Un savant dans sa tour d’ivoire et des gens du peuple frustrés dans leur attente...Antoine Prost
Un savant dans sa tour d’ivoire et des gens du peuple frustrés dans leur attente
Une interview - éclairante mais consternante - de l’historien Prost auteur du rapport sur les fusillés pour l’exemple

L'historien Antoine Prost
vendredi 28 novembre 2014 par federation nationale
Citons quelques passages de cette interview au Monde du 31 octobre 2014.
Question : Peut-on dire qu’ accorder aux fusillés un espace au Musée de l’armée est une forme de réhabilitation civique ?
Réponse : C’est une réintégration dans la mémoire nationale. Pour moi, la question des fusillés appartient au passé. Le fait que l’armée ait fusillé pendant la première guerre mondiale est une chose qui est assumée, actée et enregistrée.
Question : Le dossier est-il clos ?
Réponse : Si on trouve encore des dossiers de fusillé, ça se comptera sur les doigts d’une main. Ce qui est important, c’est qu’on va pouvoir les regarder et les analyser. Il n’y a rien à cacher.
Ainsi M. Prost estime que le dossier des fusillas est clos. Il reprend les termes de Lionel Jospin dans son discours de Craonne en 1998 et, pour lui, cela a valeur de réhabilitation. Ainsi celui qui consultera les éléments d’information disponibles sur internet et accessibles à partir des différents espaces aménagés aux Invalides sur des écrans à disposition du public, serait en quelque sorte le seul juge de ce qu’il lit et il réhabilitera ou non, à titre personnel.
Il appartiendrait donc à chaque consultant de décider s’il réhabilite ou non selon son intime conviction ! Quel descendant de fusillé pourrait ne pas éprouver cela au fond de lui-même comme une véritable dérision ?
Quand la République était républicaine
Quand la République était républicaine elle avait su amnistier les Communards et gracier Dreyfus. Elle n’abandonnait pas sa responsabilité en se bornant à dire à chaque citoyenne et à chaque citoyen : c’est vous qui déciderez pour vous seul si oui ou non les Communards sont coupables et si Dreyfus l’est aussi.
Une République qui aurait eu cette attitude aurait été une république démissionnaire, se dérobant à assumer son rôle. Et à ce compte- là les Communards survivants seraient restés au bagne et sur les Communards morts auraient continué à peser l’opprobre et le déshonneur de la répression versaillaise.
On sait qu’il n’en pas été ainsi et c’est tout à l’honneur de cette République d’autrefois d’avoir fait ce qu’elle a fait.
Aujourd’hui sur la question des fusillés pour l’exemple, une République républicaine aurait su répondre à cette demande qui monte de la part des descendants de fusillés pour l’exemple, demande pressante, demande humaine, demande de justice simple, sans artifices. Demande de gens du peuple.
Mais le Président de la République reste sourd, l’Assemblée nationale reste sourde, le Sénat reste sourd, et le savant aussi, hélas, reste sourd.
Maximalisme ?
Y aurait-il un quelconque maximalisme, une demande excessive en quelque sorte, dissimulant des intentions louches, à exiger la réhabilitation ?
La réponse est fournie par un descendant de fusillé qui a apporté son témoignage le jeudi 20 novembre à Rodez lors d’une conférence-débat tenue sur les Fusillés pour l’exemple.
La presse s’en est fait l’écho de façon très fidèle et l’auteur de ces lignes, qui était l’orateur de cette conférence organisée conjointement par la Libre Pensée de l’Aveyron, la section départementale de la Ligue des Droits de l’Homme, et l’association des anciens combattants, ANACR, a entendu ce témoignage poignant.
Je peux attester de la tension et de l’attention extrêmes qu’il y avait dans la salle à l’écoute du petit-fils de fusillé pour l’exemple.
Citons le passage de l’article de La Dépêche du Midi du 22 novembre :
« C’est une cause juste et noble de réparation nécessaire » car les balles françaises n’ont pas seulement abattu des soldats, mais aussi leurs familles qui ont vécu l’opprobre et le déshonneur. C’est l’’histoire d’Armand Haon de Millau, petit-fils de fusillé. [1] Son grand-père a été tué pour abandon de poste (rien d’anormal dans l’enfer de cette boucherie). Sa grand-mère, veuve mais sans pension, a été bannie et en a perdu la raison. Le jeune fils qu’elle avait a été placé en orphelinat puis dans une ferme où il a été abusé. Traumatisé à vie, il fondera une famille mais de nombreuses dépressions le conduiront jusqu’au suicide. Toute sa descendance en a souffert, c’est ce qu’a raconté Armand Haon, la voix brisée par l’émotion. »
Ainsi la demande de réhabilitation collective des 639 fusillés pour l’exemple (pour désobéissance militaire) n’est pas je ne sais quelle manœuvre machiavélique de la part de gens amateurs de surenchère, mais une DEMANDE LEGITIME formulée par les intéressés eux-mêmes, gens du peuple, qui continuent à être marqués dans la construction de leur propre identité par cet événement abominable dont se sont rendus coupables la République en guerre et les généraux commandant cette guerre.
C’est de cela qu’il s’agit.
Le savant ne l’a pas compris ou n’a pas voulu le comprendre, mais les citoyennes et citoyens de ce pays, qui sont la République, avec trente conseils généraux et trois régionaux, avec des milliers de conseils municipaux, l’ont déjà compris, eux. D’autres les rejoindront, n’en doutons pas.
Ils continueront leur action et restaureront l’honneur volé des soldats fusillés pour l’exemple et de leurs descendants.
Pierre Roy
Lundi 24 novembre 2014
[1] Armand Haon est le petit-fils de Georges Gustave Jean Haon qui, « accusé le 12 août 1915 d’avoir abandonné son poste au Bois-Le-Prêtre en présence de l’ennemi » a été fusillé pour l’exemple le 27 du même mois
Quand Dieu inventa la PMA et la GPA
Quand Dieu inventa la PMA et la GPA

Au début de La Bible (Genèse, 16), se voyant stérile, Saraï (la princesse) met une femme féconde dans le lit de son vieil époux Abram. Il s’agit de l’une de ses servantes, l’Égyptienne Agar, qui devient plus tard la mère d’Ismaël. Toutefois, sur l’instant, Saraï éprouve de la jalousie envers Agar lorsque celle-ci se trouve enceinte. Laissée libre d’agir à son gré par Abram, Saraï humilie alors Agar qui prend la fuite. Au milieu du désert, Elohim ordonne néanmoins à Agar de retourner auprès de sa maîtresse et de donner à Abram l’enfant Ismaël que Saraï ne pouvait concevoir. Le récit biblique a ainsi envisagé la gestation pour autrui, pratiquée sous la contrainte, mais avec la bénédiction de l’Éternel qui enjoint à Agar de remettre à Abram et Saraï l’enfant qu’elle a porté pour eux.
Treize ans plus tard, après l’avoir renommé Abraham, l’Éternel annonce au patriarche, comme l’avaient déjà fait trois anges venus en éclaireurs, qu’il sera, bien qu’âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, encore très prolifique afin de créer de nombreuses nations. Il lui révèle que son épouse Saraï, devenue Sara, quatre-vingt-dix ans au compteur, donnera naissance à un fils, Isaac, l’année suivante (Genèse, 18). Sara rit en son for intérieur, certaine qu’elle est incapable de désir sexuel, ni de procréer. Adonaï lui en fait reproche et lui dit qu’elle a tort de persifler, même en silence : l’enfant Isaac verra bien le jour à la date annoncée.
La scène se déroule avant le départ pour Sodome, la ville de toutes les débauches. La Bible vient de concevoir la procréation assistée, sinon médicalement du moins divinement. Le départ vers Sodome peut même laisser penser à un lecteur imaginatif que cette émancipation des processus biologiques spontanés pourrait être offerte aux barons de Charlus qui demeurent dans cette ville de toutes les transgressions. Heureusement, Elohim veille au grain : Sodome, comme Gomorrhe, sera détruite sous une pluie « de soufre et de feu ».
En un temps où la nature n’est pas encore domestiquée autant qu’aujourd’hui, La Bible retient donc l’hypothèse d’une possible génération des enfants en dehors des voies habituelles. La combinaison des deux épisodes de la Genèse qui viennent d’être rappelés ouvre même une porte qu’il n’est pas dans notre intention de franchir pour le moment : des femmes ménopausées, comme celles auxquelles un médecin italien avide d’argent a accepté de transplanter un embryon, pourraient devenir des mères porteuses.
Les adeptes des trois religions du Livre qui poussent des cris d’orfraie devant la demande de généralisation de la procréation médicalement assistée (PMA) et de légalisation de la gestation pour autrui (GPA) devraient donc relire leurs classiques et leurs épigones mécréants, encore inféodés aux Églises de tous ordres, y réfléchir à deux fois avant de s’en offusquer.
Gendarmes 04 & Ste Geneviève: Lettre à Madame le Préfet des AHP
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FEDERATION DEPARTEMENTALE
DES GROUPES DE LIBRES PENSEURS
DES ALPES DE HAUTE PROVENCE
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à Madame le préfet des Alpes de Haute Provence
objet: Cérémonie début novembre2014 à Digne en hommage à Ste Geneviève
Madame le préfet,
Saisis par nos adhérents et d'autres citoyens et citoyennes du département, nous vous faisons part de notre étonnement, suite à la publication dans la presse locale d’articles relatant la cérémonie où le groupement de gendarmerie départementale, début novembre 2014, a rendu hommage à Sainte Geneviève en votre présence et celle d’élus après un office religieux.
Est-il possible, Madame le préfet, que vous soyez assujettie ainsi que les gendarmes au rescrit du pape Jean XXIII du 18 mai 1962 qui dit: "…Par la vertu de ses présentes lettres d'une manière éternelle, nous établissons la Vierge Sainte Geneviève comme patronne céleste principale auprès de Dieu des Gendarmes français, gardienne de l'ordre publique; Nous le décidons et le déclarons…" ?
En effet, comment cela se peut-il que les gendarmes, fonctionnaires de la République, et le corps préfectoral soient placés sous l'égide d'une sainte, en l’occurrence d’une figure de l’Eglise catholique romaine, dans une cérémonie religieuse, contre la neutralité prescrite, en conformité avec la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, par l’Article L4121-2 du Code de la défense qui déclare :
« Les opinions ou croyances, notamment philosophiques, religieuses ou politiques, sont libres.
Elles ne peuvent cependant être exprimées qu'en dehors du service et avec la réserve exigée par l'état militaire. Cette règle s'applique à tous les moyens d'expression. Elle ne fait pas obstacle au libre exercice des cultes dans les enceintes militaires et à bord des bâtiments de la flotte. »?
Nous nous interrogeons également sur le respect de la liberté de conscience des gendarmes lorsque, selon la presse, l’ensemble des personnels de la Gendarmerie sont présents à cette cérémonie religieuse.
Autant nous pouvons vous suivre dans votre discours quand vous rappelez « les valeurs de service public, de dévouement de tous les jours à l’égard de la collectivité, de loyauté sans faille à l’égard de l’Etat » de la part des gendarmes, autant l'invocation de mère Théresa [HPI du 21/11/2014] par un officier supérieur de la Gendarmerie nous laisse pantois.
La République serait-elle tombée si bas qu'elle aurait oublié un de ses principes fondamentaux qui lui a assuré plus d’un siècle de paix civile, nous voulons parler de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État.
Madame le préfet, vous étiez présente au meeting laïque avec M. Jean Louis Bianco et la Ligue de l'enseignement, à Digne, le 17 octobre dernier.
A cette occasion, le président de l'observatoire national de la laïcité rappelait à juste titre que la laïcité « …n’est pas une vieille lune : l’immense majorité de nos concitoyens y est très attachée. » et ajoutait que « la laïcité est le ciment de notre République. Ce n’est pas seulement cohabiter mais appartenir à cette grande communauté de citoyens qu’est la nation » [La Marseillaise du 20/10/ 2014]
Madame le préfet, nous pensons que la confusion et le recours au religieux dans la sphère publique est le plus sûr moyen d'exclure et de diviser nos concitoyens n'ayant pas la même religion ou n'en ayant aucune.
Aussi, nous pensons que la République doit bannir ces cérémonies religieuses auxquelles les gendarmes sont conviés tous les ans, sans même parler de réquisition.
Madame le préfet, nous souhaitons avoir vos réponses.
Veuillez agréer, Madame le préfet, l’expression de nos sentiments laïques et républicains.
Libre Pensée 04 le 24-11-2014
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NOTA:
La LP04 attend toujours
la réponse à son courrier!
Paris, terre de mission ?
Dans Le Monde des 22-23 novembre, on peut lire une curieuse et importante information sous le titre « Les catholiques de Paris dans la rue pour « témoigner » de leur foi. Contes dans un bar, chorale itinérante, spectacles… » Ce titre n'est pas secondaire, nous le verrons ; il est précisé « Jusqu'à (...)
TELECHARGER EN PDF: Télécharger « Paris JMS.pdf »
Le pape François, saint-Patron de l'Europe vaticane (FNLP)
Le pape François, saint-Patron de l'Europe vaticane ira visiter ses ouailles au Parlement de l'Union européenne le 25 novembre 2014
Les médias informent que le pape François se rendra pour la première fois en France, le 25 novembre 2014, pour aller visiter le Parlement européen et prononcer un discours dit « solennel ». Et ce, à l'invitation du Président Martin Schulz, membre du Parti Socialiste Européen (PSE). Il est désormais (...)
ou
Le mouvement ouvrier et la guerre 1914-1918
A.Bebel, J.Jaurès, R.Luxemburg, K.Liebknecht, P.Monate, A.Rosmer, P.Brizon....


JAURÈS, le mouvement socialiste et la guerre
En France, avant la 1ère guerre mondiale, le mouvement ouvrier est essentiellement composé sur le plan syndical, par la C.G.T. et sur le plan politique, par la S.F.I.O. (Section Française de l’Internationale Ouvrière).
Télécharger « Jaurès sfio et guerre.pdf »
Fin de vie en France, un choix? Le "faix" religieux, la soumission des gouvernants
Un article transmis par Danielle Dufraisse, déléguée ADMD04 06-99-93-17-74 admd04@admd.net 09-82/25/52/97
Philippe Bataille : « La loi Léonetti supporte et met en scène l’agonie »
Articles et entretiens > Citoyens et vie publique
Philippe Bataille, sociologue et directeur d’études à l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales) était l’invité d’Elizabeth Martichoux sur le plateau d’ « État de santé », (le 3 novembre) sur La Chaîne Parlementaire. Suite à sa participation à cette émission qui portait sur l’euthanasie, la Revue Civique lui a posé plusieurs questions. Ses réponses font « rebond » sur les contradictions que met en scène la Loi Léonetti, ainsi que le constat de la négation des demandes des patients.
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La REVUE CIVIQUE : En France, la loi Léonetti a instauré un droit au « laisser mourir ». C’est-à-dire que l’on peut arrêter de traiter ou de nourrir/hydrater le patient, ce qui revient à provoquer la mort par défaut de soins et d’alimentation… N’est-ce pas une manière hypocrite de contourner l’interdiction de l’euthanasie active?
Philippe BATAILLE : La loi dit qu’il n’y a pas rupture dans les soins, mais passage du patient en soins palliatifs où l’on prend en charge la douleur de l’arrêt des traitements, de l’alimentation et de l’hydratation. L’intérêt évident d’une telle technique morbide est qu’elle réalise une mort naturelle, souvent par arrêt du cœur, sans que l’on sache très bien à quel moment cela arrive, car cela peut durer plusieurs semaines. « Laisser mourir » plutôt que « faire mourir » était le leitmotiv du médecin Jean Léonetti lorsqu’il a porté la loi pour mieux la faire connaître. Hypocrisie sans nul doute, car il est pénible que la médecine française n’engage l’accompagnement de son patient vers la mort qu’à la condition d’en être masquée.
« L’euthanasie est pratiquée presque quotidiennement en France »
On peut parler d’une interdiction morale et contradictoire, car l’euthanasie est pratiquée presque quotidiennement en France. Ces situations existent car les circonstances de la mort sont très souvent médicalisées. Par exemple lorsque la décision de débrancher le respirateur d’un patient est prise. Effectivement, dans de nombreux cas, la médecine est obligée d’arrêter les soins aux patients. Dans ces cas-là, la situation du patient pourrait perdurer, mais on décide d’y mettre fin. Avec la loi Léonetti, on a en fait maquillé l’euthanasie et le suicide assisté en une mort naturelle par suspension d’alimentation et de soins, pour ne pas avoir l’air de provoquer la mort. Ce n’est plus qu’une hypocrisie.
On ferme donc les yeux sur les demandes de certains patients pour que la mort vienne naturellement. Alors y a-t il un consentement à l’agonie en France?
Vous avez raison. La loi Léonetti supporte et met en scène l’agonie en permettant son installation dans les hôpitaux français et bientôt à la maison, avec le développement des soins palliatifs à domicile. Les Français en ont pris conscience d’abord à partir de leurs expériences personnelles d’accompagnement d’un proche parce que cela s’est mal passé ou que cela a duré au-delà du raisonnable. Ensuite, à travers une série de scandales et d’affaires qui ont récemment illustré l’actualité et suite auxquelles ils ont compris que la mort se traitait dans des tribunaux administratifs, jusqu’au conseil d’État avec Vincent Lambert , ou en cour d’assises avec l’affaire du docteur Nicolas Bonnemaison .
Actuellement, la seule issue est effectivement de laisser une part plus belle aux droits des patients. Or, la loi Léonetti qui a pris en son titre l’argument du droit des patients ne les réalise aucunement. A l’inverse, elle les utilise pour repositionner le pouvoir médical qui est finalement le seul à décider, comme en témoigne la lecture de la loi par le Conseil d’ État dans l’affaire Lambert, celle-ci donnant raison au médecin et non pas aux parents qui eux s’opposent à la suspension d’hydratation et d’alimentation de leur enfant.
Pensez-vous que la religion soit un élément d’explication à prendre en compte dans l’interdiction de l’euthanasie active en France, ou doit-on se pencher sur le pouvoir médical dont vous parlez ?
La religion n’est pas le frein, les religieux intégristes le sont. Ils reprennent à leur seul compte l’interdit de tuer qui organise moralement toutes les sociétés modernes et démocratiques. Cet interdit moral est toutefois décliné dans des situations où il n’est pas question de tuer, mais d’accompagner, d’assister activement s’il le faut. La religion catholique promeut un modèle d’accompagnement à la mort, le sien, dont nous savons qu’il supporte et même valorise l’agonie, comme en a témoigné Jean Paul II qui l’a mise en scène pour lui-même avec un certain succès. L’accompagnement jusqu’au bout, tant valorisé en soins palliatifs, n’est rien d’autre que l’attente du trépas.
« La question de la formation des médecins est plus centrale »
C’est une mort douce, catholiquement acceptée, alors que l’euthanasie est une mort douce institutionnellement acceptée, même si elle est provoquée. En réalité, je pense que la question de la formation des médecins est plus centrale. Il y a vraiment une médecine française assez étonnante qui s’enferme un peu dans sa dimension hexagonale. Il y a une réaction de la médecine française à l’évolution de la société en général. En restant influente dans les écoles de médecine, bien au-delà de son poids sociologique d’aujourd’hui dans la société française, l’Église parvient à protéger un de ses socles en résistant avec l’interdit de l’euthanasie et du suicide assisté. Elle résiste à la volonté des hommes de contrôler leur existence en rapport avec le sens qu’ils lui donnent, au point d’en imaginer lucidement le terme.
Propos recueillis par Emilie Gougache
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Audition de la Libre Pensée à l'Observatoire de la laïcité lors des échanges sur le traitement médiatique de la laïcité
Audition de la Libre Pensée à l'Observatoire de la laïcité lors des échanges sur le traitement médiatique de la laïcité
Le 12 novembre 2014, l’Observatoire de la laïcité, dirigé par Monsieur Jean-Louis Bianco, a reçu des associations laïques et des universitaires pour avoir leur point de vue sur le traitement médiatique de la laïcité et la nécessité d’une approche plus objective. La Fédération nationale de la Libre Pensée était représentée par Jean-Sébastien Pierre, Président et David Gozlan, Secrétaire général.
Déclaration faite par Jean -Sébastien Pierre lors du tour de table organisé par Monsieur Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire
Puisqu’on doit parler du traitement médiatique de la laïcité, commençons par parler des médias publics nationaux, et de l’Etat lui-même qui devrait balayer devant sa propre porte. Les médias nationaux financés par la redevance, c’est-à-dire par l’impôt, font une place énorme aux religions et, en particulier, à la religion catholique. Des événements religieux comme les JMJ (Journées Mondiales de la Jeunesse catholique), l’élection du pape, la canonisation de Jean-Paul II et de Jean XXIII ont fait l’objet d’une couverture d’actualité totalement démesurée, occupant les journaux télévisés parfois pendant plusieurs jours d’affilée.
Notre association, tout comme d’autres associations laïques, sont occultées. Le dimanche matin, plusieurs heures sont dédiées aux religions es qualité. Ce sont des émissions de propagande et de prosélytisme. Il s’agit d’une violation de l’article 2 de la loi de 1905 : La République ne reconnait, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. Nous sommes favorables à la suppression de ces émissions. Il y a discrimination entre les associations laïques, et plus largement les associations philosophiques rationalistes, matérialistes, non confessionnelle et les cultes.
Non moins couverts par les médias publics furent les manquements graves à la laïcité commis par des membres du gouvernement, tels que le discours du Latran de Nicolas Sarkozy, et la participation du Premier ministre Manuel Valls aux cérémonies de canonisation des papes Jean-Paul II et Jean XXIII. Lorsque l’Etat lui-même ne respecte pas la laïcité, il n’est pas étonnant que les médias y dérogent.
Sur France Culture, existe depuis les années 1930 une émission intitulée ’Divers aspects de la Pensée contemporaine’ dans laquelle la Libre Pensée s’exprime une fois par mois. Interdite par le gouvernement de Vichy, elle fut rétablie dans les premières années de l’après-guerre grâce en particulier à la ténacité d’André Lorulot, son Président de l’époque. C’est peu, mais cela existe. Il n’y a rien de semblable à la télévision. Si les Pouvoirs publics nous proposaient d’animer une émission télévisuelle sur les chaînes publiques, nous étudierions la chose avec intérêt.
En ce qui concerne la presse écrite, nous constatons une ouverture notable à nos déclarations et initiatives, mais d’avantage dans la presse régionale que dans la nationale. Les grands quotidiens ne répercutent guère les communiqués émanant de notre association. La situation change effectivement en région, à l’exception de certains organes de presse comme Ouest-France, dont l’inspiration catholique est bien connue, mais qui, jouissant du quasi-monopole de la presse écrite dans l’Ouest, est sourd à tout ce qui vient des organisations laïques et singulièrement de la nôtre.
Cette intervention est complétée par David Gozlan, Secrétaire Général de la Libre Pensée, qui déclare : Le traitement médiatique de la laïcité est le reflet d’une recherche du sensationnel, du « coup médiatique ». Un tweet, un mot, une série « d’experts » parle de la laïcité de manière lapidaire. Comment s’emparer du débat à travers des titres et des « bons mots » ? Le temps n’est pas pris pour traiter un sujet complexe.
Il est aussi évident que certaines personnes qui parlent de la laïcité, soit ne savent pas de quoi elles parlent, soit traite le sujet de manière superficielle. Il y a une difficulté aussi pour entendre la voix d’association comme la nôtre pour faire entendre sa voix au plan national, ce qui n’est pas le cas pour la presse locale et régionale.
Débat
Lors des discussions, a été abordé la question du voile islamique, notamment à l’Université, Jean-Sébastien Pierre reprend la parole : ’J’ai entendu avec intérêt, Jean Baubérot et nos amis de la Ligue des Droits de l’Homme déclarer que la laïcité a tendance à être dénaturée, qu’elle est source de liberté et non de contrainte sur les citoyens, ni un outil de défense contre un hypothétique ennemi intérieur, ni être prise comme le sujet d’une guerre de civilisation. Je souscris à cette analyse. J’ajoute que ce ne peut être non plus le prétexte à une révision du Code du Travail. Je m’étonne un peu que certains spécialistes ici présents trouvent la législation floue.
Dans l’affaire Baby Loup puisqu’elle a été citée, la Cour de cassation, y compris en rendant deux décisions contradictoires successives, quant au problème du licenciement, a parfaitement dit le droit tel qu’il existe dans les entreprises. Dans le domaine privé, c’est le principe de la liberté de conscience qui prévaut, sauf limitations inhérentes à la sécurité et à l’ordre public.
J’ai entendu également évoquer la supposée nécessité d’étendre la loi de 2004 à l’Université. En tant qu’universitaire moi-même, je dis attention. Pour ma part, je m’y opposerai dans la mesure de mes forces et possibilités. Ce n’est pas seulement parce que les étudiants et étudiantes sont majeurs, que l’interdiction des signes et vêtements religieux n’est pas de mise. Cela touche à un principe bien plus profond qui est celui des Franchises universitaires. L’amphithéâtre, comme la rue, font partie du domaine public. Les étudiants et auditeurs libres qui assistent aux cours, sont un public. Lorsque j’étais jeune et suivais les cours dits, alors, de propédeutique, et ce terme désuet signe mon âge, hélas, j’ai cohabité sur les bancs de l’Université avec des religieuses en habit et des militaires en uniforme, des africains en boubou et toutes sortes de vêtements à caractère plus ou moins marqué. Jamais nos professeurs n’ont fait la moindre remarque en raison des franchises universitaires. Ne détruisons pas ce qui en reste !
Pour ce qui est des interventions auprès des médias, vous pouvez nous faire confiance pour continuer à faire prévaloir la laïcité auprès d’eux.
Mais, puisque personne ne rebondit sur les obligations de l’Etat, étant d’un naturel obstiné, je me permets d’y revenir. L’Etat est le garant de la laïcité. Inutile de stigmatiser les médias (stigmatisables ce nonobstant) lorsque l’Etat ne montre pas l’exemple. Je le répète, la participation ès qualité de membres du gouvernement, d’Elus de collectivités locales, de fonctionnaires d’autorité à des cérémonies ou manifestations religieuses est intolérable. A titre privé, c’est bien sur autre chose. Nous n’aurons de cesse de les dénoncer.
Le Général de Gaule, s’il a porté un tort majeur à la laïcité à travers la loi Debré, dont nous n’aurons de cesse de réclamer l’abrogation, n’a jamais participé comme Président de la République à aucune cérémonie religieuse. Depuis, hélas, les manquements à cette règle sont légion. Voilà un élément que votre Observatoire, Monsieur Bianco, devrait observer et consigner.
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