et votre combat personnel contre le  SIDA et contre toutes les politiques qui auraient tendance à faire comme si c’était une sorte de fatalité, quelque chose qui nous est imposée, une malédiction. J’aimerai, mon cher Jean-Luc que vous puissiez nous dire quelques mots sur cet ouvrage qui vous est personnel et intime.

 

JLR : SurVivant, c’est le récit de 30 ans de vie avec le VIH puisque je vis depuis 30 ans avec ce virus. Les gens ne savent plus ce que c’est, puisque cette maladie est invisible. C’est aussi l’histoire du SIDA que je raconte. L’histoire vue par une personne qui vie avec ce virus, parce que je vois que notamment les plus jeunes ne savent pas quel a été ce combat, à quel point les personnes séropositives ont été rejetées. Et puis, c’est aussi un livre d’espoir à double titre : j’y explique, et c’est valable pour toutes les personnes qui vivent avec des pathologies de longue durée, comment on vit avec une maladie grave. On ne m’a pas donné les conseils, quand j’ai appris très jeune, je ne croyais même pas voir mes trente ans, que j’allais vivre avec une maladie grave. J’essaie de donner des conseils et en même temps je parle de ce que l’on n’évoque pas, notamment dans le cadre de cette présidentielle, c’est qu’aujourd’hui le SIDA peut disparaitre. En 2030 comme l’a proposé l’ONUSIDA, on peut vivre dans un monde sans SIDA. Vous imaginez qu’il peut y avoir des enfants qui vont naitre en 2030, le SIDA n’existera plus. En France, on n’est dans les objectifs de l’ONUSIDA qui sont notamment d’avoir 90% des personnes dépistées en 2030. Aujourd’hui on est autour de 81 - 82% mais il existe 30 000 personnes qui ne le sont pas. Tant que ces personnes ne seront pas dépistées le SIDA continuera dans notre pays. Il faut leur dire que c’est important pour eux, important pour les autres et dire à tout le monde : n’ayez pas peur, aujourd’hui on peut faire disparaître le SIDA.

 

J’espère qu’il va y avoir un candidat ou une candidate qui va dire « Je serais le Président – la Présidente d’une France sans SIDA et je ferai tout après pour que l’on est un monde sans SIDA ». C’est un objectif atteignable en France, objectif de 2030. Encore faut-il de la volonté politique, encore faut-il qu’on en parle. C’est vrai que dans tous ce que l’on a pu voir, dans tous ces discours jusqu’à aujourd’hui, pas un mot sur le SIDA alors qu’il n’y a jamais eu autant de gens qui vivent avec dans le monde et en France – plus de 150 000 personnes – on continue à avoir des infections aujourd’hui dans notre pays – entre 6 000 et 7 000 par an.

 

Je pense que cela doit être aussi un des débats de la présidentielle et autant avec l’ADMD nous allons interpeler, mettre des moyens vis-à-vis des candidats, sous une autre casquette, celle de Président d’ « Elus locaux contre le Sida » nous allons aussi interpeler les candidats pour leur dire « serez-vous le candidat d’une France sans SIDA ? ».

 

Voilà ce livre ! C’est un combat individuel devenu collectif et c’est aussi une façon de débanaliser la vie avec le VIH – 3 petits cachets tous va bien – ce n’est pas vrai. Nous on vit dans un pays riche, mais aujourd’hui, pendant que l’on fait cette émission, il y a 3 200 personnes qui vont mourir du SIDA dans une indifférence glacée alors qu’aujourd’hui cela ne devrait plus être possible. Derrière le mot SIDA se sont des hommes et des femmes qui sont cachés en France, qui n’osent même pas le dire à leurs proches, leurs parents, leurs amis tellement ils ont peur. C’est leur dire que l’on peut vivre avec le virus. J’ai voulu donner de l’espoir à travers ce livre, à tous les gens malades. Nous sommes dans une société où il y a de plus en plus de gens malades et on ne s’adresse pas à eux.

 

Ce livre est un message pour les personnes qui vivent avec le virus, un message pour les politiques, et un message à tous les malades : oui aujourd’hui, le malade dans la cité doit être pris en compte et qu’il ne l’est pas. C’est aussi un cri contre cela, car ce n’est pas normal, dans notre société, quand il y a plus d’un français sur 6 qui vit avec une pathologie de longue durée, on ne fasse rien pour lui permettre de mieux s’intégrer dans la société, professionnellement. C’est un livre d’espoir, en tous cas, je l’espère.

 

LP : Merci Jean-Luc Romero. Après ces phrases particulièrement fortes, on peut dire que ces chiffres dans leur brutalité sèche, indiquent le combat nécessaire, le combat politique au sens le plus noble du terme, l’espoir. Il y a beaucoup de choses que vous nous avez indiqué et qui de notre point de vue comme Libre Pensée nous conforte dans toute notre activité, sur le fait de refuser tous les dogmes et ce n’est pas du tout secondaire que le livre du mois que nous vous conseillons soit « SurVivant » de Jean-Luc Romero. Vous pouvez le commander à la librairie de la Libre Pensée 10/12 rue des Fossés St Jacques 75005 Paris.

La Libre Pensée sur France Culture le 12 février 2017a reçu Jean-Luc Romero,  Président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD).Lire et réécouter...

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17 février 2017 COMMUNIQUE FNLP Vierges : 0 - Libre Pensée : 2 !

17 Février 2017 , Rédigé par librepensee04

17 février 2017  COMMUNIQUE FNLP
Vierges : 0 - Libre Pensée : 2 !

 

Chacun connaît l’action de la Libre Pensée pour faire respecter la loi du 9 décembre 1905 dite de Séparation des Eglises et de l’Etat et, particulièrement son article 28 qui interdit l’installation de symboles religieux dans les bâtiments de la République et dans la sphère publique. L’affaire des crèches catholiques dans les mairies et Conseils départementaux et régionaux n’est pas encore terminée, car de nombreux recours sont, soit déposés, soit en voie d’instruction par la justice administrative.

Les édiles qui violent la laïcité devront rendre des comptes.  La Libre Pensée est dans l’action, alors que tant d‘autres, à l’extérieur de la Libre Pensée, sont dans le commentaire,  pas toujours éclairé. Ce qui en dit bien long sur la réalité militante des uns et des autres. Après la victoire juridique, obtenue par les deux arrêts du Conseil d’Etat qui prohibent la présence de crèches catholiques dans les bâtiments de la République, le long calvaire de ceux qui bafouent la loi de 1905 continue et va s’amplifier.

La Vierge de Publier, priée de déménager, a quitté son domicile public pour un terrain privé, en conformité avec la loi de 1905

La Commune de PUBLIER (Haute-Savoie) fait procéder aux travaux pour le déplacement de la statue « Notre Dame du Léman veille sur tes enfants » hors du domaine public qu'elle occupait illégalement. Elle se met ainsi en conformité avec la loi. Il aura fallu un combat de plus de 5 ans pour arriver à ce résultat, pour que soit respectée la loi républicaine du 9 décembre 1905 de Séparation des Églises et de l’État. Cette affaire a défrayé la chronique en 2011, quand le Maire de la Commune a entrepris la construction de ce monument religieux dans un parc public communal aux frais du contribuable pour « donner des repères à la société ».

Durant ces 5 années, des discussions à l'amiable ont eu lieu, des courriers et des recours gracieux ont été faits. Mais il aura fallu deux décisions du Tribunal Administratif de Grenoble, lequel a donné raison à la Libre Pensée et aux habitants de Publier requérants. En novembre dernier, le juge a enjoint à la Commune d'enlever la statue dans un délai de 3 mois sous peine d'astreinte.

C'est une victoire de la liberté de conscience. La Libre Pensée n'a pas mené campagne contre la Vierge contrairement à ce qu'affirment de manière mensongère ses détracteurs : elle a mené campagne contre la prétention d'ériger une religion comme religion officielle de la Commune et de lui accorder des privilèges particuliers. Nous ne sommes plus sous l'Ancien-Régime, la Révolution française est passée par là. Un Maire de la République n'est pas un guide spirituel ou un dalaï-lama qui dicterait à ses administrés ce qu'il faut penser dans le domaine métaphysique ou philosophique. L'existence ou non d'un dieu ou d'une déesse n'est pas de sa compétence; il est chargé de la gestion des affaires de la cité dans le respect de la plus stricte neutralité.

L’érection de la Vierge des Granitiers de Brusvily n’aura pas lieu

Alerté par le journal Ouest-France,  les libres penseurs du groupe de Dinan et la Fédération départementale de la Libre Pensée des Côtes d’Armor sont intervenus pour empêcher l’érection d’une statue dite « Notre Dame des Granitiers » sur la place de l’église de la commune de Brusvily près de Dinan.

La LP 22 a agi rapidement : premièrement, une alerte auprès de la préfecture des Côtes d’Armor et au sous-préfet de Dinan le 3 octobre. Deuxièmement, ses représentants ont pris  un rendez-vous avec le maire pour vérifier si l’endroit prévu par la statue appartenait au domaine public.

Lors de l’entretien, ils ont récupéré le compte-rendu du Conseil municipal du 21 juillet qui acceptait le projet, mais sans délibéré, et déposé un recours gracieux rappelant l’article 28 de la loi de 1905. Ensuite, ils ont adressé une nouvelle requête auprès de la sous-préfecture de Dinan avec copie au Préfet. Et enfin, ils ont régulièrement pris des nouvelles de l’état du projet tant auprès de la mairie que des services de la sous-préfecture.

Le 10 novembre, le sous-préfet a été clair et a signifié au maire que « l’érection de cette statue sur le parvis de l’église de Brusvily, qui appartient au domaine public de la commune serait bien illégale ». Il l’a ensuite confirmé le 26 décembre par un courrier adressé à la Libre Pensée en tant que requérant et a rappelé sa décision au maire. Le maire a alors pris la décision  concernant l'affaire, de la  classer sans suite.

C’est ainsi que la jurisprudence induite par les arrêts du Conseil d’Etat retrouve son cours laïque

Il y a les mots et il y a les faits. Et les faits sont que la Libre Pensée agit pour faire respecter la loi de 1905. C'est pourquoi la Libre Pensée appelle les citoyens à signer massivement l'Appel des Laïques pour le respect de la laïcité – initié par des responsables de la Libre Pensée, de la Ligue de l'Enseignement, de la Ligue des Droits de l'Homme et de l’Union rationaliste et  de nombreuses autres associations laïques et des principaux syndicats ouvriers.

http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2016N49240

La défense et le respect de la loi de 1905 à tous les niveaux est la condition indispensable pour permettre l'égalité des droits des citoyens et la concorde civile dans le cadre d'une République laïque et ainsi éviter les affrontements communautaires religieux que connaissent les pays où il n'y a pas de Séparation des Églises et de l’État.

Rejoignez la Libre Pensée !

Paris, le 17 février 2017

 

 17 février 2017   COMMUNIQUE FNLP  Vierges : 0 - Libre Pensée : 2 !Télécharger « Publier et Granit.pdf »

 

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Conférence-débat sur « Syndicalisme et Laïcité Jeudi 23 février 2017 à 19H Salle Eugène Varlin – Bourse du Travail 3 rue du Château d’eau 75010 Paris

14 Février 2017 , Rédigé par librepensee04

 FNLP communiqué:

Colloques et Conférences
Syndicalisme et Laïcité

 

Conférence-débat sur

"Syndicalisme et Laïcité"

Jeudi 23 février 2017 à 19H

Salle Eugène Varlin – Bourse du Travail

3 rue du Château d’eau 75010 Paris

La Libre Pensée étudie chaque année une Question à l’étude qu’elle adopte lors de son congrès national. Cette année, elle porte sur les rapports entre le syndicalisme et la laïcité. Pour cela, la Libre Pensée organise une conférence-débat qui sera introduite par des exposés de responsables syndicaux de différentes organisations.

Ont d’ores et déjà donné leurs accords pour y intervenir :

  • Alain Barbier, Secrétaire de la Fédération de l'éducation de la recherche et de la culture  CGT
  • Jacques Borensztejn, responsable de l’Union départementale FO de Paris

Ont été aussi invités des représentants d’autres organisations syndicales issus de la Vieille CGT, comme il est de tradition à la Libre Pensée. Nous attendons leurs répondes.

 

 

Le syndicalisme a été au cœur des mois de combat contre la loi El Khomri. Venez nombreux débattre avec des responsables syndicaux de la question laïque. La Libre Pensée rappelle que l’Appel des laïques a été contresigné par des responsables, au plus haut niveau, de la CGT, de Force Ouvrière, de la FSU, de l’UNSA-SE.

 

* * *

 

Question à l’étude 2016

« Syndicalisme et Laïcité »

La laïcité est un système institutionnel qui vise à l’affirmation de la liberté de conscience et à l’émancipation de chacun. Elle affirme la neutralité de l’Etat et des services publics en matière  métaphysique.

Le syndicalisme vise, in fine,  à l’émancipation intégrale. Il regroupe les salariés indépendamment de leurs convictions métaphysiques. Voici ce que dit la Charte d’Amiens, adoptée en 1906, par la vieille CGT : « « Le Congrès confédéral d'Amiens confirme l'article 2, constitutif de la CGT :

« La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat... Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique : dans l'œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l'augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n'est qu'un côté de l'œuvre du syndicalisme : d'une part il prépare l'émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste, et d'autre part, il préconise comme moyen d'action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd'hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale.

Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d'avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait, à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d'appartenir au groupement essentiel qu'est le syndicat.

Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l'entière liberté pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu'il professe au dehors. En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu'afin que le syndicalisme atteigne son maximum d'effet, l'action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale ».

 

 

  • Y-a-t-il un rapport entre ces deux conceptions (Laïcité et Charte d’Amiens) ? Si oui, lequel ?
  • Le combat de défense de la laïcité a toujours été porté par le syndicalisme qui se réclame de la Charte d’Amiens. Pourquoi ?
  • Ce combat est-il toujours d’actualité et doit-il être réaffirmé ?
  • Y-a-t-il une rencontre possible et nécessaire entre la Libre Pensée et le Mouvement ouvrier syndical organisé ?

 

Conférence-débat sur

"Syndicalisme et Laïcité"
Jeudi 23 février 2017 à 19H

Salle Eugène Varlin – Bourse du Travail
3 rue du Château d’eau 75010 Paris

 

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France-culture : La Libre Pensée reçoit Michel Tubiana de la Ligue des Droits de l'Homme

7 Février 2017 , Rédigé par librepensee04

1 avril 2015
France-culture
Dimanche 8 février 2015 - La Libre Pensée reçoit la LDH

 

Auditrices, auditeurs, bonjour, 
Au micro, David Gozlan, Secrétaire général de la Libre Pensée. J’ai l’honneur et la joie de recevoir Michel Tubiana, représentant la Ligue des Droits de l’Homme.
Pour commencer Michel, peux-tu te présenter et présenter les activités de la LDH d’une manière générale ?

Michel Tubiana : Je suis un ancien président de la Ligue, pas tout à fait rangé des cadres, c’est pourquoi je suis là. 
La Ligue, depuis 1898, n’a cessé de parfaire son champ d’activités et elle est loin encore de tout ce qu’elle pourrait et devrait faire : libertés publiques, libertés individuelles, défense du droit des étrangers, des droits économiques et sociaux, bien entendu de la laïcité, etc. Aucun des champs des droits ne nous est étranger, tout cela nous concerne.

D.G. : L’invitation d’aujourd’hui est liée au fait que nous préparons ensemble, LDH, FNLP mais aussi la Ligue de l’Enseignement et l’Union Rationaliste, un colloque le samedi 21 mars. Ce colloque est intitulé « Laïcité et libertés publiques ».
Pourquoi la LDH pense qu’il est essentiel de faire ce type de colloque ?

M.T. : Tout d’abord parce que cela permet d’éclaircir un peu les choses en ce qui concerne la laïcité elle-même. Il ne t’aura pas échappé qu’aujourd’hui tout le monde est laïque ! Même ceux qui par le passé n’ont jamais cessé de combattre la laïcité se découvrent tout à coup un amour immodéré de la laïcité, souvent, il faut bien le reconnaître, parce que ce qui les anime avant tout c’est d’être anti musulmans. La laïcité devient une espèce de glaive porté contre les musulmans. 
Donc c’est déjà une manière de dire ce qu’est la laïcité, c’est-à-dire un dispositif institutionnel qui sépare l’Église et l’État mais qui ne prohibe pas les religions, qui ne les empêche pas de vivre. Mais qui en revanche nous garantit à tous notre liberté de conscience, car derrière la laïcité c’est ce concept fondamental pour l’humanité c’est-à-dire avoir sa liberté de conscience en terme individuel et collectif.
Trop souvent aujourd’hui la laïcité a été entendue comme étant une forme d’atteinte aux libertés publiques pour certains. J’ai toujours pensé que la laïcité n’avait pas besoin d’adjectif, elle se suffit à elle-même. Elle n’a pas besoin d’être « nouvelle »« ouverte » ou ce que l’on veut, elle est la laïcité telle qu’elle est instituée dans l’expérience française. Il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas beaucoup de pays qui pratiquent la laïcité, dans le sens de la Séparation des Églises et de l’État. Il y en a peut-être un ou deux autres mais pas plus. 
La laïcité, à partir de là, et les libertés publiques, c’est l’affirmation que la laïcité est émancipatrice. Elle est émancipatrice individuellement mais elle est aussi un des concepts du dispositif institutionnel qui permet de protéger les libertés publiques, la liberté de conscience mais aussi la liberté individuelle de croire, de ne pas croire, d’être ce que l’on veut, y compris d’être sans discrimination selon ses orientations sexuelles, selon ceci ou cela, tout en organisant un vivre ensemble, une communauté de vie qui permet d’accepter les autres. 
Or, pour des raisons ultimes que nous n’aurons pas le temps d’évoquer ici, certains pensent que la laïcité c’est la bonne méthode pour restreindre les libertés publiques. Et bien c’est là aussi un contresens majeur, c’est détourner la réalité de ce qu’a été l’histoire de la laïcité dans ce pays, qui a toujours accompagné les libertés et qui n’a jamais été une contrainte.

D.G. : On voit bien quelle est la philosophie, partagée par la Libre Pensée, de l’organisation de ce colloque. Auditrices, auditeurs, pour bien vous faire comprendre l’importance du colloque et la portée qu’il va avoir – je le pense et je l’espère – je vais vous indiquer les intervenants : les 4 organisations citées,Jean Baubérot (Sociologue des religions), Henri Pena-Ruiz (Philosophe), Philippe PortierClaire Serre-Combe (Porte-parole d’Osez le Féminisme), Mohammed Moussaoui (Pdt de l’Union des Mosquées et Pdt d’honneur du Conseil Français du Culte Musulman), Patrice Rolland (Juriste) et Jean-Louis Bianco (Pdt de l’Observatoire de la laïcité). 
Vous voyez qu’à travers ce panel il y a une diversité des orateurs. Des actes sortiront de ce colloque que nous espérons fructueux.

Michel, pour revenir à la question des libertés, dans un de vos récents communiqués la LDH écrit la chose suivante : « Privilégier la dénonciation et la mise à l’écart, c’est au contraire engendrer des situations insupportables au regard des droits élémentaires des personnes visées, alimenter amertume et contentieux, donner finalement le sentiment d’une République essentiellement répressive. »
Quelles sont pour toi les atteintes aux libertés publiques et les dangers qui en découlent ?

M.T.  : Dans cette période de grand unanimisme national, il faut bien reconnaître que le danger qui nous guette,- c’est vrai aujourd’hui de manière démultipliée car il y a eu ces événements terribles mais c’est une vieille tendance qui ne date pas d’aujourd’hui - , c’est de vouloir un peu plus enfermer les gens dans un peu moins de libertés au nom d’un processus sécuritaire et au nom de leur sécurité. Cela a toujours été pour l’État « donnez-moi de vos libertés et je vous garantis votre sécurité. » 
On sait que c’est un marché de dupe parce que personne n’est en état de garantir absolument la sécurité, le risque zéro n’existe pas. Non seulement il n’existe pas mais si il existait cela voudrait dire que l’on se trouverait dans une société parfaitement totalitaire et donc irrespirable. Dans ces cas-là d’ailleurs, le risque c’est toujours l’autre, celui qui pense mal, celui qui pense librement qui est souvent visé. 
Et puis on voit bien qu’après chaque attentat, les gouvernements se font un devoir d’essayer de prendre un peu plus de mesures de contrôle de la population, un peu plus de mesures dites « anti-terroriste », un peu plus de pouvoir donné aux policiers, un peu plus de justice d’exception etc. etc.

D.G. : Tu as des exemples par rapport à cette justice d’exception ?

M.T. : Une mesure passée au mois de novembre, contre laquelle nous avons protesté, était de transférer la répression de l’apologie du terrorisme, - qui était dans le cadre de la loi de la presse- , au code pénal. On a bien vu tout de suite ce que cela a donné : cette espèce d’hystérie où l’ivrognerie de quiconque à l’égard d’un policier, sans même de publicité, sans même de médias, mais dans le cadre classique d’un policier qui essaie de le raisonner – un mot sur le terrorisme et c’est trois ans de prison. Etc. 
Un gamin de 8 ans qui est parfaitement incapable d’expliquer ce que c’est que le terrorisme, se retrouve interrogé par des policiers.

Nous avions souligné les dangers de cela. Double danger : d’abord les attaques manifestes aux libertés des gens, et aussi une forme de dévalorisation de l’apologie réelle du terrorisme que l’on a du mal à poursuivre sur le net, sur lequel on a aussi pris des mesures d’exceptions. 
Il y a aussi le projet du gouvernement qui est cette fois-ci de passer la lutte contre le racisme, la répression du racisme, la provocation à la haine etc., de la loi sur la presse au code pénal normal. Alors là on reste un peu saisi car il faut bien percevoir ce que cela veut dire. D’une part cela va être une régression fantastique du débat en général, mais d’autre part concrètement cela veut dire quoi ? Cela veut dire que le procès des caricatures de Charlie Hebdo sera jugé dans une chambre de tout venant entre deux accidents de la route, trois chèques sans provisions, quatre junkies et autres affaires du même genre ! 
Le débat profond, intéressant qui a lieu parce que la loi de la presse s’appliquait dans le cadre de la 17ème Chambre correctionnelle à propos des caricatures de Charlie, va se trouver transformer en délit avec n’importe quoi au bout de chemin, mais une réelle atteinte à la liberté de la presse. Et si ce n’est pas une atteinte directe à la liberté de la presse cela le sera indirectement par les phénomènes d’auto censure que cela engendrera.

Voilà deux exemples qui ne sont pas les pires. 
Une idée : la France a vécue 5 ans sans juridiction d’exception. 5 ans dans ces trente dernières années.
81 : Abolition de la Cour de sureté de l’Etat
86 : Création des juridictions et procédures anti-terroristes.
Depuis 86, 15 lois sont intervenues pour durcir la chose et comme nous l’avions dit, comme nous l’avions prévu, malheureusement la procédure anti-terroriste a fait des petits et maintenant il y a la procédure dite« en criminalité organisée » qui rejoint quasi à l’identique la procédure anti-terroriste. C’est-à-dire que ce qui était censé être une exception est pratiquement devenu le doit commun au niveau de la procédure pénale.

D.G. : Cela va être difficile pour un libre penseur de se mettre dans cette peau là, mais je vais me faire l’avocat du diable. Dans le climat délétère que tu as décrit, certains médias et surtout certains instituts de sondages justifient la situation et affirment notamment que les Français sont prêts à abandonner une part de leur liberté. Faut-il abandonner une part de nos libertés pour justement se protéger de phénomènes qui semblent nous dépasser ? On pourrait revenir après sur l’origine de ces phénomènes, on a un point de vue là-dessus.

M.T. : C’est une idée ancienne. Surfer sur la peur, l’émotion pour essayer de faire passer des choses, le gouvernement précédent avait atteint si je puis dire, le niveau du reflex de Pavlov. A chaque événement de droit commun ou autre on nous faisait une nouvelle loi en matière pénale !
Le pouvoir actuel le fait avec un peu plus de modération et un peu plus de temps, je lui en donne acte, ce qui n’enlève rien à la nocivité de fond de ces mesures. Quant aux fonds des choses, il n’y a pas de meilleure réponse que celle que Benjamin Franklin a donnée : « Ceux qui pensent qu’en abandonnant un peu de liberté ils auront un peu plus de sécurité, n’auront au bout de chemin ni sécurité ni liberté. »

D.G. : Là-dessus on est vraiment d’accord. Aujourd’hui il y a un débat sur « comment fairepour réintroduire la notion de laïcité dans la société ? ». C’est vrai que c’est complexe. Est-ce que la Ligue des Droits de l’Homme a une idée sur la remise en place de ces questions de laïcité ? 
Nous, je te le dis, comme cela on est dans le débat, nous considérons que c’est le politique tout d’abord qui doit donner l’exemple. Qu’est-ce que vous en pensez ?

M.T. : Bien évidemment que c’est le politique qui doit donner l’exemple et respecter le caractère laïque des institutions sous tous ces aspects. En même temps, faire de la laïcité une espèce d’alpha et oméga de la résolution d’une crise qui a bien d’autres composantes que l’aspect laïque, c’est comme penser que l’école va résoudre tous les problèmes. C’est faire supporter à l’Éducation Nationale des enjeux sociétaux qui dépassent et de loin, la place de la seule école !
Problèmes sociaux, mais aussi il faut le dire très clairement, cette espèce de culture post-coloniale qui a imposé un mode de vie ghettoïsant, stigmatisant, dévalorisant, à toute une partie de la population, ceux que l’on qualifie encore aujourd’hui d’immigrés de la 2ème et 3ème génération qui ont une carte nationale d’identité française, mais on continue de les qualifier d’abord d’immigrés. Je ne sais pas à quelle génération on finira par enlever cette terminologie mais il faut espérer que ce soit le plus rapidement possible car ça n’a déjà que trop tardé ! Cela illustre bien ce type de problème d’ostracisme et autre. Ce n’est pas parce que l’on est pauvre que l’on devient criminel, ce n’est pas parce que l’on est pauvre que l’on devient djihadiste ou fondamentaliste.
Avant de se préoccuper d’un certain nombre de problèmes symboliques, faudrait-il que les symboles de la République soient respectés. 
Et les symboles de la République ce sont, certes la laïcité, mais aussi l’égalité, l’égalité sociale, le fait qu’il n’y ait pas de discrimination, le fait de pouvoir vivre de son travail, et le fait que l’Éducation nationale soit autre chose qu’une machine à reproduire des échecs dans un certain nombre de quartiers. 
Voilà ce que je peux dire.

D.G. : Je te remercie. Je rappelle que ce colloque aura lieu le 21 mars. « Laïcité et libertés publiques » avec la LDH, la Ligue de l’Enseignement, l’U.R. et la FNLP.

 
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France-culture: La Libre Pensée et la destruction du Code du travail

7 Février 2017 , Rédigé par librepensee04

16 mars 2016
France-culture
La Libre Pensée et la destruction du Code du travail

 

La Libre Pensée sur France Culture - Emission du dimanche 13 mars 2015

Emission animée par David Gozlan, Secrétaire Général de la Fédération Nationale de la Libre Pensée et Dominique Goussot, membre de la Commission Administrative Nationale de la Libre Pensée et Responsable de la Commission Droit et Laïcité.

D. Gozlan : L’émission s’intéresse aujourd’hui aux mouvements sociaux de ces derniers jours. Pourquoi la Libre Pensée s’intéresse à cette actualité sociale ? C’est ce que nous allons vous expliquer. Première question : Le Code du Travail. Dominique, qu’est-ce que le Code du Travail ?

Dominique Goussot : Avant d’aborder ce sujet je pense qu’il faut d’abord tordre le cou à une idée reçue selon laquelle le marché du travail serait particulièrement rigide en France. C’est exactement le contraire qui est la vérité, puisqu’actuellement la majorité des contrats de travail qui sont signés sont des contrats à durée déterminée. Peut-être serait-il intéressant, d’une part, de rappeler la raison d’être du Code du Travail, et d’autre part de rappeler ou d’expliciter le contenu de l’avant-projet de loi qui sera examiné par le conseil des ministres du 24 mars prochain.

Pour ce qui est de la raison d’être : le Code du Travail a été créé en 1910 pour rassembler divers textes épars dans l’ordre juridique national et notamment incorporer la grande loi de 1884 introduisant la liberté syndicale. Cette année 1910 n’est pas tout à fait un hasard puisque c’est également l’année au cours de laquelle on a créé les retraites ouvrières et paysannes, premier système de retraite qui a existé dans notre pays, institué par l’Etat.

Progressivement le Code du Travail a pris en compte le déséquilibre des deux parties au contrat de travail : d’un côté l’employeur et de l’autre le salarié qui lui est subordonné. Le but de la législation du travail est d’éviter que ce déséquilibre ne soit trop défavorable au salarié. Pour réduire ce déséquilibre le droit du travail a d’une part introduit les dispositions législatives et réglementaires qui protègent les travailleurs, par exemple la sécurité au travail, d’autre part il crée une catégorie spécifique de contrat civil qui est le contrat de travail à durée indéterminée, qui est le contrat de droit commun, enfin il a donné un cadre juridique à la négociation collective qui est une source essentielle de droits protecteurs pour les salariés.

Quel est le contenu de la réforme actuelle ?

D. Gozlan : Elle a déjà une origine parce qu’elle vient de plusieurs rapports. C’est à la fois le rapport Combrexelle et le rapport Badinter qui ont été en quelque sorte fusionnés pour donner ce projet de loi.

Dominique Goussot. : Effectivement plusieurs rapports ont été remis au Premier ministre pour préparer cette loi et donc cet avant-projet reprend en partie les préconisations de ces rapports et ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’avant-projet de loi El Khomri contient une disposition qui prévoit une réforme en profondeur du Code pendant plusieurs années.

Quels sont les trois éléments importants à retenir de l’avant-projet actuel ?

D’une part, il y a ce que l’on appelle l’inversion des normes en matière de droit du travail. Le régime actuel est le suivant : la loi fixe un socle de droits, les accords de branche peuvent aller bien au-delà de la loi et peuvent être étendus à l’ensemble du pays ce qui fait que cela répond au principe d’égalité qui régit la République. Et puis l’accord d’entreprise lui ne peut aller qu’au-delà de l’accord de branche et ne peut jamais aller en deçà. Voilà le système actuel.

Quel est le régime envisagé ?

Le régime envisagé aurait pour effet d’accroitre les accords d’entreprise qui pourront être moins favorables que les accords de branche. Cela s’est pratiqué dans d’autres pays – Espagne et Portugal – et l’on a vu le nombre d’accords de branches être réduit à une peau de chagrin car évidemment ce qui est essentiel pour les employeurs, dans un tel cadre juridique, ce sont les accords d’entreprise.

Dans les deux ans, l’avant-projet de loi prévoit une réécriture totale du Code du Travail qui distinguerait trois niveaux :

  • Les règles obligatoires d’ordre public
  • La négociation collective avec une préférence donnée à l’accord d’entreprise
  • Des dispositions supplétives en cas d’échec de la négociation qui pourront remettre en cause les droits acquis dans les accords de branches actuels.
  • Ce dispositif conduit au dépeçage progressif de tout l’ordre juridique actuel en matière de droit du travail.

Deuxième aspect : le contournement des syndicats

Actuellement la négociation collective est le monopole des organisations syndicales représentatives. Je tiens à rappeler d’ailleurs, à ce sujet, qu’il y a eu, il y a quelques années, la réforme de la représentativité des syndicats qui repose désormais non plus sur le fait qu’il y a une preuve irréfragable de représentativité, mais sur la base des résultats électoraux. Il faut qu’une organisation recueille 10% des voix des salariés d’une entreprise afin qu’elle y soit représentative même si nationalement elle l’est. Ce qui pose quand même des problèmes. Pour signer des accords il faut réunir un certain nombre de voix aux élections professionnelles.

Comment va-t-on contourner le rôle des syndicats ? En introduisant un référendum à l’initiative de l’employeur. On sait très bien que les référendums sont toujours « réussis » dans la mesure où la question posée appelle une réponse qui est connue d’avance. Si le texte va à son terme, on aboutira à des accords d’entreprises adoptés par référendum et non pas sur la base de la négociation collective par des organisations syndicales représentatives.

D.Gozlan : On comprend donc bien que cela vient d’autres rapports et que cela a une incidence sur les syndicats. Il est vrai que le rapport Combrexelle disait la chose suivante : « Il suffirait de le réduire (le Code du Travail) d’une façon drastique et de libérer ainsi des espaces au profit de la négociation. Enfin libérés des contraintes législatives et réglementaires multiples, les acteurs syndicaux et professionnels se saisiraient des nouveaux espaces de liberté au profit d’un dynamisme retrouvé de la négociation. » Nous avions écrit « Vous forgez une chaine et vous l’appelez liberté », citation de Victor Hugo, et c’est exactement ce que le rapport Combrexelle impliquait.

Comment ne pas percevoir, avec ce que tu viens d’expliquer Dominique, que ce sont des protections diminuées et qu’effectivement ce sont les syndicats qui sont en cause ? Nous avons justement interviewé deux responsables syndicats des Unions régionales Ile de France CGT et FO. Les voici.

Pascal Joly, Secrétaire général de l’Union Ile de France CGT.

Gabriel Gaudy, Secrétaire général de l’Union Ile de France CGT-FO.

D. Gozlan : Nous sommes en plein milieu de la manifestation de ce 9 mars, pouvez-vous nous dire en quelques phrases pourquoi cette manifestation ?

P. Joly : Notre mot d’ordre essentiel est très clair : il faut retirer ce projet de loi concernant le Code du Travail. En ce qui concerne la CGT, nous sommes pour une véritable négociation sur des bases complétement nouvelles, c’est-à-dire sur la base d’une feuille blanche. Pas seulement une concertation, mais une véritable négociation avec un rapport de forces qui est en train de se créer, parce que nous on tient à négocier avec un rapport de forces, et l’on considère qu’aujourd’hui c’est une première journée de mise en jambes sur un processus de mouvement, y compris jusqu’à la grève, qui va nous conduire à mon avis dans les prochains jours à faire monter encore le rapport de forces.

Je dis aux gens, aux jeunes et aux moins jeunes : mêlez-vous de ce qui vous regarde, des conditions dans lesquelles on veut vous faire travailler aujourd’hui et demain avec ce projet de loi. Ce sont des conditions qui ne sont pas acceptables pour la CGT. En ce qui nous concerne on va continuer le mouvement.

D.Gozlan : Merci. Et pour Force Ouvrière ?

G. Gaudy : Pour FO nous avons été amenés à négocier et à discuter avec nos camarades de la CGT, de la FSU et de Solidaires dans la dernière période pour se baser sur des mots d’ordre très clairs par rapport à la loi El Komri. Nous sommes donc sur une position tout à fait identique à celle de nos camarades de la CGT puisque nous sommes pour le retrait du projet de loi, bien évidemment. Nous considérons que ce texte, comme l’a indiqué la Confédération FO, n’est ni amendable ni négociable. Autrement dit, ce texte doit être revu totalement. Effectivement il doit y avoir de véritables négociations qui doivent se conduire et nous estimons qu’il est terriblement dangereux aujourd’hui, pas simplement sur ce qui est mis en exergue par rapport aux indemnités de licenciement au niveau des Conseils de Prud’homme, mais également sur des points qui sont ceux liés aux négociations et particulièrement aux négociations de branches qui disparaissent pour être remplacées par des négociations en entreprise avec des pressions qui s’exerceront du côté du patronat pour faire davantage de licenciements, davantage de flexibilité.

Et donc ces points, notamment celui du référendum à l’intérieur des entreprises, conduisent à faire en sorte qu’il y a des attaques très fortes bien évidemment et avant tout contre les salariés. Ceux qui sont privés d’emploi aujourd’hui et qui ne retrouveront pas la voie de l’emploi et également pour toutes les organisations syndicales qui sont menacées par les dispositions prises aujourd’hui au niveau de la loi El Komri.

D. Gozlan : un des arguments des promoteurs de cette loi est de dire que le Code du Travail est trop vieux. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

P. Joly : Nous justement on leur propose d’avoir un Code du Travail très progressiste, très protecteur pour les salariés et qui peut être complétement neuf par rapport à celui d’aujourd’hui.  Mais je voudrai quand même dire que ce mois va être rythmé par différentes initiatives et journées de rendez-vous et qu’il va y avoir un gros temps fort où là FO et CGT sont engagées au côté de la FSU, de Solidaires et des organisations de jeunesse telles que l’UNEFla FIDL et l’UNL : le 31 mars,  il faut que l’on est vraiment une grosse journée de grève et de manifestation partout dans le pays, que cela se mobilise dans les entreprises par tous les moyens y compris les moyens de la grève, car je crois qu’il est temps de stopper ce gouvernement qui depuis 2012 n’a eu de cesse de donner satisfaction au patronat et d’amputer les droits des salariés. Ce Code du Travail est un peu le paroxysme des attaques contre le monde du travail. Et là, on ne laissera pas faire !

D. Gozlan : Quelque chose à ajouter pour FO ?

G. Gaudy : Je crois que je n’aurai pas grand-chose à ajouter. Je suis en total accord. Nous avons eu des réunions qui étaient inter-régionales, qui nous ont conduits à décider ensemble qu’il y avait une nécessité absolue de faire en sorte qu’il y ait la grève interprofessionnelle qui puisse être déclenchée le 31 mars. Et nous indiquons de façon très claire pour ce qui nous concerne, que cette grève du 31 mars, avec les organisations de jeunes et les organisations syndicales, doit conduire au retrait. Et nous disons dans nos papiers « Jusqu’au retrait du projet de loi ! ».

Comme le disait Pascal, la mobilisation doit continuer. Nous sommes dans une situation qui nous amène à dire qu’on ne lâchera rien, comme on l’a fait contre la loi Macron, y compris si nous devons ponctuer, ensemble, par des actions jusqu’au 31 mars, par exemple le jour du passage en Conseil de Ministres, pour dire « nous sommes là et nous irons jusqu’au bout de notre démarche et jusqu’au retrait du projet de loi. ».

P. Joly : on sera là aussi !

D. Gozlan : Vous venez donc d’entendre Pascal Joly pour l’URIF CGT et Gabriel Gaudy pour l’URIF CGT-FO. Dominique, j’ai dit en début d’émission, La Libre Pensée s’intéresse à cette question du Code du travail. Mais cette question du Code du travail recoupe aussi toutes les questions de laïcité. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ?

Dominique Goussot. : On en parle peu, mais l’avant-projet de loi pose d’autres problèmes. Le premier, c’est d’abord qu’il réduit le rôle du juge en matière d’indemnisation des licenciements sans cause réelle et sérieuse puisque l’on va introduire un barème. Il éloigne également le juge en matière de licenciement économique puisque l’on déterminera dans la loi les critères qui fixent le bien-fondé du licenciement économique.

Il y en a d’autres qui touchent aux droits fondamentaux eux-mêmes et aux libertés fondamentales des salariés. Actuellement l’article L1121-1 du Code du Travail dit : « Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives, de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche accomplie. » Cela veut dire que l’on examine au cas par cas, au vu du travail effectué les restrictions éventuelles aux libertés fondamentales des citoyens que sont les travailleurs.

Cela entraine le principe de non-discrimination qui est largement décrit dans l’article 1132-1 du Code actuel. La nouvelle rédaction de l’article L1121-1 nous laisse penser que les droits fondamentaux vont être remis en cause puisque ce n’est plus la nature de la tâche accomplie qui sera le critère mais le bon fonctionnement de l’entreprise et la restriction ne sera pas individuelle mais collective, pour l’ensemble des salariés. Cela est une atteinte notamment à la liberté de conscience qui pour nous est essentielle.

D. Gozlan : Dominique merci. Je vous suggère pour le livre du mois « Pour la laïcité en Europe » que vous pouvez commander sur le site de la FNLP. C’est un livre collectif de 228 pages au prix de 16 euros port compris.

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France Culture: David Gozlan, Secrétaire général de la Fédération Nationale de la Libre Pensée reçoit Jean-Marie Bonnemayre, Président du CNAFAL

7 Février 2017 , Rédigé par librepensee04

15 avril 2016
France-culture
La Libre Pensée sur France Culture - 10 avril 2016

 

 

Cette émission est animée par David GozlanSecrétaire général de la Fédération Nationale de la Libre Pensée. Il reçoit Jean-Marie BonnemayrePrésident du CNAFAL : Conseil National des Associations Familiales Laïques.

Jean-Marie, bonjour. On va entrer tout de suite dans le vif du sujet. L’action familiale laïque nous intéresse, nous, Libre Pensée. Est-ce que tu peux présenter votre association ?

 

JM Bonnemayre : Mouvement laïque bien évidemment par définition mais le paradoxe c’est peut-être d’avoir juxtaposé le mot famille et le mot laïcité. Pourquoi ? 
Parce que la thématique familialiste et familiale date de 1875 et elle est une réaction contre la république et l’établissement de la république. L’historien du mouvement familial qui est l’Abbé Talmy et qui est imprégné bien sûr de catholicisme, s’y réfère lorsqu’il dit, par exemple, que « à partir de 1789 c’est sur l’individu que la société devra désormais s’édifier, la famille fera les frais de l’émancipation du citoyen » ou bien encore « le même bouleversement qui renverse la monarchie héréditaire détruit la famille. Le divorce est une conséquence de la démocratie car en posant le principe de la souveraineté populaire dans l’Etat et dans l’Eglise, l’Assemblée Constituante a préparé les voies du divorces ». 
Je pourrais multiplier les citations. Tous cela pour montrer que pendant quasiment 70 ans cette idéologie-là va nous conduire à l’établissement du Régime de Vichy.

 

DG : Qui lui a mis en avant la famille justement.

 

JMB : Qui a mis en avant la famille comme cellule de base de la société bien évidemment opposée à la conception citoyenne issue de 1789 et donc au libre arbitre, à la liberté d’expression et à la liberté de pensée. Ce qui est intéressant c’est que se sont justement des déportés et des résistants qui s’étaient battus contre le Régime de Vichy, contre ces conceptions-là, qui décident à partir de 1947 de créer le premier mouvement familial laïque. Pourquoi ? Parce qu’ils ont vécu la montée des idées vichystes et contre-révolutionnaires des années 30 et à partir du moment où De Gaulle avait légalisé à travers l’ordonnance de 1945 qui fait que l’UNAF est une institution de la République, le mouvement familial, ils avaient estimé qu’il fallait aller au contact dans la bataille des idées avec ces conceptions-là. D’où la naissance du mouvement familial laïque mais qui ne s’inscrit pas du tout dans l’idéologie familialiste. On se réfère aux idéaux de la République, à l’émancipation sociale et à tous ce que peut porter le citoyen en termes de liberté.

 

DG : On va revenir sur cette ordonnance de 1945. Vous vous considérez que c’est une avancée parce qu’elle rompt avec le Régime de Vichy. Est-ce qu’aujourd’hui elle est mise à mal ? Est-ce qu’elle est en danger ?

 

JMB : L’UNAF a eu pas mal de vicissitudes au cours de son histoire du fait qu’elle était sur un positionnement très conservateur voir parfois dans certains cas très intégriste. Lorsque nous avons intégré l’UNAF en 1979 les choses avaient peu bougées. Ce qu’a amené l’ordonnance du Général De Gaulle s’est d’instituer véritablement le pluralisme au moins au niveau des statuts de l’UNAF. Après dans la réalité c’est autre chose. Par exemple l’UNAF a à peu près 150 postes de représentation nationale auprès de l’Etat : par exemple à la CNAF il y a 5 représentants familiaux. Il n’y a aucun laïque qui représente cette institution auprès de la CNAF. Quand je dis 150, on a qu’un seul représentant ! On voit bien qu’alors que la mission est de représenter la totalité des familles on est loin du compte ! 
On l’a vu bien sûr avec le mariage pour tous où l’UNAF s’est battue contre et en étant proche bien évidemment de ceux qui défilaient contre le mariage pour tous.

 

DG : Lorsque l’on a vu dans l’actualité la question des familles ressortir récemment, c’est toujours ce fameux mot d’ordre : « Un papa, une maman, deux enfants », qui seraient LA famille. Quelle position avez-vous pris dans cette bataille-là ? 
Beaucoup plus loin : est-ce qu’il y a une véritable offensive cléricale autour de la famille en France ?

 

JMB : Le CNAFAL a toujours déclaré dans sa déclaration de principe qu’il n’y avait pas de famille standard. On a toujours accueilli dans nos rangs les familles monoparentales par exemple. 
En 1990, quand il a été question du PACS on a bien évidemment appuyé le PACS. 
Nous avons défendu l’association des parents gays et lesbiens qui souhaitait faire son entrée à l’UNAF et qui avait été refusé par les dirigeants de l’époque malgré une lettre de Ségolène Royal ! 
A partir de 2012 lorsque la question est revenue sur le tapis, on s’était rencontré bien évidemment rencontré au cours des 15 dernières années avec l’APGL pour unir nos efforts et se battre en faveur de cette loi. Ce qui n’a pas été du tout simple ! On a bien vu à travers cette affaire, une partie de la vieille droite vichyste, maurassienne et bien sûr catholique intégriste, qui déjà avait repointé le nez du temps de l’ère Sarkozy, trouver un boulevard devant elle car mise à part Madame Bertinotti et Christiane Taubira, on ne peut pas dire qu’il y ait eu un grand écho. On a vu des déclarations de députés socialistes comme quoi il fallait laisser tomber cette loi car trop dangereux, et qui était prêt à faire un recul. D’ailleurs Hollande lui-même a reculé après 15 mois lorsqu’il a dit on ne va pas plus loin et on ne fait pas d’ouverture sur la PMA alors que c’était prévu.

 

DG : Pour que les auditeurs comprennent un peu mieux ce qu’est le CNAFAL : en matière de laïcité, même dans le champ social, qu’elles sont vos démarches, vos actions, vos réponses à ces questions-là ?

 

JMB : Sur la laïcité. Nous sommes agréés Organisation Nationale de Consommateurs depuis 35 ans. Cela a été une volonté car nous souhaitions nous inscrire pleinement dans le champ social et ne pas oublier dans la détermination de la destinée des individus le poids de l’économique et le poids du financier. On en voit tous les jours la résultante. 
On se situe comme étant une organisation de consommateurs non consuméristes. Pour nous il ne s’agit pas de replâtrer les effets du régime capitaliste ou libéraliste. Il s’agit de se pencher, à partir du moment où il y a fabrication d’un produit, à partir du moment où il y a des gens derrière qui les fabriquent, de s’intéresser à leurs conditions de travail, à la manière dont un produit est fabriqué et vendu et y compris par rapport à l’extraction de la plus-value. 
De ce point de vue on se situe totalement à gauche et on ne s’interdit rien dans le champ de l’économie et du financier. Et bien sûr que l’on a une critique profonde de ce qui est en train de se passer ces 20 dernières années dans ce champ-là. C’est important de faire de l’éducation du consommateur et également, à travers des stages de formation, de l’accès aux droits dans tous les domaines : logement, santé, travail, consommation etc. 
C’est-à-dire essayer de fabriquer des citoyens au jour le jour et dans la quotidienneté des choses.

 

DG : Il y a un côté éducation populaire encore ?

 

JMB : Tout à fait ! Nous sommes agréés Mouvement d’Education Populaire et notre but, en partant de difficultés de vie concrètes, d’apprendre aux citoyens et citoyennes à se défendre eux-mêmes en leur donnant des éléments juridiques, des chemins pour taper aux bonnes portes soit dans le secteur privé soit dans le secteur public de telle sorte qu’ils puissent faire valoir leurs droits.

 

DG : Dans les enjeux autour de la laïcité, nous pensons en tant que Libre Pensée qu’il y a un nouveau problème mais qui est un problème créé et qui serait celui de l’islam. Pour nous c’est un problème instrumentalisé. 
Qu’en pensez-vous ? J’imagine que vous rencontrez des familles de toute catégorie à la fois dans le milieu urbain et dans le milieu rural. Que pensez-vous de ce qui serait une nouvelle problématique en quelque sorte ?

 

JMB : Le CNAFAL depuis 20 ans, au siège national, a un bureau d’accès aux droits pour les immigrés quel que soit leur statut. Il nous arrive de recevoir des clandestins qui cherchent par la voie légale à obtenir des papiers. C’est un bureau ouvert et nous ne sommes pas subventionnés pour cette action. Nous sommes d’ailleurs reconnus pour notre technicité par le Ministère de l’Intérieur et nous sommes toujours sur le registre de l’accès aux droits.

 

Le CNAFAL a toujours été très prudent par rapport à ceux qui revendiquent la laïcité que par rapport à l’islam. Ces débats-là ont commencé à partir de Charles Pasqua. C’est le premier qui, de ce côté de l’échiquier politique, a mis en avant la laïcité pour combattre l’islam. Il a eu des disciples depuis et l’on a bien vu que depuis 7 ou 8 ans il y a un terrible brouillage politique à ce niveau-là : Marine Le Pen fait de même, des éléments notoires des Républicains également, et à gauche il y a des voix dissonantes.


Ce qui veut dire qu’il faut d’une part revenir aux fondamentaux de la laïcité qui sont bien sûr la liberté de conscience, la liberté de pensée, la liberté d’expression. Il n’y a jamais eu de volonté de mettre à l’index telle religion plutôt que telle autre. Je suis d’ailleurs parfois étonné que certains ne focalisent que sur la question de l’islam alors qu’on ne les a peu ou pas entendu sur la montée de l’intégrisme catholique au cours de ces dernières années. Oubliant que leur emprise sur la société est réelle ne serait-ce que pour le droit de mourir dans la dignité où les catholiques ont fait pression.

Certains utilisent l’islam pour dire que l’intégration à la française ne marche pas. Moi je dis que c’est le contraire. Ça marche plus qu’ailleurs ! Par rapport aux autres pays européens c’est en France qu’il y a le plus de mariages mixtes. 28% de mariages mixtes définis d’une part entre un ou une française « de souche » et des gens natifs du Maghreb ou d’ailleurs mais qui en sont parfois à la 3ème ou 4ème génération.
Je suis d’ailleurs gêné par rapport à cela car on en arrive finalement à qualifier de musulmans ou d’arabes des gens qui sont depuis la 3ème ou 4ème génération en France !


On voit bien que les choses sont pipées et qu’il y a un arrière-plan de discrimination et de racisme. Il y a là aussi des failles de nos gouvernants quels qu’ils soient. Voir le dernier débat sur la politique de la ville. La plupart des élus locaux de droite ou de gauche ont été à la tête d’Offices Publics d’HLM. Ils maitrisaient donc les politiques d’attribution et de peuplement. Qui sont les responsables si effectivement dans certains quartiers il n’y a pas de mixité ? Ce sont bien les élus locaux !


Maintenant je les entends monter au créneau parce que l’on voudrait nous faire croire, et cela vise à faire peur aux gens, qu’en France il y aurait une centaine de « Möllenbeck ».

Il faut arrêter ! On pointe du doigt certaines catégories de la population alors que l’on sait bien que s’est une poignée, que le problème est très complexe, qu’il y a des problèmes de géopolitique et bien sûr si on peut court-circuiter les citoyens dans ce débat on le fera.


Je me refuse à rentrer dans ce type de débat parce que chaque fois on est dans une posture électoraliste, clientéliste et en plus on fait le jeu de l’extrême droite.

 

DG : Jean-Marie merci. Très rapidement as-tu quelque chose à signaler aux auditeurs qui permettrait de garder non seulement espoir mais qui permettrait de voir la lumière au bout du tunnel ?

 

JMB : Deux mots : l’émancipation sociale et l’égalité. Je crois que ce sont les deux boussoles que nous devons avoir dans la période présente où l’on voit bien qu’il y a plein de « pêcheurs » en eau trouble de partout.

 

DG : Merci. Le livre du mois : la revue L’Idée Libre n°312 qui vient de sortir sur le Canada. Disponible dans notre librairie. 

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France Culture: Le Chevalier de La Barre David Gozlan reçoit Dominique Dattola, réalisateur.

7 Février 2017 , Rédigé par librepensee04

15 novembre 2016
France-culture
La Libre Pensée sur France Culture - 10 juillet 2016

 

Thème de l’émission : Le Chevalier de La Barre

 David Gozlan reçoit Dominique Dattola, réalisateur.


Il y a 250 ans, le 1er juillet 1766 à Abbevile, le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre était supplicié. Il subit la question ordinaire et les brodequins qui consistent à lui broyer les jambes. Après ce supplice il sera décapité sur la place publique, son corps sera jeté dans le bucher ainsi qu’un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire. 
Le chevalier de La Barre était âgé alors de 20 ans. Pourquoi mourir à 20 ans ? Parce qu’il est soupçonné de ne pas avoir retiré son chapeau devant une procession.

Il y a trois ans, le réalisateur Dominique Dattola, signe un récit-documentaire musical de 110 minutes intitulé « Les trois vies du Chevalier ». 
Bonjour Dominique.

D.D. : Bonjour David.

D.G. : « Les trois vies du chevalier », il s’agit bien du chevalier de La Barre mais pas seulement. Pourquoi partir de ce chevalier et pour aller où ?

D.D. : J’ai souhaité raconté l’histoire de la liberté de penser en France depuis l’Ancien Régime. Une histoire qui petit à petit, en cours de route, devient l’histoire de la laïcité. Le chevalier de La Barre qui a été exécuté en 1766, ne pouvait représenter qu’un épisode de l’Ancien Régime mais tous les défenseurs qui se sont intéressés à son sort, qui ont essayé de le réhabiliter à titre posthume, tous les penseurs qui ont pris le chevalier de La Barre pour exemple jusqu’à aujourd’hui, m’ont été d’un grand secours pour construire le fil conducteur de cette grande histoire de la liberté de penser en France depuis le Siècle des Lumières jusqu’à aujourd’hui.

D.G. : On voit effectivement qu’il y a un récit autour du chevalier de La Barre. En ces temps d’intolérance ton récit-documentaire est vraiment d’une actualité prégnante car aujourd’hui cette question de l’intolérance est sur le devant de la scène. 
Comment ce film a été reçu ? Est-ce qu’il a été plébiscité ? Je sais notamment que tu as reçu le prix de l’initiative laïque 2013 aux rendez-vous de l’histoire de Blois. 
Peux-tu nous dire quel a été l’accueil de la part des citoyens et citoyennes et revenir sur ce prix, ce qu’il t’a apporté ?

D.D. : Produire un film sur la liberté de penser c’est une gageure ! Il n’y a pas eu grand monde, producteurs et diffuseurs, qui se soit précipiter pour financer cet ouvrage. 
Le film est sorti assez confidentiellement le 1er mai 2013. La sortie nationale dans les salles de cinéma s’est faite en avril 2014. Tous ceci s’est passé assez discrètement mais entre les deux il y a eu ce prix d’initiative laïque des Rendez-vous de l’histoire de Blois. C’est un prix prestigieux mais qui est surtout le plébiscite de l’Education Nationale. L’exposition de ce film a donc été petit à petit grandissante. De plus en plus de citoyens et citoyennes se sont intéressés à l’ouvrage malheureusement au fil des événements tragiques qui ont émaillés la vie de notre république. Je parle des attentats de Charlie et bien évidemment des attentats au Bataclan.

Au fur et à mesure que l’interrogation allait grandissante sur « qu’est-ce que c’est que la laïcité ? » - tu sais comme moi que l’on a à peu près entendu tout et n’importe quoi – il y a eu de la part des institutions, des organisations laïques, un besoin d’outils ressource pour expliquer correctement ce que c’était que la laïcité. Bien entendu je ne suis pas le seul à avoir créé des outils ressource, mais ce film a retenu l’attention par exemple des EFPE (écoles de formation des enseignants) qui se sont emparées de ce film pour enseigner la laïcité aux jeunes enseignants.

C’est un film qui a démarré lentement et qui petit à petit trouve son essor à travers une multitude de projections – débat : 90 séances au jour d’aujourd’hui, quelques projections à l’étranger notamment au Québec.

D.G. : C’est intéressant ! Cela veut dire qu’il y a une dimension universelle du film non ?

D.D. : Je pense que le problème est planétaire et que tout le monde est à la recherche d’outils.
Si je compte l’AHQ (Association des Humanistes du Québec), en discussion avec le gouvernement sur la fameuse Charte des valeurs, qui serait notre laïcité à la québécoise, eux avaient besoin de ce film pour pouvoir s’éclairer les uns les autres. 
Je reviens de Singapour où j’ai été faire une projection à la demande de la Sorbonne et de l’Ambassade de France, pour conclure un débat sur Islam et laïcité. C’est la première projection que je fais dans ce sens-là. Il est bien évident que le film ne parle pas du tout de l’islam. Je ne suis pas du tout spécialiste, je ne suis pas journaliste mais réalisateur. J’ai fait un film, un film de mémoire sur une période historique. Je suis bien content que l’on commence à comprendre que les dérives d’une religion, en l’occurrence la religion catholique, éclairent les dérives d’autres religions.

D.G. : Je sais aussi qu’il y a eu des projections en Belgique même si elles sont plus minimes. 
Dans les 90 projections qu’il y a eu sur le territoire national quel a été le ressentit des citoyens et citoyennes, quelles ont été les questions ? Est-ce que certains en sont sortis enrichis d’une expérience ?

D.D. : Pour être tout à fait sincère, les projections ont démarré dans « l’entre soi ». C’est-à-dire que les premiers intéressés étaient les associations laïques que ce soit l’Union Rationaliste, la Libre Pensée – qui je dois l’avouer m’a beaucoup aidée sur ce projet sans jamais faire pression sur moi, sur la ligne éditoriale, ce qui n’a pas été le cas de tout le monde – ou bien d’autres organisations comme la Ligue de l’Enseignement ou la Ligue des Droits de l’Homme qui ont souhaité organiser des projections du film.

Il est bien évident que tous ce public-là était avant tout un public de prescripteurs donc déjà avertis du sujet et qui l’ont plébiscité y compris les réseaux universitaires qui ont validé le film.
Petit à petit du « vrai public » est venu et là se fut des bonnes surprises. Le mot laïcité qui était jusqu’à présent assez ringard, qui venait d’un coup dans le feu des projecteurs, on leur en donnait une explication et on leur proposait un débat à la fin des projections. Il n’y a pas eu énormément de débats houleux. Il y en a eu quelques-uns mais les commentaires autour des projections ont plus été faits autour de l’actualité. C’est-à-dire comment le film pouvait éclairer l’actualité.

C’était mon but : faire un film d’ouverture au débat citoyen. M’arrêter volontairement en 2005. Ne pas traiter l’actualité, non pas par lâcheté mais parce que je n’en suis pas dépositaire, et laisser au champ du débat la possibilité de pouvoir exprimer les opinions, les craintes du moment.

D.G. : La date de 2005 n’est pas un hasard, c’est le 100ème anniversaire de la loi de 1905 et les manifestations et célébrations qui ont eu lieu. 
Quelle est pour toi la prochaine étape ? Le film a vécu à travers les débats, à travers les projections, il vit au niveau international, mais quelle est la prochaine étape, en que réalisateur pour « ton enfant ». On peut en parler comme ça.

D.D. : Oui on peut en parler comme ça. Pour avoir travaillé pendant 15 ans sur ce sujet, avoir agrégé plus de 150 personnes pour pouvoir fabriquer ce film en dehors des circuits classiques de production : oui on peut parler d’un enfant. 
Maintenant l’enfant grandi, je peux commencer à le lâcher. Je continu à participer à des projections-débat mais la prochaine étape c’est quand même l’international puisque nous avons une copie en anglais réalisée par une scénariste américaine, pure voltairienne et enthousiasmée par le film. On peut donc diffuser le film à l’étranger.

On parle maintenant des éditions DVD. La première édition montée en partenariat avec la MAIF et la MGEN sera distribuée gratuitement aux lycées à la rentrée de septembre.
Une deuxième édition à destination des médiathèques, des collectivités territoriales y compris celles qui sont sous l’emprise du Ministère des affaires étrangères, est déjà en place depuis le 1er mai. 
L’édition grand public sera mise en place dans les bonnes librairies, dont celle de la Libre Pensée à Paris, à la rentrée.

D.G. : Tu as dit « J’ai souhaité en faire un film grand public, un film d’ouverture au débat citoyen » et ça je pense que tu l’as démontré dans tes propos, et tu as également dit aussi « un film dédié à l’éternelle jeunesse ». Est-ce que tu peux revenir en quelques mots là-dessus s’il te plait ?

D.D. : Comme tu l’as dit en début d’émission, le chevalier de La Barre est mort entre 19 et 20 ans. Il a été la victime expiatoire d’un système qui avait besoin de faire un exemple car ils n’arrivaient pas à attraper Voltaire. Comme l’avait dit le juge à l’époque : « A défaut de bruler les auteurs, nous brulerons leurs lecteurs. ». 
Ce chevalier de La Barre qui n’était pas révolutionnaire, ni à proprement parler libre penseur, ni un trublion politique, était un jeune gens de son temps comme tous les jeunes gens de tous les temps. 
Si ce film je l’ai dédié à l’éternelle jeunesse c’est bien entendu pour la mettre en garde d’une liberté qu’elle a et qu’on pourrait lui reprendre.

D.G. : Cela veut dire que n’importe quel jeune peut s’y retrouver. 
Tu as eu des jeunes dans les débats des différentes projections ?

D.D. : On ne va pas dire que ce soit la jeunesse qui soit spécialement venue aux projections sauf les classes du secondaire et on a eu des débats absolument magnifiques !

D.G. : c’est très intéressant car cela veut dire que les jeunes se sont aussi retrouvés dans cette figure du chevalier de La Barre.

D.D. : Ils se sont non seulement retrouvés mais lorsque j’en était à faire des projections test se sont des jeunes gens qui m’ont orienté sur la façon de terminer le film. 
C’est un film collaboratif où des jeunes gens (élèves de Troisième) m’ont fait des suggestions pour les finitions de ce film, qui n’ont pas toutes été adoptées, mais l’ont été dans un grand ensemble.

D.G. : Dominique je te remercie. As-tu quelque chose à ajouter autour de ce film et de son devenir ? Un dernier mot ?

D.D. : La liberté de penser et la première de toutes les libertés !

D.G. : Merci Dominique d’avoir participé à cette émission. 
Je rappelle le titre du film : « Les trois vies du chevalier ». Les collectivités territoriales, les collèges, les enseignants savent qu’il est à leur disposition.

Avant de rentre l’antenne je vais vous présenter le livre du mois qui est ce mois-ci la revue Idée Libre de la Libre Pensée. Elle vient de sortir un dossier exceptionnelle intitulé « Le parfum envoutant de la trahison – Quelques figures de renégats ». Ce n’est pas simplement truculent mais extrêmement intéressant d’un point de vue historique de voir ce qu’est un renégat et sa typologie. C’est un dossier qui a été réalisé par Jean-Marc Schiappa, historien et Président de l’IRELP (Institut de Recherche de la Libre Pensée).

Une autre idée de lecture pour votre été : Les religions contre les femmes. Ouvrage collectif sous la direction de Hansi Brémond.

Je vous retrouve en septembre. Bon été !

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France Culture: Le Chevalier de La Barre David Gozlan reçoit Dominique Dattola, réalisateur.

7 Février 2017 , Rédigé par librepensee04

15 novembre 2016
France-culture
La Libre Pensée sur France Culture - 10 juillet 2016

 

Thème de l’émission : Le Chevalier de La Barre

 David Gozlan reçoit Dominique Dattola, réalisateur.


Il y a 250 ans, le 1er juillet 1766 à Abbevile, le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre était supplicié. Il subit la question ordinaire et les brodequins qui consistent à lui broyer les jambes. Après ce supplice il sera décapité sur la place publique, son corps sera jeté dans le bucher ainsi qu’un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire. 
Le chevalier de La Barre était âgé alors de 20 ans. Pourquoi mourir à 20 ans ? Parce qu’il est soupçonné de ne pas avoir retiré son chapeau devant une procession.

Il y a trois ans, le réalisateur Dominique Dattola, signe un récit-documentaire musical de 110 minutes intitulé « Les trois vies du Chevalier ». 
Bonjour Dominique.

D.D. : Bonjour David.

D.G. : « Les trois vies du chevalier », il s’agit bien du chevalier de La Barre mais pas seulement. Pourquoi partir de ce chevalier et pour aller où ?

D.D. : J’ai souhaité raconté l’histoire de la liberté de penser en France depuis l’Ancien Régime. Une histoire qui petit à petit, en cours de route, devient l’histoire de la laïcité. Le chevalier de La Barre qui a été exécuté en 1766, ne pouvait représenter qu’un épisode de l’Ancien Régime mais tous les défenseurs qui se sont intéressés à son sort, qui ont essayé de le réhabiliter à titre posthume, tous les penseurs qui ont pris le chevalier de La Barre pour exemple jusqu’à aujourd’hui, m’ont été d’un grand secours pour construire le fil conducteur de cette grande histoire de la liberté de penser en France depuis le Siècle des Lumières jusqu’à aujourd’hui.

D.G. : On voit effectivement qu’il y a un récit autour du chevalier de La Barre. En ces temps d’intolérance ton récit-documentaire est vraiment d’une actualité prégnante car aujourd’hui cette question de l’intolérance est sur le devant de la scène. 
Comment ce film a été reçu ? Est-ce qu’il a été plébiscité ? Je sais notamment que tu as reçu le prix de l’initiative laïque 2013 aux rendez-vous de l’histoire de Blois. 
Peux-tu nous dire quel a été l’accueil de la part des citoyens et citoyennes et revenir sur ce prix, ce qu’il t’a apporté ?

D.D. : Produire un film sur la liberté de penser c’est une gageure ! Il n’y a pas eu grand monde, producteurs et diffuseurs, qui se soit précipiter pour financer cet ouvrage. 
Le film est sorti assez confidentiellement le 1er mai 2013. La sortie nationale dans les salles de cinéma s’est faite en avril 2014. Tous ceci s’est passé assez discrètement mais entre les deux il y a eu ce prix d’initiative laïque des Rendez-vous de l’histoire de Blois. C’est un prix prestigieux mais qui est surtout le plébiscite de l’Education Nationale. L’exposition de ce film a donc été petit à petit grandissante. De plus en plus de citoyens et citoyennes se sont intéressés à l’ouvrage malheureusement au fil des événements tragiques qui ont émaillés la vie de notre république. Je parle des attentats de Charlie et bien évidemment des attentats au Bataclan.

Au fur et à mesure que l’interrogation allait grandissante sur « qu’est-ce que c’est que la laïcité ? » - tu sais comme moi que l’on a à peu près entendu tout et n’importe quoi – il y a eu de la part des institutions, des organisations laïques, un besoin d’outils ressource pour expliquer correctement ce que c’était que la laïcité. Bien entendu je ne suis pas le seul à avoir créé des outils ressource, mais ce film a retenu l’attention par exemple des EFPE (écoles de formation des enseignants) qui se sont emparées de ce film pour enseigner la laïcité aux jeunes enseignants.

C’est un film qui a démarré lentement et qui petit à petit trouve son essor à travers une multitude de projections – débat : 90 séances au jour d’aujourd’hui, quelques projections à l’étranger notamment au Québec.

D.G. : C’est intéressant ! Cela veut dire qu’il y a une dimension universelle du film non ?

D.D. : Je pense que le problème est planétaire et que tout le monde est à la recherche d’outils.
Si je compte l’AHQ (Association des Humanistes du Québec), en discussion avec le gouvernement sur la fameuse Charte des valeurs, qui serait notre laïcité à la québécoise, eux avaient besoin de ce film pour pouvoir s’éclairer les uns les autres. 
Je reviens de Singapour où j’ai été faire une projection à la demande de la Sorbonne et de l’Ambassade de France, pour conclure un débat sur Islam et laïcité. C’est la première projection que je fais dans ce sens-là. Il est bien évident que le film ne parle pas du tout de l’islam. Je ne suis pas du tout spécialiste, je ne suis pas journaliste mais réalisateur. J’ai fait un film, un film de mémoire sur une période historique. Je suis bien content que l’on commence à comprendre que les dérives d’une religion, en l’occurrence la religion catholique, éclairent les dérives d’autres religions.

D.G. : Je sais aussi qu’il y a eu des projections en Belgique même si elles sont plus minimes. 
Dans les 90 projections qu’il y a eu sur le territoire national quel a été le ressentit des citoyens et citoyennes, quelles ont été les questions ? Est-ce que certains en sont sortis enrichis d’une expérience ?

D.D. : Pour être tout à fait sincère, les projections ont démarré dans « l’entre soi ». C’est-à-dire que les premiers intéressés étaient les associations laïques que ce soit l’Union Rationaliste, la Libre Pensée – qui je dois l’avouer m’a beaucoup aidée sur ce projet sans jamais faire pression sur moi, sur la ligne éditoriale, ce qui n’a pas été le cas de tout le monde – ou bien d’autres organisations comme la Ligue de l’Enseignement ou la Ligue des Droits de l’Homme qui ont souhaité organiser des projections du film.

Il est bien évident que tous ce public-là était avant tout un public de prescripteurs donc déjà avertis du sujet et qui l’ont plébiscité y compris les réseaux universitaires qui ont validé le film.
Petit à petit du « vrai public » est venu et là se fut des bonnes surprises. Le mot laïcité qui était jusqu’à présent assez ringard, qui venait d’un coup dans le feu des projecteurs, on leur en donnait une explication et on leur proposait un débat à la fin des projections. Il n’y a pas eu énormément de débats houleux. Il y en a eu quelques-uns mais les commentaires autour des projections ont plus été faits autour de l’actualité. C’est-à-dire comment le film pouvait éclairer l’actualité.

C’était mon but : faire un film d’ouverture au débat citoyen. M’arrêter volontairement en 2005. Ne pas traiter l’actualité, non pas par lâcheté mais parce que je n’en suis pas dépositaire, et laisser au champ du débat la possibilité de pouvoir exprimer les opinions, les craintes du moment.

D.G. : La date de 2005 n’est pas un hasard, c’est le 100ème anniversaire de la loi de 1905 et les manifestations et célébrations qui ont eu lieu. 
Quelle est pour toi la prochaine étape ? Le film a vécu à travers les débats, à travers les projections, il vit au niveau international, mais quelle est la prochaine étape, en que réalisateur pour « ton enfant ». On peut en parler comme ça.

D.D. : Oui on peut en parler comme ça. Pour avoir travaillé pendant 15 ans sur ce sujet, avoir agrégé plus de 150 personnes pour pouvoir fabriquer ce film en dehors des circuits classiques de production : oui on peut parler d’un enfant. 
Maintenant l’enfant grandi, je peux commencer à le lâcher. Je continu à participer à des projections-débat mais la prochaine étape c’est quand même l’international puisque nous avons une copie en anglais réalisée par une scénariste américaine, pure voltairienne et enthousiasmée par le film. On peut donc diffuser le film à l’étranger.

On parle maintenant des éditions DVD. La première édition montée en partenariat avec la MAIF et la MGEN sera distribuée gratuitement aux lycées à la rentrée de septembre.
Une deuxième édition à destination des médiathèques, des collectivités territoriales y compris celles qui sont sous l’emprise du Ministère des affaires étrangères, est déjà en place depuis le 1er mai. 
L’édition grand public sera mise en place dans les bonnes librairies, dont celle de la Libre Pensée à Paris, à la rentrée.

D.G. : Tu as dit « J’ai souhaité en faire un film grand public, un film d’ouverture au débat citoyen » et ça je pense que tu l’as démontré dans tes propos, et tu as également dit aussi « un film dédié à l’éternelle jeunesse ». Est-ce que tu peux revenir en quelques mots là-dessus s’il te plait ?

D.D. : Comme tu l’as dit en début d’émission, le chevalier de La Barre est mort entre 19 et 20 ans. Il a été la victime expiatoire d’un système qui avait besoin de faire un exemple car ils n’arrivaient pas à attraper Voltaire. Comme l’avait dit le juge à l’époque : « A défaut de bruler les auteurs, nous brulerons leurs lecteurs. ». 
Ce chevalier de La Barre qui n’était pas révolutionnaire, ni à proprement parler libre penseur, ni un trublion politique, était un jeune gens de son temps comme tous les jeunes gens de tous les temps. 
Si ce film je l’ai dédié à l’éternelle jeunesse c’est bien entendu pour la mettre en garde d’une liberté qu’elle a et qu’on pourrait lui reprendre.

D.G. : Cela veut dire que n’importe quel jeune peut s’y retrouver. 
Tu as eu des jeunes dans les débats des différentes projections ?

D.D. : On ne va pas dire que ce soit la jeunesse qui soit spécialement venue aux projections sauf les classes du secondaire et on a eu des débats absolument magnifiques !

D.G. : c’est très intéressant car cela veut dire que les jeunes se sont aussi retrouvés dans cette figure du chevalier de La Barre.

D.D. : Ils se sont non seulement retrouvés mais lorsque j’en était à faire des projections test se sont des jeunes gens qui m’ont orienté sur la façon de terminer le film. 
C’est un film collaboratif où des jeunes gens (élèves de Troisième) m’ont fait des suggestions pour les finitions de ce film, qui n’ont pas toutes été adoptées, mais l’ont été dans un grand ensemble.

D.G. : Dominique je te remercie. As-tu quelque chose à ajouter autour de ce film et de son devenir ? Un dernier mot ?

D.D. : La liberté de penser et la première de toutes les libertés !

D.G. : Merci Dominique d’avoir participé à cette émission. 
Je rappelle le titre du film : « Les trois vies du chevalier ». Les collectivités territoriales, les collèges, les enseignants savent qu’il est à leur disposition.

Avant de rentre l’antenne je vais vous présenter le livre du mois qui est ce mois-ci la revue Idée Libre de la Libre Pensée. Elle vient de sortir un dossier exceptionnelle intitulé « Le parfum envoutant de la trahison – Quelques figures de renégats ». Ce n’est pas simplement truculent mais extrêmement intéressant d’un point de vue historique de voir ce qu’est un renégat et sa typologie. C’est un dossier qui a été réalisé par Jean-Marc Schiappa, historien et Président de l’IRELP (Institut de Recherche de la Libre Pensée).

Une autre idée de lecture pour votre été : Les religions contre les femmes. Ouvrage collectif sous la direction de Hansi Brémond.

Je vous retrouve en septembre. Bon été !

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