Lettre à Sébastien Madau, rédacteur en chef du journal la Marseillaise
Montpellier, le 12 aout 2018
Cher monsieur,
A plusieurs reprises dans les années précédentes, votre journal s’est fait l’écho des prises de positions du groupe des universités et citoyens de Montpellier de la Libre Pensée de manière totalement conforme à ce que nous expliquions, et nous vous en remercions.
Cependant, dans l’édition du 11 août de votre journal, plusieurs éléments nous poussent à vous écrire, afin de préciser quelques éléments, que vous aurez toute la liberté de communiquer à vos lecteurs.
En effet, en réaction à notre communiqué au sujet du sponsoring officiel de la ville de Montpellier d’un culte catholique (celui de Saint Roch) au travers des fêtes du nom du « Saint », la journaliste indique que nous aurions fait ce communiqué « avec une certaine mauvaise foi ».
De quoi s’agit-il ?
Nous avons écrit que la ville de Montpellier avait invité la population aux fêtes de la Saint Roch les 16 et 17 aout et à « rencontrer le Christ avec Saint Roch ». Nous signons : il ne s’agit absolument pas de propos rapportés, mais de l’invitation officielle que l’on trouvait sur le site de la Mairie. Nous vous joignons une copie d’écran de l’invitation, ou la rencontre avec le Christ n’est absolument pas mise entre guillemet, comme s’il s’agissait de propos extérieurs. Entre temps, suite à notre lettre à Monsieur Saurel, la page du site de la Mairie a été modifiée, et la mention a été retirée.
Dans la brochure de programme, co signée par la Mairie, en page 6, on trouve que les fêtes sont placées sous le signe de la « rencontre avec le Christ », et il ne s’agit pas de propos rapportés là non plus.
Nous sommes donc obligés de contredire la journaliste : nous n’avons pas mal interpréter les invitations. Le texte en fait « foi ».
En règle générale, tordre les faits, les inventer ou les faire rentrer dans les cases d’une pensée pré établie pour les besoins de notre démonstration, ce n’est pas notre tasse de thé. Ce sont mêmes des procédés qui ne peuvent conduire qu’à la déchéance.
La journaliste aurait dû nous contacter, nous lui aurions précisé. Par contre, elle a contacté Monsieur Saurel avec succès, lui qui n’a pourtant jamais répondu à nos quatre demandes de rencontres depuis 2014.
Nous souhaitons apporter quand même les précisions suivantes à vos lecteurs :
- nous relevons que la responsable de l’association saint Roch qui organise messes et processions, informe que cette année, la Mairie n’a pas financé les fêtes, contrairement aux autres années. Mais pourquoi donc ? S’il n’y a aucune entorse à la loi de 1905, et que tout cela n’est qu’une tradition et une manifestation culturelle qui n’a rien à voir avec la religion, pourquoi subitement arrêter de la financer avec des deniers publics ? Il n’y a qu’une réponse possible : les protestations ont fait craindre à la Mairie un recours sur le terrain de l’article 2 de la loi de 1905, et a donc décidé d’opérer un recul stratégique sur ce point, l’air de rien…
- avant que notre groupe ne se constitue sur Montpellier, la Mairie de Montpellier appuyait déjà les fêtes de la saint Roch. Monsieur Saurel n’est donc pas le seul responsable. Mais le problème n’est pour autant pas évacué : le fait que la violation de la loi de 1905 soit antérieure à l’arrivée de Monsieur Saurel est-il un argument recevable pour l’accepter ? Certainement pas. Par ailleurs, en creux, Saurel nous accuse de n’avoir rien fait de manière consciente auparavant (« ils n’ont pas toujours été choqués » dit-il dans l’article). Nous le précisons donc : nous n’existons que depuis 2015, et en aucun cas nous ne cherchons à nuire à l’actuelle majorité pour servir de marche pied à une autre. Notre action se fait en toute indépendance de jugement.
- l’invocation de la tradition médiévale ne nous convainc pas : la loi de 1905 est venue séparer la sphère de la religion de celle de l’état. Les us et coutumes du moyen âge ne sont en aucun cas un argument pour violer cette loi et promouvoir un culte particulier, à Montpellier comme ailleurs. C’est d’ailleurs le même argument qu’emprunte le vicomte Philippe Marie Jean Joseph Le Jolis de Villiers de Saintignon, un autre ami d’Emmanuel Macron, pour justifier l’octroi de fonds publics et d‘aides municipales en tous genres pour le Puy-du-Fou.
- enfin l’argument culturel ne tient pas. Que Saint Roch ai existé ou non (nous avons déjà évoqué les doutes des historiens là-dessus), tout le monde sait faire la distinction entre une conférence historique, et une messe et des processions religieuses. La présence musulmanes des 8ème, 9ème et 10ème siècles est avérée et étudiée dans le sud de la France (en particulier à Narbonne), mais quelle serait la réaction si une mairie proposait, au nom de la découverte culturelle du Moyen Âge, de « rencontrer Allah et Mahomet » avec invitation à un prêche dans une mosquée, en présence du Maire, avec un pot offert?
Enfin, nous tenons à apporter un éclairage sur cette question des racines moyenâgeuses catholiques de la France qui ferait que la loi de 1905 pourrait faire une pause quand il s’agit du culte catholique. Nous avons reçu un message récemment indiquant : « Messieurs, Votre position est scandaleuse. Les fêtes de saint Roch font en effet partie de nos traditions depuis 600 ans. »
C’est la position de Monsieur Saurel, mais également de l’auteur de ces lignes, qui n’est autre que Emmanuel Crenne Conseiller Régional d’Occitanie et responsable du Front National. De même, c’est le maire de Béziers, Robert Ménard, qui a le plus clairement exprimé ce point de vue : « on est dans un pays de tradition chrétienne et à ce titre, les religions n’ont pas à avoir le même statut ». Messe dans les arènes de Béziers et crèche catholique dans la Mairie sont donc normales…
Bien entendu, on ne doit pas faire d’amalgame. Mais nous constatons que quand il s’agit des « racines chrétiennes » de l’Europe, des traditions ancestrales, ou pour n’invoquer la laïcité que pour stigmatiser les tenues vestimentaires ou les processions de rue des musulmans, des personnalités de divers bords se retrouvent finalement. Les mêmes ne trouvent rien à redire à la loi Debré, qui verse chaque année 12 milliards aux écoles privées, essentiellement catholiques…
En conclusion, nous ne cesserons de le répéter : les autorités catholiques ont parfaitement le droit d'organiser des messes et des processions, des conférences, d'honorer tel ou tel « saint », de festoyer. Mais la puissance publique et ses représentants se doivent de rester neutres et donc de ne pas promouvoir par quelque moyen que ce soit, des manifestations cultuelles même présentées avec un vernis culturel.
Veuillez recevoir, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs.
Le groupe des Universités et citoyens de Montpellier.