Avec son encyclique, Léon 14 promeut le Corporatisme
La première encyclique d'un nouveau pontife, est par nature, un évènement politique mondial. Qu'est-ce que celle-là nous apprend ?
Chroniqueurs et journalistes ont prétendu y voir un essai approfondi sur l'Intelligence Artificielle. Patrick Cohen sur France Intox, est enthousiaste. L'ont-ils bien lue ? Le nouveau pontife a manifesté, à l'image de tous ses prédécesseurs depuis l'Antiquité, son souci que le monde ne sombre pas. Il doit étudier les phénomènes qui peuvent mettre en cause une certaine stabilité nécessaire à la domination des puissants et des riches sans lesquels il ne pourrait plus y avoir de "charité" en faveur des dominés : "les malades, les émigrés, les pauvres..." C'est ainsi qu'il est également amené à se prononcer contre la guerre. Ce qui n'est pas à minorer dans l'intérêt des peuples eux-mêmes.
Mais l'auteur de l'encyclique, qui rappelle l'importance des relations du Vatican avec les Etats, constate que ces derniers sont devenus moins puissants que des "acteurs privés transnationaux (...) plus difficiles à réguler", maîtres de l'industrie numérique internationale. Léon 14 a tenu d’ailleurs à présenter son encyclique en présence du milliardaire, patron d'Anthropic, qui a été partenaire de l'armée US lors de son attaque de l'Iran.
Faisant une analogie entre le XIXème siècle "industriel", et le XXIème siècle "numérique ", Léon 14 se réclame, pour l’époque actuelle, de Léon 13 qui régna de 1878 à 1903 sur l’Eglise catholique apostolique et romaine et qui est souvent présenté comme le “pape des ouvriers”.
L'“encyclique” de Léon 13 intitulée “ Rerum Novarum”, a même été considérée par le PCF en octobre 1937 - époque, rappelons-le, des procès de Moscou , et de la politique de la main tendue aux catholiques - comme étant formulée “presque dans les mêmes termes que le Manifeste communiste de Marx et Engels, plus vieux d’un demi-siècle.”
“Rerum novarum” formalisait la “doctrine sociale de l’Eglise” à laquelle Léon 14 fait référence. En 1878, Léon 13 s’inquiètait des progrès de l’implantation des organisations ouvrières indépendantes dans le monde. Contrairement à ce que racontent la plupart des media, l’encyclique est centrée non pas sur les “ouvriers” mais sur “l’union des ouvriers et des patrons” devant constituer des associations communes, corps intermédiaires et subsidiaires d’un Etat soumis à des élites morales catholiques. Ce qui sera servira de modèle à Mussolini, Salazar, Franco, à Pétain avec la Charte du Travail, puis à De Gaulle, avec l’» association capital-travail" et Mendes France avec La "République moderne." L'ennemi, pour eux, c'est le syndicat indépendant fondé sur la seule défense des intérêts de la classe ouvrière contradictoire avec ceux de la bourgeoisie.
Quand Léon 14 se réclame de l'héritage de Léon 13, précisant évidemment qu'il doit s'adapter aux circonstances, c’est que lui aussi craint la révolution. Toutes les encycliques dites sociales sont fondamentalement anticommunistes. La Doctrine sociale de l’église, c’est la 3eme voie, c’est le corporatisme. Ainsi Léon 14 reprend, dans son encyclique, les principes de la Doctrine sociale de l'église explicités par Léon 13.
Au nom d'une "destination universelle des bien", il défend la "propriété privée". La notion de "bien commun" d'origine théologique, permet d’évacuer la question : Pourquoi faire la révolution, puisque tout appartient déjà à tous ? Les principes de la doctrine sociale de l'église n'ont pas changé depuis Thomas d''Aquin au Moyen Age.
Ensuite, la subsidiarité. Léon 14 appelle à une "coopération courageuse" entre "entrepreneurs et travailleurs". Les syndicats deviennent ainsi les subsidiaires de l'état comme des patrons. Ils sont réduits à l'état d'organismes 'intermédiaires", "contre-pouvoirs" intégrés dans les rouages de la "démocratie sociale" qui est le faux nez du "corporatisme", contraire à la liberté syndicale.
[14/06/2026 13:45] François: Cette DSE, c'est, dans le texte, la "responsabilité partagée dans les tensions et les divergences", une "coopération, comme voie royale pour la stabilité. « Comment ne pas y retrouver l'inspiration des appareils qui aujourd'hui refusent de mobiliser les travailleurs et préfèrent proposer dans une lettre commune à Lecornu de se retrouver dans le même "cadre commun".
Léon 14 en profite pour réécrire l'histoire et gomme soigneusement les concordats signes par ses prédécesseurs avec l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste. Dirigeant d'une religion qui ne compte plus les miracles, les apparitions et les résurrections", il part en guerre contre ... les "fakes-news."
C'est dans le cadre de cette DSE que le pape a rédigé ces observations sur l'IA revenant pour l'essentiel à enfoncer des portes ouvertes : l'IA n'est pas "neutre". Elle est bien quand elle est utilisée selon le "bien". Elle est mauvaise quand elle utilisée selon le "mal".
Les délires des amis de Trump de la Silicone Valley offrent au pape une aubaine. Il tente alors d'amalgamer la recherche illimitée de la science avec l'existence des inégalités, dédouanant le régime capitaliste fondé sur la propriété. Il peut alors déclarer que vouloir supprimer la " fragilité" de la condition humaine, relève de "l'illusion".
Nous ne serions que de pauvres pécheurs. "Nous sommes tous responsables" Les patrons et les dirigeants des régimes faillis peuvent dormir tranquille. Mais, dit Léon 14, «la religion" doit "influencer la vie sociale et nationale."
Nous voilà tous au courant.
François Chaintron