REECOUTER, LIRE: La Libre Pensée reçoit la LDH sur France Culture
Auditrices, auditeurs, bonjour, Au micro, David Gozlan, Secrétaire général de la Libre Pensée. J'ai l'honneur et la joie de recevoir Michel Tubiana, représentant la Ligue des Droits de l’Homme.
Pour commencer Michel, peux-tu te présenter et présenter les activités de la LDH d'une manière générale ? (...)
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LOI de 1905 : Soutien à l’action de monsieur Alain Tien-Liong, Président du Conseil général de Guyane
SIGNEZ LA PETITION:
Télécharger « culte en guyane.pdf »
________________________________________
La Fédération nationale de la Libre Pensée soutien monsieur Alain Tien-Liong, Président du Conseil général de Guyane qui mène un combat résolu pour que les fonds publics cessent de servir à payer les salaires des 26 prêtres et de l’Evêque de Guyane.
La Libre Pensée appelle les laïques à contresigner
cette pétition de soutien à son action.
Nous, citoyennes et citoyens laïques, apportons tout notre soutien à l’action de monsieur Alain Tien-Liong, Président du Conseil général de Guyane dans son action pour que les fonds publics de son département ne servent pas à payer les salaires des 26 prêtres et de l’Evêque.
Nous exigeons le respect de la loi de 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat en Guyane comme sur tout le territoire de la République.
Nom : Prénom :
Adresse :
Association : Signature :
A retourner à : Conseil général de Guyane – Place Léopold Héder – BP 5021 – 97397 Cayenne Cedex
LOI de 1905 : Soutien à l’action de monsieur Alain Tien-Liong, Président du Conseil général de Guyane
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Nous, citoyennes et citoyens laïques, apportons tout notre soutien à l’action de monsieur Alain Tien-Liong, Président du Conseil général de Guyane dans son action pour que les fonds publics de son département ne servent pas à payer les salaires des 26 prêtres et de l’Evêque.
Nous exigeons le respect de la loi de 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat en Guyane comme sur tout le territoire de la République.
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La Libre Pensée appelle les laïques à contresigner
cette pétition de soutien à son action.
Nous, citoyennes et citoyens laïques, apportons tout notre soutien à l’action de monsieur Alain Tien-Liong, Président du Conseil général de Guyane dans son action pour que les fonds publics de son département ne servent pas à payer les salaires des 26 prêtres et de l’Evêque.
Nous exigeons le respect de la loi de 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat en Guyane comme sur tout le territoire de la République.
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LES MUTINS DE 17 par Michel TRICOT
Il y a soixante ans:
Les auteurs situent habituellement au 29 avril le commencement des mutineries qui allaient marquer l’année 1917 dans les tranchées françaises, entre la Marne et l’Oise ce jour-là en effet fut enregistré dans un bataillon qui allait prendre part à l’attaque des monts de Champagne ce qu’il faudrait d’ailleurs appeler des refus collectifs d’obéissance plutôt que des mutineries, car à de rares exceptions près les soldats ne s’opposèrent pas à leurs supérieurs immédiats et ils ne tentèrent pas de les désarmer. Dans cette affaire six soldats furent jugés pour abandon de poste devant l’ennemi et refus d’obéissance ; neuf pour abandon de poste seulement. Les six condamnés à mort furent graciés. Cependant des indications livrées plus récemment donnent à penser que de tels incidents ont dû se produire plus tôt. Le 15 ou le 16 avril, pour des faits semblables, douze condamnations à mort auraient été prononcées, toutes également commuées. On graciait beaucoup alors: il semble qu’au commencement l’état-major ait voulu éviter de faire des vagues. Cela allait changer.
• Soixante ans après, Cet épisode en effet peu glorieux de la Première Guerre mondiale semble encore Couvert par le secret militaire. On Continue de cacher la plaie et nous devons nous contenter d’évaluations approximatives, d’estimations, de déductions. Les services historiques de l’armée ont certes entrouvert leurs archives, mais dans quelle mesure sont-elles fiables? En 1917 l’état-major et le gouvernement n’ont-ils reçu que des rapports exacts? Nous n’en jurerions pas.
Le secret, bien entendu, a favorisé l’intoxication, les exagérations, probablement dans les deux sens. Mais les querelles autour des bilans nous paraissent d’une certaine façon secondaires ce dont on est sûr, les faits avérés, les récits officiels sont suffisamment édifiants, affreux, révoltants.
On ne peut pas dire qu’il ne s’était rien passé avant 1917 et que les cours martiales, créées par décret le 6 septembre 1914, avaient chômé, puisque, entre août 1914 et juin 1917, vingt-trois condamnations à mort par mois en moyenne avaient été prononcées, sept ou huit étant exécutées, ce que les historiens paraissent tenir pour négligeable. Dès 1916 on parle d’“exécution immédiate ”, c’est-à-dire aussitôt après jugement, sans dépôt de recours en grâce. Même le 8 novembre 1914, un soldat du 60e bataillon de chasseurs à pied avait été fusillé sans jugement on lui reprochait d’aller se mettre à l’abri au moment des combats.
La plupart des abandons de poste devant l’ennemi étaient l’effet de la panique, mais les causes les plus habituelles de la comparution en cour martiale étaient l’ivresse et l’injure à supérieur les peines étaient légères et leur application aussitôt suspendue, autrement engueuler le capitaine eût été un moyen commode pour déserter légalement, et la guerre avait besoin d’hommes. Les peines par contre étaient sévères en cas de mutilations volontaires, qui furent relativement nombreuses dans une même unité quarante soldats se tirèrent une balle de fusil à travers la main. En l’enveloppant d’un linge qui faisait écran aux traces de poudre on pouvait faire croire qu’il s’agissait d’une balle allemande.
Rien là-dedans de massif en tout cas et surtout aucun mouvement à caractère collectif. Au début les soldats avaient cru que la guerre serait brève, et qu’elle serait la “der des der ”. Au point que les autorités avaient pu desserrer le dispositif répressif mis en place le 10 août 1914, un décret avait autorisé l’autorité militaire à faire fusiller sans recours les condamnés à mort “ sous la seule réserve d’en rendre compte ». Cette disposition fut abrogée quelque temps plus tard; il est vrai que Joffre ne tint guère compte de l’abrogation selon lui la transmission par le conseil de guerre d’une demande de grâce ne pouvait qu’être qu’exceptionnelle. Même à l’état-major ces mesures apparurent finalement excessives et inutiles elles furent adoucies en 1915.
Les mouvements de 1917 sont donc pour les autorités, mais pour elles seules, comme un coup de tonnerre dans un ciel pur. Car les esprits ne sont plus, on va le voir, à la sérénité, ni au front ni à l’intérieur où les grèves sont nombreuses. Tout craque, et le commandement qui ne comprend rien est comme d’habitude tenté d’incriminer l’ennemi intérieur ou extérieur. En mars, justement, la révolution russe s’est mise en route n’est-ce point là le mauvais exemple? A tout hasard, une dizaine de milliers de soldats
russes qui combattaient sur le front français sont concentrés au camp de la Courtine, dans la Creuse, et parce qu’ils semblent s’y organiser en soviets, on les réduit à coups de canon. Les survivants seront déportés à Mers E1-Kébir, et comme ils continueront d’y prêcher la mauvaise parole, on les expédiera encore plus loin, dans le Sahara.
Les pacifistes sont jugés responsables de cette situation, et parmi eux tout spécialement les instituteurs. La Section de renseignement des armées écrit “ Les instituteurs syndicalistes se font particulièrement remarquer par l’activité de leurs propagande. ” Le général Pétain estime que les meneurs qui incitent les divisions à refuser d’aller aux tranchées, ou alors seulement pour s’y tenir sur la défensive, sont liés à la CGT. Poincaré, président de la République, écrit “ L’armée se gâte. Ces magnifiques soldats, si pleins d’ardeur, si confiants, si héroïques, l’arrière les a peu à peu corrompus. On raconte que de bons officiers, très découragés, parlent trop librement dans les trains. ” En effet, nombre de sous-officiers sont acquis au mouvement.
Le rapport du général Nivelle, complètement affolé, au ministre de la Guerre, mérite d’être plus longuement cité. Il atteste en effet
“ 1. Que les mobilisés soutenaient de leurs deniers leurs camarades grévistes.
2. Que dans certains cas, à Bourges notamment, ils avaient osé se syndiquer.
3. Que certains d’entre eux, qui travaillent dans les arsenaux, sont des agents actifs de la propagande pacifiste.
4. Que l’indiscipline règne dans les établissements de l’Etat, qu’on y distribue et que l’on y vend ouvertement dans les ateliers les tracts et journaux pacifistes, qu’on y perd volontairement du temps, que le rendement est très inférieur au rendement moyen, que des malfaçons ont été commises.
5. Qu’il s’agit là d’une situation générale s’étendant à Bourges, Paris, Puteaux, Tarbes, Toulon, Toulouse... ”
Si cette situation est exactement peinte, on se demande pourquoi l’état major allemand n’en a pas profité pour attaquer un adversaire ainsi affaibli. Réponse habituelle il n’a pas su, ou pas assez tôt. Il est vraisemblable en réalité qu’il était en butte aux mêmes difficultés fin 1916, le blocus des côtes allemandes avait imposé des restrictions alimentaires plus sévères encore que dans les autres pays ; chacun devait vivre avec une demi-livre de pain, soixante grammes de viande, soixante grammes de beurre, une livre de pommes de terre et un oeuf par jour; deux cents grammes de sucre par semaine ; cinquante grammes de savon et une demi-livre de savon en poudre par mois. En avril il y eut aussi des grèves dans les usines de munitions allemandes et une fraction du parti social-démocrate demanda que l’on mît fin à la guerre.
En juin des mutineries se produisirent dans la marine militaire allemande.
Au commencement les midinettes
En France la situation sociale dans le premier trimestre de 1917 ne fut pas paisible, c’est le moins que l’on puisse dire. Les mouvements de grève, curieusement, furent déclenchés par les midinettes parisiennes, qui, plusieurs jours de suite, au nombre de dix mille environ, manifestèrent sur les Champs-Élysées. On compta bientôt cent mille grévistes à Paris, trois cent mille en province, notamment à Saint-Etienne, Commentry, Le Havre, à la cartoucherie de Valence. Le 30 mai, quinze mille grévistes étaient dénombrés à Billancourt. En juin de nouvelles grèves éclatèrent à Rennes, Marseille, Montbrison et encore Billancourt. Le 7, même les gardiens de la paix revendiquèrent. La plupart de ces informations furent retenues par la censure, de même celles qui faisaient état d’une agitation redoutable dans toute la métallurgie, d’une effervescence au Creusot où le 28 mars un train de munitions a été couché au travers des voies. Car aux manifestations revendicatives se mêlent des mouvements en faveur de la paix: les passages des trains de permissionnaires dans les gares sont l’occasion de meetings improvisés. Cependant les revendications salariales sont incontestablement les causes premières du mouvement: l’inflation, d’abord lente, s’est considérablement accélérée en 1917. Le litre de lait, vendu 30 centimes à Tours en 1915, est passé à 2 francs en 1918. A Paris le prix des oeufs et celui du beurre ont triplé ; le porc devient inabordable : vendu 2,15 francs le kilo au début de la guerre il sera à 12 francs après l’armistice.
Le mouvement de grève a peut-être été encouragé aussi par le fait qu’en règle générale les revendications ont été satisfaites assez vite : il n’était point question, évidemment, de laisser ralentir ou stopper la production d’armes et de munitions. “ Si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre ”, avait dit Joffre un jour. La main-d’œuvre était bien entendu devenue essentiellement féminine, cependant les ouvriers spécialisés indispensables avaient bénéficié d’un sursis et été maintenus à l’usine. Mais leurs salaires avaient été réduits de 25 % à 50 % alors que leurs horaires étaient alourdis. Récriminer eût été courir le risque d’être envoyé au front, c’est pourquoi les femmes ont joué un rôle prépondérant dans ces grèves.
La guerre n’appauvrit pas tout le monde, comme toujours elle sécrète de nouveaux riches: Louis Renault qui construit des chars, André Citroën qui produit des obus, Marcel Boussac qui à partir de 1915 bâtit une immense fortune presque uniquement avec la toile d’avion. Paris vit étroitement, le Tout-Paris s’amuse. La disette allait se prolonger bien après l’armistice, mais les restaurants chics n’ont jamais manqué de rien, surtout pas de clients. Ainsi le 29 septembre 1916 Prunier refuse du monde et, impitoyable, “ jette les gens à la rue sous l’averse ”.
Il a eu la trouille un moment, le Tout-Paris, lors de l’avance allemande, mais depuis la bataille de la Marne il respire. L’arrière se distrait, pas toujours avec bon goût. Le 24 juin 1916, dans les locaux du journal « Le Matin », Louis Forest a organisé « le déjeuner de la poubelle délicieuse ou l’art d’accommoder les restes ». Les comédiens admirés, les journalistes en renom, même des ministres, sont venus déguster les joues de bœuf aux croquettes d’orties, les fanes de carottes à la crème, les cosses de petits pois à la française, les gâteaux aux écorces de fruits. Les équipages risquaient de s’ennuyer : le 2 septembre 1916 le droit de chasse a été rétabli.
Les hommes sont au front, pour ceux qui ont su rester à l’arrière les femmes ne manquent pas et les fourrés du bois de Boulogne ont une réputation plus croustilleuse encore qu’aujourd’hui. Les permissionnaires qui voient cela, ou qui entendent dire, repartent écœurés. Les “ planqués ”, les “ embusqués ”ont mauvaise presse dans les tranchées.
« L’arrière corrompt le front », commente un officier. Pour Louis Malvy, ministre de l’Intérieur, c’est exactement le contraire : le front a gâté l’arrière et par exemple favorisé les mouvements de grève. Les récits épouvantables faits par les permissionnaires après l’échec des offensives répétées ont brisé le moral de la nation.
Au début de 1917, 2 636 000 soldats français sont morts, prisonniers ou disparus, déjà. La réputation de Joffre et de Foch a sombré, en 1916, dans les enfers de Verdun et de la Somme, et cette année-là à la Chambre le député Abel Ferry a dénoncé “ les attaques pour le communiqué ” qui se traduisent par “ rien à signaler sur l’ensemble du front ” : C’est quatre cent mille hommes de pertes inutiles. « Autre réflexion du même : « On s’offre des holocaustes pour se faire faire un article par Tardieu. »
Nivelle, donc, n’avait rien inventé. Pourtant la goutte d’eau qui fait déborder le vase, la cause immédiate des mutineries de 1917, furent incontestablement les massacres inutiles du Chemin des Dames qu’il ordonna, l’échec de ses offensives du 16 avril et du 5 mai: deux cent soixante-dix mille morts pour quelques centaines de mètres gagnés sans que l’on en voie l’intérêt stratégique. Ce fut d’abord une révolte contre l’inconscience, l’incompétence, l’imbécillité des officiers supérieurs. Ici on avait jeté les hommes hors des tranchées en ayant oublié de couper les fils de fer barbelés disposés devant elles, de sorte qu’ils furent pour les Allemands des cibles impuissantes. Ailleurs, le 5 mai, selon des lettres de soldats saisies par la censure, les canons de 75 français mal réglés firent plus de victimes que les armes allemandes. Les auteurs de ces lettres traitent leurs officiers de “ bouchers ”, de “ buveurs de sang ”qui ne valent même pas la balle qui les abattrait. Un soldat du 317e régiment d’infanterie écrira un peu plus tard : “ La lassitude est grande et tous pensent à la fin, quelle qu’elle soit. L’Alsace-Lorraine est seulement un sujet de moqueries ceux qui la veulent peuvent toujours aller la chercher... ”
Ces malheureux que l’on envoyait au massacre étaient pour beaucoup complètement épuisés. Certains n’ avaient pas eu de permission depuis six mois. Alors, par une sorte de ras le bol, ils refusèrent d’obéir: il y en avait un qui déposait son fusil et d’autres l’imitaient, sans préméditation, sans concertation. On a cité des mutineries qui se sont produites à deux kilomètres de distance et qui se sont ignorées. A noter que ces mouvements n’ont pas touché tous les secteurs du front: seulement ceux où à l’évidence on envoyait les hommes se faire tuer pour rien, si ce n’est pour le communiqué. Par ailleurs les refus d’obéissance ont été exprimés toujours en arrière des lignes et non directement au contact de l’adversaire.
Les formes prises par ces mouvements ont été diverses et là encore on n’a que des indications éparses. A Dormans, des soldats ont crié: “ Vive la Révolution, à bas la guerre !” Deux régiments avaient décidé de marcher sur Paris pour envoyer à la Chambre une délégation demandant la paix immédiate : ils furent dispersés. Quatre compagnies du 298e régiment de l’armée de Souilly demandent elles aussi la conclusion d’une paix honorable dans des lettres collectives adressées aux capitaines. Mais le 23 mai une affiche se borne à proclamer: “ Le 15 le ne remontera qu’après avoir eu ses permissions et le repos auquel il a droit. ”
Ces mouvements ont habituellement duré quelques heures, exceptionnellement un jour ou deux, et puis tout est rentré dans l’ordre militaire. Ce furent des coups de colère, habituellement sans violence. Mais devant la mairie de Ville-en-Tardenois, deux mille soldats manifestèrent drapeau rouge en tête, et pour la première fois un général, Bulot, fut molesté et lapidé, ses étoiles et sa fourragère lui étant arrachées. Une fois au moins des soldats en cortège furent repoussés par des tirs de mitrailleuse.
Bref ces mutineries de 1917 avaient des causes profondes. Leurs justifications étaient incontestables et nombreuses. Cependant leurs effets furent limités. L’affolement des pouvoirs publics, la férocité et la répression, sont d’autant moins explicables.
Les exemples et la terreur
Dans l’état-major, c’est donc la panique. Le général Duchêne estime que nous sommes en présence d’une “ grève générale contre la guerre ”. Les “ meneurs ” supposés sont emprisonnés, mais, ainsi que le note dans son journal l’aide-major Louis Lambert, “ on n’ose pas les arrêter devant les troupes, Une demi-douzaine est envoyée en permission et arrêtée au départ dans les bois, autant envoyés à l’ambulance en autosanitaire et cueillis à l’arrivée. Sans commentaires. ”
Nivelle, décidément jugé incapable, a cédé son poste de commandant en chef le 15 mai à Pétain, qui sent son heure venue. Lisons dans les souvenirs de Raymond Poincaré le compte rendu du
Conseil des ministres du 11juin : “ Pétain déclare : “ Le mal est profond, il n’est pourtant pas sans remède : j’espère en triompher en quelques semaines; mais il faut faire des exemples dans tous les régiments qui se sont mutinés et il faut renoncer à la grâce dans tous les cas de désobéissance collective et d’abandon de poste concerté. ” Le Conseil accepte ces solutions. D’accord avec Ribot et Painlevé, je demande toutefois à Pétain d’envisager avec humanité les cas qui lui seront soumis, de faire en sorte que les exemples nécessaires soient très soigneusement choisis par les généraux de division et aussi réduits en nombre que possible, de manière à ne pas laisser dans l’esprit de l’armée de la rancune et du découragement. Pétain répond qu’il tiendra compte, bien entendu, de toutes ces considérations, mais qu’une première impression de terreur est indispensable et que c’est aux premiers exemples qu’est due l’amélioration constatée hier et avant-hier.”
Même source, 19 juin : “ Painlevé informe le Conseil qu’indépendamment des onze condamnés déjà exécutés par suite du rejet de leur recours en grâce, le général en chef en a fait fusiller sept dont il n’a pas transmis les recours. Il y a donc eu dix-huit exécutions et il reste
encore des condamnations à intervenir.
Ces exemples faits, Pétain est décidé à
user désormais de clémence. ”
26 juin: “ Cinq exécutions nouvelles vont encore avoir lieu, hélas à la suite du rejet des recours en grâce, sur la demande instante du général Pétain et conformément aux décisions des ministres de la Guerre et de la Justice.”
C’est donc Pétain qui mène la danse macabre, mais les bons apôtres qui l’entourent ont leur part de sang sur les mains. Poincaré, auquel le 4 juin on a demandé la grâce de deux soldats, dont un instituteur, accusés d’avoir pris part à des mutineries, a répondu : “ L’heure n’est pas à la faiblesse. ” Quant à Painlevé, le ministre de la Guerre, il a pris quelque liberté avec les lois pour hâter la procédure sans modification législative, afin de ne pas mettre dans le débat la Chambre et le Sénat: “ Je décidai de maintenir les conseils de guerre en abrégeant au maximum les délais légaux, mais, par un décret du 9 juin, je supprimai la procédure de révision dans les cas de refus collectifs d’obéissance ; en outre le président de la République abdiquait son droit de grâce entre les mains du général en chef. ”
Painlevé assure avoir vainement supplié Pétain de gracier un certain nombre de condamnés, dont le fameux caporal Lefèvre, qui dans un geste de colère aurait mis en joue son capitaine. Quand le général en chef cède, ce n’est point par pitié mais par calcul ou pour éviter les remous : ainsi un instituteur syndicaliste dont la condamnation, dit Poincaré, “ a mis en mouvement des députés socialistes ”, est épargné.
Il est bien difficile, avons-nous dit déjà, d’établir un bilan. Les sources varient trop : 412 condamnations à mort et 55 exécutions selon le Service historique de l’armée. 250 cas de refus d’obéissance mettant en cause trente à quarante mille soldats, cinq à six cents condamnations à mort et cinquante à soixante-dix exécutions, selon M. Guy Pedroncini, dont l’étude est incontestablement la plus complète et la plus sérieuse, mais qui peut-être n’a pas pris des distances suffisantes vis-à-vis des archives militaires auxquelles il semble avoir eu accès le premier. Ainsi le compte rendu par Poincaré du Conseil des ministres du 19 juin, que nous avons cité voici quatre paragraphes, permet-il de conclure sérieusement que Pétain n’a autorisé sous sa seule responsabilité qu’un maximum de sept exécutions immédiates. Et puis, outre ces assassinés selon les règles, combien de malheureux pris au hasard et fusillés sur-le-champ, ou bien délibérément envoyés au massacre, comptabilisés parmi les profits et pertes de la grande tuerie, fusillés dans le dos et décorés à titre posthume peut-être?
Les mutineries de 1917 ont participé à modifier le cours de la guerre, conduisant à abandonner certaines méthodes de combat. Après avoir fait régner “ l’indispensable terreur ”, pour reprendre ses mots, Pétain s’est efforcé de supprimer les causes de révolte afin de reconstituer une armée efficace. Il a donc augmenté sensiblement le rythme des permissions, assuré des roulements permettant quelques repos entre deux combats, évité les massacres inutiles. Ainsi il s’est taillé une popularité facile mais incontestable auprès d’une bonne partie des troupes; ceux qui savaient étaient morts ou dispersés, “ terrorisés ” : cinquante ans après, les historiens auront encore bien du mal à obtenir des récits de survivants d’unités mutinées. Plus humain, Pétain, certainement pas, plus malin, sans aucun doute: on sait comment, beaucoup plus tard, il utilisera cette popularité.
Combien d’exécutés par erreur, jugés déserteurs pour avoir un instant perdu le contact avec le gros de la troupe, s’étant réfugiés pendant un bombardement dans les creutes du Chemin des Dames?
Combien de fusillés pour l’exemple? Parmi ceux-ci, le chasseur Brunel, dont le cas fut évoqué au cour d’un comité secret de la Chambre des députés, où l’on s’aperçut que peu avant de l’exécuter on lui avait décerné la citation suivante “Caporal de la classe 1899, remarquable par son entrain et son mépris du danger. Grenadier volontaire, s’est toujours proposé pour les missions périlleuses. S’est introduit seul dans une tranchée ennemie et a ramené devant lui quatre-vingt-trois prisonniers valides. Grièvement blessé quelques minutes après, n’a cessé de maintenir le moral de ses hommes par ses paroles et par son exemple. ”
La Cour spéciale de justice militaire, réunie en 1934, presque vingt ans après, notons-le, demanda à un certain nombre d’officiers pourquoi ils avaient choisi telle victime expiatoire plutôt que telle autre. Voici deux réponses: “ Quand on me demanda de désigner un homme pour être traduit devant le conseil de guerre, je me tournai vers un sergent, et lui demandait de me dire un chiffre entre 1 et 40. Il me répondit 17. Sur mon carnet, 17 c’était Fontanaud.”
“J’ai pris mon carnet et j’ai désigné au hasard le premier nom qui m’est venu sous les yeux. Il n’y avait d’ailleurs pas de raison pour que je désigne plutôt celui-là qu’un autre : Je ne le connaissais pas, je n’étais que depuis le matin à la compagnie. ”
Comment s’étonner alors de la stupeur, du désespoir de ces malheureux tout à coup accusés, condamnés, assassinés sans avoir rien compris. Voici la dernière lettre, tragique et dérisoire, d’un fusillé pour l’exemple
“ Ma chère femme,
“ Je t’écris mes dernières nouvelles. C’est fini pour moi. C’est bien triste. J’ai pas le courage. Pour toi tu ne me verras plus.
“ Il nous est arrivé une histoire dans la compagnie. Nous sommes passés vingt-quatre au conseil de guerre. Nous sommes six condamnés à mort. Moi, je suis dans les six, et je ne suis pas plus coupable que les camarades mais notre vie est sacrifiée pour les autres. Ah ! autre chose: si vous pouvez m’emmener à Vallon. Je suis enterré à Vingré.
“ Dernier adieu, chère petite femme. C’est fini pour moi. Adieu à tous, pour la vie. Dernière lettre de moi, décédé au 298’ régiment d’infanterie, /9e compagnie, pour un motif dont je ne sais pas bien la raison. Les officiers ont tous les torts et c’est nous qui sommes condamnés pour eux. Ceux qui s’en iront pourront le raconter. Jamais j’aurais cru finir mes jours à Vin gré et surtout d’être fusillé pour si peu de chose et n’être pas coupable. Ça ne s’est jamais vu une affaire comme cela.
“ Je suis enterré à Vingré ... Ah ! autre chose, si vous pouvez m’enterrer à Vallon... ”
L’arrière tient bon. Paris est resté indifférent à l’échec de l’offensive Nivelle. Dans les salons on parle surtout affaires et mode. En avril 1917, cinquante-deux candidats se disputent les neuf fauteuils déclarés vacants à l’Académie française.
Le 18 juin, la création du ballet “ Parade ”, oeuvre commune de Diaghilev, Nijinski, Picasso, Fric Satie, Jean Cocteau, fait scandale. C’est un échec. Le public préfère le café-concert, où Polin vient de relancer avec un énorme succès “ la Madelon ”, et le Casino de Paris où cent cinquante femmes splendides et court-vêtues “ marchent en l’air ”, entendez sur les mains. La salle affiche un luxe insolent, les échotiers n’en finissent pas d’évaluer les bijoux. Les soirs de représentation la bousculade est telle qu’il faut interdire la circulation dans toute la rue de Clichy.
Les fourrés du bois de Boulogne restent scandaleusement accueillants. Un restaurateur de la grande banlieue a creusé dans son jardin un réseau de tranchées, avec des cabinets particuliers très amusants mais confortables, bien sûr éclairés à l’électricité. Un aubergiste de Valence a eu la même idée. Pour dîner dans la tranchée plutôt que dans la salle de restaurant, il faut retenir à l’avance et payer deux francs de plus.
Michel Tricot
PRINCIPALES SOURCES:
Pedroncini (Guy), “ Les mutineries de 1917” - P.U.F. - Publications de la faculté des lettres et des sciences humaines de Paris - Sorbonne.
Citerne (Guy), “ 1917. La guerre mise en question en France” - BT2 n° 64, nov. 1974.
Castex (Henri), “Les comités secrets ”
-Roblot.
Williams (John), “ Mutineries 1917 ” -Presses de la Cité.
Cobb (Humphrey), “Les sentiers de la gloire ” - Marabout.
Watt (Richard), “Trahison ” - Presses de la Cité.
Bernier (Jean), “ Les fusillés par erreur ” - Le Crapouillot, oct. 1960.
Ferreux (Gabriel), “ La vie quotidienne des civils en France pendant la Grande Guerre ” - Hachette.
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DESSINS
ROCHBERNY
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"La Revanche du parti noir", la conférence de Pierre Roy
"La Revanche du parti noir", la conférence de Pierre Roy
Préface de Henri Pena-Ruiz
Editions Abeille Castor

à gauche, Pierre Roy, membre de la CAN de la FNLP


Les Mées-Mairie
Conférence du 24 09 11
« La revanche du parti noir »
l-la lente mise à mort de l'école publique-
par Pierre Roy.
bref compte-rendu
Pierre Roy est co-auteur avec Michel Godicheau et Michel Eliard de ce livre, comme il l’expliquait lui-même, « inédit, ni lisse ni consensuel et, pour cette raison, ignoré par la plupart des médias. (exception faite de La Quinzaine Littéraire* et autres…) » .
Pierre a énoncé clairement le but de cet ouvrage: « Pour restaurer l’Ecole de la République, il faudra une mobilisation puissante, nécessaire mais difficile. ».
Il s’agit d’armer la résistance à la « lente mise à mort de l’Ecole publique » ( le sous-titre) entreprise conjointe et complémentaire du patronat (CNPF, MEDEF) et de l’Eglise romaine.
Pierre a retracé la conquête tumultueuse de l’Ecole laïque, fruit à la fois du combat de classe et de la lutte anticléricale pour arracher le droit à l’instruction égal pour tous les enfants du peuple.
"Rendre la raison populaire" Condorcet
Ce combat ébauché pendant la Révolution avec ses multiples projets d’instruction et d’éducation, verra émerger celui, d’instruction publique, de Condorcet (ses Cinq Mémoires sur l’instruction publique et son Rapport et projet de décret), visant à arracher les citoyens à l’obscurantisme de l’Eglise, à "rendre la raison populaire".
Après la revendication de la Commune de Paris de 1871 et du mouvement ouvrier, Jules Ferry, Ferdinand Buisson et Paul Bert dès 1880 instaurent l’enseignement public, laïque et obligatoire.
Pour le CNPF,
il faut en finir avec les « peaux d’ânes », « le culte du diplôme ».
Si la bourgeoisie industrielle- ses intérêts bien compris d’une main-d’œuvre instruite- voyait plutôt d’un bon œil l’œuvre scolaire de la IIIème république, le patronat dès 1968 (rapport Edgard Faure) s’en prend à cette Ecole publique qui qualifie (code du travail) la jeunesse, car pour le CNPF et le MEDEF (ensuite), il faut en finir avec les « peaux d’ânes », « le culte du diplôme ».
Pierre a évoqué les idéologues thuriféraires de la mise à mort de l'école publique:
-les Intellectuels Bourdieu, Baudelot et Establet, ces deux derniers affirmant que « l’école capitaliste » reproduit les idées de la classe dominante, comme si la jeunesse n’y trouvait pas son émancipation, malgré tout, même « en » société capitaliste ;
-Antoine Probst dont 'l'hisoire de l'éducation en France" fait l'impasse sur la période avant 1800, les projets sous la Révolution, des Condorcet, Rabaud-St Etienne etc.
-l’idéologue (« décroissant ») Ivan Illich prônant « une société sans école » pour en finir avec cette prétendue aliénation qu’elle constituerait;
-ces "gourous pédagogiques", conseillers insatiables de la mise à mort de l’école publique depuis une quarantaine d’année, tels Philippe Meirieu,
" La résistance de l'Eglise est à l'origine de la radicalité
du combat pour l'Ecole laïque en France."
Pierre a rappelé la première séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1795, le concordat de 1802 qui va perdurer jusque 1905, année de la loi de séparation actuelle.
Il a évoqué le très réactionnaire comte Falloux (1850) et "l'instituteur-bedeau-balayeur-donneur de catéchisme" soumis à la surveillance et aux exigences des clercs, décrit par Flaubert dans "Bouvard et Pécuchet".
La puissante lutte des classes à la Libération rétablit l'Ecole républicaine, laïque
En 1959, la loi Debré constitue "un véritable coup d'Etat contre la République" par le financement sur fonds publics de l'enseignement privé confessionnel !
Plus récemment, Pierre a rappelé le "symposium de Louvain" de 1972 qui a inauguré la reprise en main par l'Eglise romaine des programmes scolaires, en premier lieu, ceux d'histoire.
Ce livre doit être absolument lu pour qui veut un éclairage sans concession, sans illusion, ne contournant aucun obstacle, dans une situation où les points de repère ont été brouillés et continuent de l'être à chaque nouvelle contre-réforme destructrice.
Le débat qui a suivi a permis un premier approfondissement de la question
-Le droit à l'instruction, un droit de l'homme?
Bien sûr, fondamental même! (Danton: "Après le pain, l'instruction est le premier besoin du peuple" Convention, séance du 13 août)
-Evaluation des "compétences" ou des "connaissances"?
Les compétences, ce sont les désideratas du patronat, d'une gestion managériale de la société, où la recherche de la rentabilité (commerciale )maximale et immédiate est la priorité.
L'évaluation des compétences (livret dès la maternelle) se substitue au contrôle des connaissances par discipline, base des diplômes et qualifications.
-Egalité des chances ou égalité des droits?
Quel rapport entre la chance d'avoir encore une école dans son village et le droit qui implique d'avoir une école dans chaque village pour tous les élèves (Loi Goblet 1882...)?
La substitution pernicieuse de chances à droits, passée dans le langage courant, tente en réalité de masquer une inégalité galopante et de plus en plus criante.
-Quid de la grève générale de "1968" et des revendications des enseignants?
Les grandes idées de 1968 ont été perverties. Exemple: jamais on a revendiqué la suppression des cours du samedi matin(allègements...).
Aujourd'hui, "le chanoine de Latran"qui, au nom de la liberté du peuple lybien, rétablit la charia!...
Privatisation de l'école, dans l'air du temps
Exemple, quand la municipalité de Puy St Vincent dont on a supprimé l'école, finance elle-même un enseignant pour assurer la scolarité dans le village comme cela devrait-être.
Vers l'autonomie des établissement dont les chefs recrute(rai)ent sur profil et non plus sur statut fonction public.
La privatisation tente de passer par les traités de l'UE: l'école privée confessionnelle reconnue comme "concourant au service public" (idem : livre blanc sur les services d'intérêt général)? Un remake du SPULEN de Savary en 1982? ...
Egalité filles-garçons dans l'instruction:
Revendication des femmes de la Commune de 1871 notamment avec Louise Michel et Anna Jaclard, une russe immigrée.
无神 wushen (=sans dieu)
REDACTION EN COURS,
A SUIVRE

* Voir l'article de Jean-Jacques Marie dans la Quinzaine littéraire:
L'article dans la MARSEILLAISE:
Cliquez sur la photo ou sur le lien:
http://www.lamarseillaise.fr/alpes/interdire-a-la-jeunesse-l-emancipation-par-le-savoir-24343.html
Avant de se quitter,
une petite visite au monument des Mées à la mémoire des bas-alpins de 1851 qui se sont levés pour défendre la République contre le coup d'Etat de Napoléon III.

EN ANNEXE AU DEBAT:
DANTON
"Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple"
Discours à la Convention, séance du 13 août
(extraits)
"Citoyens, après la gloire de donner la liberté à la France, après celle de vaincre ses ennemis, il n’en est pas de plus grande que de préparer aux générations futures une éducation digne de la liberté.
Tel fut le but que Peletier se proposa. Il partit de ce principe que tout ce qui est bon à la société doit être adopté par ceux qui ont pris part au contrat social . Or, s’il est bon d’éclairer les hommes, notre collègue, assassiné par la tyrannie, mérita bien de l’humanité.
Mais que doit faire le législateur ? Il doit concilier ce qui convient aux principes et ce qui convient aux circonstances.
On a dit contre le plan que l’amour paternel s’oppose à son exécution. Sans doute il faut respecter la nature, même dans ses écarts ; mais si nous ne décrétons pas l’éducation impérative, nous ne devons pas priver les enfants du pauvre de l’éducation.
La plus grande objection est celle de la finance ; mais j’ai déjà dit qu’il n’y a point de dépense réelle là où est le bon emploi pour l’intérêt public, et j’ajoute ce principe que l’enfant du peuple sera élevé aux dépens du superflu des hommes à fortunes scandaleuses.
C’est à vous, républicains célèbres, que j’en appelle ! Mettez ici tout le feu de votre imagination ; mettez-y toute l’énergie de votre caractère : c’est le peuple qu’il faut doter de l’éducation nationale. Quand vous semez dans le vaste champ de la République, vous ne devez pas compter le prix de cette semence. Après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple.
Je demande qu’on pose ici la question : sera-t-il formé, aux dépens de la Nation, des établissements où chaque citoyen aura la faculté d’envoyer ses enfants pour recevoir l’instruction publique ?(...)
Il est nécessaire que chaque homme puisse développer les moyens moraux qu’il a reçus de la nature. Vous devez avoir pour cela des maisons communes, facultatives, et ne point vous arrêter à toutes les considérations secondaires. Le riche paiera, et il ne perdra rien s’il veut profiter de l’instruction pour son fils.
Je demande que, sauf les modifications nécessaires, vous décrétiez qu’il y aura des établissements nationaux où les enfants seront instruits, nourris et logés gratuitement, et des classes où les citoyens qui voudront garder leurs enfants chez eux pourront les envoyer s’instruire." (...)
[remarque: Danton utilise indifféremment les deux termes:"éducation" et "instruction"]
Source:
1789 Recueil de textes et documents du XVIIIe siècle à nos jours
CNDP-Ministère de l'Education Nationale de la Jeunesse et des Sports-
"L'instruction éduque, l'éducation n'instruit pas!"
<<L’instruction publique demande des lycées, des collèges, des académies, des livres, des instruments, des calculs, des méthodes; elle s’enferme dans des murs.
L’éducation nationale demande des cirques, des gymnases, des armes, des jeux publics, des fêtes nationales, le concours fraternel de tous les âges et de tous les sexes, et le spectacle imposant et doux de la société humaine rassemblée: elle veut un grand espace, le spectacle des champs et de la nature. (...)>>
La discussion a eu lieu en 1793...
PROJET D’EDUCATION NATIONALE
par le député J.P. RABAUT (1793)
« Citoyens,
C'est de l’éducation nationale que je viens vous parler. (...)
Existe-t-il un moyen infaillible de communiquer incessamment, tout à l’heure, à tous les Français à la fois, des impressions uniformes et communes, dont l’effet soit de les rendre, tous ensemble, dignes de la révolution; de la liberté, ce droit de justice qui se convertit souvent en iniquité; de l’égalité, ce lien fraternel qui se change si aisément en tyrannie; et de cette élévation simple et noble, où l’espèce humaine a été portée depuis quatre ans, dans le combat à mort qui a été livré entre toutes les vérités et toutes les erreurs? Ce moyen existe sans doute: il consiste dans ces grandes et communes institutions, si bien connues des anciens, qui faisaient qu’au même jour, au même instant, chez tous les citoyens, dans tous les âges et dans tous les lieux, tous recevaient les mêmes impressions, par les sens, par l’imagination, par la mémoire, par le raisonnement, par tout ce que l’homme a de facultés, et par cet enthousiasme que l’on pourrait appeler la magie de la raison.
Ce secret a bien été connu des prêtres, qui, par leurs catéchismes, par leurs processions,(...), par leurs cérémonies, leurs sermons, leurs hymnes, leurs missions, leurs pèlerinages, leurs statues, leurs tableaux, et par tout ce que la nature et l’art mettaient à leur disposition, conduisaient infailliblement les hommes vers le but que les prêtres se proposaient. Ils s’emparaient de l’homme dès sa naissance; ils s’en saisissaient dans le bas âge, dans l’adolescence, dans l’âge mûr, à l’époque de son mariage, à la naissance de ses enfants, dans ses chagrins, dans ses fautes, dans sa fortune, dans sa misère, dans l‘intérieur de sa conscience, dans tous ses actes civils, dans ses maladies et dans sa mort. C'est ainsi qu’ils étaient parvenus à jeter dans un même moule, à donner une même opinion, à former aux mêmes usages, tant de nations différentes de mœurs, de langage, de lois, de couleur et de structure, malgré l’intervalle des monts et des mers. Législateurs habiles, qui nous parlez au nom du ciel, ne saurions-nous pas faire, pour la vérité et la liberté, ce que vous avez fait si souvent pour l’erreur et pour l’esclavage?
Il suit de cette observation, que je crois grande, car elle embrasse tout l’homme, toute la société des Français, toute l’espèce humaine; il suit, dis-je, de cette observation, qu’il faut distinguer l’instruction publique de l’éducation nationale. L’instruction publique éclaire et exerce l’esprit, l’éducation nationale doit former le cœur: la première doit donner des lumières, et la seconde des vertus; la première fera le lustre de la société, la seconde en fera la consistance et la force.
L’instruction publique demande des lycées, des collèges, des académies, des livres, des instruments, des calculs, des méthodes; elle s’enferme dans des murs.
L’éducation nationale demande des cirques, des gymnases, des armes, des jeux publics, des fêtes nationales, le concours fraternel de tous les âges et de tous les sexes, et le spectacle imposant et doux de la société humaine rassemblée: elle veut un grand espace, le spectacle des champs et de la nature. (...)
Toute sa doctrine consiste donc de s’emparer de l’homme dès le berceau, et même avant sa naissance; car l’enfant qui n’est pas né appartient déjà à la patrie.
Elle s’empare de tout l’homme sans le quitter jamais, en sorte que l’éducation nationale n’est pas une institution pour l’enfance, mais pour la vie toute entière.(...)Lorsque les principes constitutionnels et le mode de gouvernement auront été ratifiés par le peuple, ils seront rédigés, en forme de catéchisme; et tout enfant, âgé de quinze ans, sera obligé de le savoir par cœur. Il sera dressé un catéchisme simple et court sur les droits et les devoirs des nations entre elles, que tout garçon de quinze ans sera obligé de savoir par cœur(...) »
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«( …)Quant à moi, je vois clairement deux faits distincts, l’éducation et l’instruction . L’éducation, c’est la famille qui la donne ; l’instruction, c’est l’Etat qui la doit. L’enfant veut être élevé par la famille et instruit par la patrie. Le père donne à l’enfant sa foi ou sa philosophie ; l’Etat donne à l’enfant l’enseignement positif.
De là , cette évidence que l’éducation peut être religieuse et que l’instruction doit être laïque. le domaine de l’éducation, c’est la conscience ; le domaine de l’instruction, c’est la science. Plus tard, dans l’homme fait, ces deux lumières se complètent l’une par l’autre.(…)
(Extrait d’une lettre à M. TREBOIS, Président de la Société des écoles laïques)
Messieurs, toute question a son idéal. Pour moi, l’idéal dans cette question de l’enseignement, le voici : L’instruction gratuite et obligatoire. Obligatoire au premier degré seulement, gratuite à tous les degrés (Murmure à droite). L’instruction primaire obligatoire, c’est le droit de l’enfant, (Murmures) qui, ne vous y trompez pas, est plus sacré que le droit du père et qui se confond avec le droit de l’Etat.(…)
Partout où il y a un champ, partout où il y a un esprit, qu’il y ait un livre. Pas une commune sans une école, pas une ville sans un collège, pas un chef-lieu sans une faculté.
EGALITE DES DROITS OU EGALITE DES CHANCES?
LA FIN DE L’ÉCOLE Michel ELIARD Puf CHAPITRE 1
“ Le droit ne peut jamais être plus élevé
que l’état économique de la société et que le
degré de civilisation qui y correspond. ”
Marx, Critique du programme de Gotha (1875).
La notion d’égalité des chances mérite examen. Depuis des décennies, les réformes scolaires ont été présentées comme les moyens de sa réalisation. La force symbolique de cette notion est telle que, à droite comme à gauche, on continue à présenter cet objectif comme étant réalisable alors même que les inégalités sociales s’aggravent de façon spectaculaire. Elément essentiel de l’arsenal idéologique du libéralisme, la perspective de l’égalité des chances a pourtant reculé vers un horizon lointain.
Dans le domaine de la scolarisation, elle a été au centre des problématiques sociologiques, dans des recherches visant à analyser les causes de l’inégalité de réussite, de l’inégalité d’accès à l’enseignement secondaire et supérieur, et elle a pu servir de légitimation à des réformes dont l’objectif proclamé était, entre autres, de compenser les effets de l’origine sociale sur le déroulement des cursus scolaires. L’égalisation de ces chances d’accès ne s’étant pas réalisée, bien au contraire, la critique s’est alors dirigée contre l’École qui, en traitant de manière égale des individus inégaux, serait responsable de la persistance des inégalités.
C’est ainsi que la représentation, issue du mouvement des Lumières, de la tradition socialiste et de l’œuvre de la IIIe République, représentation de l’École comme institution ayant pour fonction d’instruire et d’émanciper les individus, a été mise en question au moment même où un nombre sans cesse croissant de jeunes accédaient à l’enseignement postobligatoire.
La question de l’égalité des chances a fait couler beaucoup d’encre. Le large consensus qui s’est établi pendant des décennies autour de l’idée selon laquelle, moyennant des réformes, l’École pourrait égaliser les chances scolaires dans une société inégalitaire a fortement contribué à occulter la remise en cause de l’égalité formelle des droits.
Le mot chance appartient au registre du hasard, de la probabilité. Chance vient du latin cadere (tomber) ; c’est, par exemple, la manière dont tombent les dés. L’égalité des chances évoque l’image d’une course dans laquelle les participants ont théoriquement des chances égales de l’emporter, mais elle masque l’inégalité réelle des compétiteurs. Pour donner les mêmes chances à chacun il faudrait échelonner les départs selon les capacités de chacun ou tirer le gagnant au sort. Mais appliquer une notion qui relève de la loterie au domaine de la course aux titres scolaires et aux postes professionnels constitue ce qu’il faut bien nommer une mystification. En effet, on proclame qu’on peut agir sur les effets, l’inégalité scolaire, alors qu’il n’est pas question d’agir sur les causes, l’inégalité sociale. L’évocation d’une prétendue possibilité d’égalité des chances aboutit à escamoter l’importance de l’égalité formelle, juridique, donc à responsabiliser l’École et à disculper le pouvoir politique. La substitution au “ droit ", qui relève du pouvoir politique, de la “ chance ”, qui est de l’ordre de l’aléatoire, est, de plus, une imposture puisque les jeux sont faits très en amont, c’est-à-dire en dehors de l’Ecole.
Il advient même que la mise en évidence de cette mystification aboutit néanmoins à la critique, non seulement de l’École, mais même du rôle que le mouvement des Lumières attribua à l’instruction. Ainsi, Tony Andréani et Marc Féray écrivent “ A l’aube de la société moderne, les philosophes se sont vivement intéressés au problème de l’éducation, tels Rousseau et Diderot. Leur préoccupation d’alors nous paraît bien lointaine aujourd’hui. Pour eux, l’école devait sortir la société de l’obscurantisme moyenâgeux, et faire entrer dans l’ère des Lumières une population d’hommes nouveaux, aptes à prendre part avec maturité à la vie politique. L’accès à l’instruction et à la culture devait ainsi permettre de réaliser une certaine égalité entre les individus, et surtout de leur donner une indépendance et une liberté que l’homme inculte ne peut atteindre, comme le soulignait par exemple Condorcet, dans son Rapport sur l’instruction publique: en cela, l’instruction publique s’avérait une condition essentielle de la République...
Si de telles conceptions nous semblent aujourd’hui un tantinet anachroniques, c’est moins parce que la démocratie moderne a acquis dans les principaux pays riches une assise solide, que parce que l’école est souvent soupçonnée de jouer maintenant un rôle différent, quoique dérivé, de celui que lui assignaient ses premiers concepteurs. De soutien à la République, l’école n’est - elle pas devenue son alibi ? ” (Discours sur l’égalité parmi les hommes, L’Harmattan, 1993, p. 89-90).
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Un article de Jean Jacques Marie paru dans la Quinzaine littéraire n° du 15 juillet
La revanche du parti noir….
Michel Eliard, Michel Godicheau, Pierre Roy :La revanche du parti soir ;la lente mise à mort de l’école publique. Préface de Henri Pena –Ruiz Editions Abeille et Castor 2011 316 pages 18 euros , 50.
De tous les thèmes ouverts à l’imagination des barbouilleurs de copie en tous genres , bardés ou non de titres et de diplômes, l’école est de loin le plus maltraité. Il n’est pas dans le coin le plus reculé de la feuille la plus obscure, dans la recoin le plus sombre de n’importe quel ministère, de Trissotin, qui n’ait son idée sur la « réforme » de l’école. Mais chose qui paraît au premier regard étrange et curieuse : tous ces projets répètent inlassablement les mêmes exigences, mises en œuvre tout aussi inlassablement par les ministères successifs : dénoncer un prétendu entassement de connaissances déclarées inutiles,« alléger », « élaguer » des programmes hypocritement déclarés « encyclopédiques » .
La liste des poncifs que ces exigences suscitent est interminable : l’égalité des chances( à la place de l’égalité des droits) mettre « l’enfant au centre du système scolaire » , la « massification » de l’enseignement, la formation tout au long de la vie, le dialogue avec les usagers, l’interdisciplinarité , 80 % d’une génération au baccalauréat, le remplacement du cours magistral( ?) par le dialogue et par des activités plus ou mois ludiques où l’élève façonne lui-même son savoir(illusoire), les méfaits abominables( et coûteux !)du redoublement, les horreurs de la notation qui traumatisent les élèves( bientôt confrontés aux suppressions d’emploi urbi et rure qui, elles, ne devront pas les traumatiser puisqu’elles expriment la loi du marché et la loi n’est-ce pas c’est la loi !…et d’ailleurs ,c’est bien connu, sur le marché tout le monde est gagnant, même les perdants…etc .
Ces poncifs recouvrent une politique et le premier mérite de La revanche du parti noir est de la définir .La tâche n’est pas facile. A l’ère dite de « la com » les faits les plus simples sont présentés sous un jour qui masque leur réalité la plus élémentaire. Une époque qui invente les bombardements humanitaires n’a aucune peine à déguiser une contre-réforme en réforme, un démantèlement en rénovation, une dislocation en reconstruction.
C’est ,selon la formule de Michel Sérac » le lycée light qui rend facultatifs Molière ou Voltaire, élague les faits historiques, l’histoire importune des révolutions.. .etc» Dans le droit fil de cet élagage généralisé, l’ineffable Jack Lang ,le meilleur financier ministériel de l’enseignement catholique( les accords Lang-Cloupet) avait mis en doute la nécessité d’un enseignement spécifique de la grammaire puisque tous les enseignants de toutes disciplines enseignent( ou au moins parlent) en français ! Rien ne vaut la pratique !
Avec son goût des formules choc sans doute fabriquées par ses serviteurs en communication Nicolas Sakozy a donné une définition pertinente de cette politique. Au lendemain de son élection à la présidence d e la République se hâtant de se rendre au Vatican prendre possession du titre de chanoine de Latran réservé depuis belle lurette aux rois de France pourtant déchus. Il a déclaré « L’instituteur ne remplacera jamais le curé » . Par cet acte d’allégeance à Benoît XVI et cette affirmation de la subordination de l’instruction au dogme et à la foi, Nicolas Sarkozy affirmait une continuité : la tentative systématique et multiforme de réduire l’instruction et donc l’école publique et ses personnels au niveau le plus bas possible.
C’est sans doute à cette fin qu’il a nommé au ministère de l’Education nationale un homme dont toute la carrière se résume à trois fonctions successives ( compte non tenu de la députation qui n’a rien d’une fonction) chef de groupe à l’Oréal, chef de projet à l’Oral, Directeur des ressources humaines à l’Oréal. Tout un programme.
Le premier mérite du livre d’Eliard, Godicheau et Roy est de définir ce que cachent réellement ces poncifs et la rhétorique amphigourique qui leur sert d’emballage médiatique. Le second mérite est de déterminer le rôle central joué dans cette politique par « le parti noir » c’est-à-dire l’Eglise catholique allié fort précieux du pouvoir dans ce type d’entreprises. Son troisième mérite est de montrer comment l’Union européenne et sa Commission, véritable conseil d’administration des intérêts privés dont ses membres sont issus, joue un rôle d’accélérateur voire d’incitateur dans cette politique. C’est en effet l’Union, européenne qui a systématisé l’ idée superbe du « service public »…rendu par des organismes privés et donc le « partenariat public-privé » dans lequel le secteur public finance et supporte les pertes éventuelles et secteur privé » ramasse les bénéfices.
« L’égalité des chances ».
Combien de mesures, combien de « réformes » ont été prises depuis trente o u quarante ans au nom de « l’égalité des chances » opposée à « l’égalité en droit » o u »des droits » qui ne serait qu’une abstraction vide de contenu et donc conservatrice ou réactionnaire. Les auteurs rappellent d’abord que le premier promoteur de la première, opposée à la seconde, fut le maréchal Pétain en personne. Dans son discours du 11 octobre 1940 il déclarait :
« Le régime nouveau(…) ne reposera plus sur l’idée fausse de l’égalité naturelle des hommes, mais sur l’idée nécessaire de l’égalité des « chances » données à tous les français de prouver leur aptitude à servir(…) Ainsi renaîtront les élites véritables que le régime passé a mis des années à détruire et qui constitueront les cadres nécessaires au développement du bien-être et de la dignité de tous. »
Le même Maréchal en même temps supprimait les Ecoles normales des instituteurs, les syndicats et décidait de financer l’enseignement catholique. Si mes souvenirs sont bons, ce financement était assuré non par le ministère de l’Education nationale mais par le Ministère de l’Intérieur, soulignant ainsi la mission d’ordre moral (si l’on peut dire..)assumée traditionnellement par cet enseignement. Il est vrai que le clergé remerciait alors abondamment le Maréchal en lui distribuant force lauriers.
Un droit est inscrit dans un ou des textes. On peut s’appuyer sur son existence reconnue pour en exiger l’application, avec des possibilités de succès qui dépendent des rapports de forces ,de la combativité de ceux qui en exigent la mise en œuvre, de la résistance opposée en face ..etc ; les « chances » relèvent d’on ne sait quels aléas , du hasard ou de la grâce divine qui n’en est qu’un autre nom.
La professeur de droit Geneviève Koubi, citée par nos auteurs, a explicité le sens de l’opposition entre ces deux égalités, l’une trompeuse, l’autre de principe . « Le discours juridique s’incline devant la décision économique. L’égalité des chances est un des outils dont disposent les gouvernants (…)pour entériner les conséquences de leurs politiques économiques » L’égalité des chances est celle des individus qui achètent un billet de loterie : ils ont tous une chance ( infime) de gagner mais ils n’ont aucun droit à faire valoir et à revendiquer.
Le parti noir.
Rien d’étonnant que dans cette perspective la bourgeoisie française, sous ses divers gouvernants de toutes étiquettes politiques, ait fait appel à l’Eglise catholique et à son école. Partout où elle le peut grâce à sa place dans la société et dans l’Etat, l’Eglise se bat contre les libertés les plus élémentaires : là ou elle le peut encore elle se bat pour interdire le divorce , (non pas à ses seuls fidèles mais à tous les citoyens ,ce qui relève du totalitarisme) , là où elle le peut( et elle le peut dans de nombreux pays) elle interdit la liberté d’avorter( et là encore non seulement à ses fidèles mais à l’ensemble des citoyens, utilisant à cette fin totalitaire le bras armée de l’Etat).Là où elle est trop affaiblie pour pouvoir imposer, elle compose avec la complicité des pouvoirs en place.
Tout au long de la deuxième moitié du 19 éme siècle et au début du 20 éme siècle l’Ecole publique s’est construite contre la main-mise du clergé qui a multiplié les obstacles : subordination de l’instituteur au curé, pas d’enseignement secondaire pour les filles, puis pas de mixité garçons et filles. La République a encouragé cette émancipation pour deux raisons complémentaires, fort bien élucidées par les trois auteurs de ce livre : jusqu’à la fin du 19 ème siècle l’Eglise affirme son attachement à la monarchie et donc son hostilité à la « gueuse »,ensuite le développement du capitalisme exigeait la formation d’une main d’oeuvre et de cadres qualifiés. Elle a besoin de comptables, d’ingénieurs, de chimistes, de physiciens, de géologues, de géographes , de médecins…etc et donc d’un enseignement fondé sur la méthode scientifique et non sur le dogme et sur sa forme dégénérée , le catéchisme . Cette double exigence la pousse à enlever le contrôle de l’école à l’Eglise.
A perdant – gagnant : le partenariat public-privé !
Depuis un demi-siècle les priorités se sont inversées. La loi du 31 décembre 1959, dite loi Debré, fait entrer l’école catholique dans la notion vague – mais rentable ! – du « service d’intérêt général », bien entendu reconnu ensuite par l’Union européenne. L’exposé des motifs de la loi Debré affirme d’abord : » Tout conduit aujourd’hui la France à instruire une jeunesse plus nombreuse et ,en dépit de tout ce qui a déjà été fait, l’effort immense qui doit être demandé au pays pour assurer son avenir ne peut être mené à bien qu’avec le concours de tous. » Cette formule vague signifie qu’il faut mettre l’école privée( à 93 % catholique, sur le même plan que l’école publique et donc lui assurer les mêmes crédits( et depuis même plus !). Tordant l’ histoire avec un sans-gêne fort répandu, l’exposé des motifs ajoute : « Pendant la Résistance et au lendemain de la libération (…) les esprits les plus clairvoyants avaient compris que la France avait besoin de rassembler toutes ses forces pour surmonter les difficultés qui l’attendaient et que cette indispensable unité imposait de mettre fin aux discordes scolaires sans pour autant imposer l’uniformité. »
Aujourd’hui les grands pays capitalistes sont engagés dans une vaste entreprise de désindustrialisation ( de 1999 à 2009 les Etats-Unis ont fermé 57.000 usines !). Les générations d’ingénieurs et autres métiers de ce type appartiennent au passé, remplacés en grande partie par des métiers qui fabriquent et vendent du vent( communication, management, sondages, publicité, animation, cabinets d’audit…etc), Aussi, en dehors d’une élite sociale réduite confiée de plus en plus à des établissements privés couverts de crédits les gouvernements ne confient plus à l’école que la formation( si l’on peut dire) de futurs précaires aux emplois à saute-mouton.
Dès lors se sont succédé les lois finançant l’école privée (à 93 % catholique), assimilant l’école publique à cette dernière en inventant le « projet d’établissement » copié-collé sur la « caractère propre » des établissements privés…
De tout cela Eliard, Godicheau et Roy donnent une description que l’on ne risque guère de trouver ailleurs. Aussi bien donc ne pas s’en priver.
jean-jacques marie
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